Comment j’ai séché la réunion de rentrée

Il était 17h40 quand tout a basculé.

J’avais dans l’ensemble passé une bonne grosse journée de merde, mais on était jeudi, je ne m’attendais donc pas à beaucoup mieux.

Je l’avais pourtant bien docilement notée sur l’agenda, cette réunion, et j’avais même coincé le papier froissé rapporté de l’école sous un aimant, sur la porte du frigo, entre un « je tème Maman » glissé sous la porte des toilettes, et un rappel de facture de cantine qui n’a servi à rien vu que j’ai déjà oublié (bordel, faites-moi signer des ordres de prélèvement, arrêtez de me demander des chèques, je sais même plus écrire avec un stylo et je ne sais surtout pas où j’ai pu foutre le chéquier).

J’étais pleine d’un bonne volonté toute filliozate, croisée Céline-Alvarezoise. C’est dire. Je me voyais déjà aborder l’épineux sujet du « Permis à points » dont m’a parlé mon fils et qui m’a semblé tout à fait pertinent à mettre en application en Corée du Nord, lever la main pour poser une question tout à fait judicieuse sur la dictée à préparer le soir en lettres attachées alors que le texte était proposé en script (si c’est pour forcer les parents à faire des lignes d’exemple et vérifier qu’ils écrivent biens tous comme des pédiatres débordés, c’est acté).

Et puis la journée est arrivée. Un jeudi, donc, quand tu as bien le début de semaine qui t’écrase les épaules comme un attendrisseur à bidoche entre les mains de Philippe Etchebest, que tu as survécu par l’intervention du Saint Café et de l’Esprit Disney au Mercredi du Mordor et que tu bouges encore mais pas assez pour être vraiment considéré comme en vie.

Alors que tu t’habitues psychologiquement à entrer dans la période saine et détox de la raclette dès le premier jour de l’automne, tout à coup, le temps se radoucit et tu transpires salé sous ton pull en portant ton gamin à bouts de bras, vu que t’as évidemment oublié le porte-bébé chez toi (rappel : on est jeudi) et qu’il a décidé de passer par une phase jambes en mousse et roulades du désespoir juste au retour de la garderie.

Ton frigo ne ressemble plus à grand chose, t’as une moitié restes et une autre moitié composée à 98 % de trucs proches de la date de péremption mais qui ne vont pas du tout ensemble (sauf si tu t’appelles Joey Tribiani), mais comme tu viens de claquer princement 97,56 euros en pantalons pour ton aîné qui a habilement pris 7 centimètres pendant les vacances d’été et qui vraisemblablement s’amuse à se trainer dans la cour façon zombie hypotonique, et bien tu ne commanderas pas de pizzas.

Dommage.

(Non, je ne lancerai pas de cagnotte pour m’acheter une pizza.)

Il y a de la pâte à modeler vert fluo incrustée dans le canapé du salon, et des Mikado cru 2016 cassés en morceaux entre la cuisine et la table basse. Le prix à payer pour avoir pissé tranquille.

Il est 17h40, je m’assois devant mon ordinateur pour bosser encore peu, avant de préparer le diner, rapport au fait que la réunion a été intelligemment placée à 19h30, jusqu’à 21h. L’équilibre vie pro, vie perso, tout ça, à la française hein.

Et là, au lieu de taper tout plein de mots spirituels qui feront sourire et glousser, oh oh, hi hi, j’ouvre mon blog oublié, délaissé, parce que pas du tout sponsorisé, et je décide d’écrire un billet pour tester ma capacité à faire abstraction de mon environnement – non les enfants n’ont pas renversé la boite de Lego dans l’escalier. Non. Je n’entends rien.

Le mercredi, c’est yoga, et c’est quand même plus facile pour oublier tout bonnement l’existence des ces êtres adorés mais tellement épuisants.

Il est 18h01, je m’apprête à sécher la réunion de rentrée, après tout, moi aussi je suis allée au CE1, je me souviens bien c’était avec Mme Bonnet, elle était vraiment pas commode, je me souviens même plus de son prénom. Heureusement, j’avais déjà mon superpouvoir d’invisibilité à l’époque, et j’étais douée en dictée. J’avais même des bons points (je les ai envoyé à ma correspondante nord-coréenne depuis).

Je ne viendrai pas, maîtresse, je suis trop fatiguée. (et je pue)

Il est 18h02, et je me dis que plus personne ne clique sur les liens de blogs pour lire, lire, quelle idée, des images avec des blagues vues et revues, pompées et repompées, qui tournent partout, des dessins si possibles, mignons et colorés, c’est plus rapide, merde, tu en demandes des efforts aussi.

(Alors les bouquins, je t’en parle même pas, et c’est là que c’est ballot, vu que j’ai prévu d’en faire mon métier – hey, quand tu trouves une passion dévorante que tu peux assouvir partout, tout le temps et en pyjama, faut pas la lâcher.)

Il est 18h04 et j’ai un soubresaut d’espoir dans l’humanité parentale. Des restes de culture judéo-chrétienne, peut-être.

Il est 18h05 et je me demande combien de commentaires m’expliquant que la maitresse, elle, elle fait l’effort et que quand même, j’exagère, j’aurai.

18h05 toujours et je préviens d’avance que mes ovaires s’en contrebattent les trompes.

18h07. Je ne peux plus reculer. C’est l’heure du bain.

Adieu.

 

 

 

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3 réponses à “Comment j’ai séché la réunion de rentrée

  1. J’ai séché cette Réunion aussi cette année,…après 3 allers-retour Ecole maison pour la gym des petits, une journée de travail et des armoires de cuisines qui avaient décidés de ne plus rester attachées tout en haut de leur mur, j’ai séché aussi!!! Mere indigne, mais je m’en bats les cils!

  2. J’ai de la chance apparemment, ici c’était à 17h45 un mardi ^^ Et même comme ça, j’ai un peu hésité à y aller !

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