Parents & Travaux

mcmaman1908

Alors que j’étais inconfortablement avachie dans la future chambre de mon fils, sur une bâche de 4 mètres sur 5 tachée de peinture acrylique répondant au poétique nom de Attitude Néon, la boucle de ma sandale s’enfonçant douloureusement dans mon pied et le plastique collant à ma peau en sueur façon cuisses en short sur un canapé en skaï de la salle d’attente non climatisée d’un CHU de bord de mer le 15 août, j’ai eu une révélation.

(Il faut l’avouer, passer plusieurs heures en tête à tête avec des plinthes défraichies, ça rend soit philosophe, soit dingue.)

Je me suis rendue compte à quel point être parents et faire des travaux avaient de points communs. 

Tout commence par un saut dans l’inconnu, à la fois excitant et terrifiant, dans un gouffre abyssal de responsabilités dont on imaginait même pas le centième avant de se lancer. L’un à la maternité (ou dans ton salon), et l’autre chez le notaire (jamais dans ton salon).

Une fois l’enfant né, ou la maison achetée, on se prend un poids sur les épaules qui fait gagner 10 ans, et une grosse poignée de cheveux blancs.

La notion d’ennui n’existe plus – il y a toujours quelque chose à faire. A penser. A compter. A anticiper. A budgeter. A admirer.

Changer une couche, préparer un repas, lire le même livre de bain pour la 18e fois d’affilée, fouiller sous le canapé à la recherche du doudou, câliner pour chasser un chagrin…

Nettoyer la terrasse, repeindre la façade, entretenir le jardin, vider une gouttière, élaguer un arbre, repeindre un plafond, combler une fissure…

Ensuite, pour l’un comme l’autre, il y a toujours un moment où il faut passer de la théorie à la pratique. On a beau regarder tous les tutos possibles sur Youtube ou lire des livres soit-disant rédigés par des experts, maintenant, il va falloir se sortir les doigts et se lancer.

Pour les travaux comme pour la parentalité, la clé est de lâcher prise : à partir du moment où tu piges que ce ne sera jamais parfait, et que tu l’acceptes, tout va beaucoup mieux. Tu sors d’un immobilisme dangereux et paralysant pour les fondations de ta baraque ou de ta famille.

Ton mur, là, comme tes enfants, auront peut-être quelques fissures. Mais t’auras fait de ton mieux.

Et pour s’occuper de tes enfants comme de ton gros chantier, là, tu peux surtout compter sur les autres pour la théorie. Les conseils, sollicités ou non, sont légion. Et souvent contradictoires. Côté pratique, pour te filer un coup de main, quand t’auras de l’enduit ou du vomi jusqu’au coude, y aura beaucoup moins de monde.

Pour partager un avis ou un jugement également, sur le choix du prénom, de la durée de l’allaitement, du nombre de minutes d’écran par jour – aussi bien que sur le choix de la couleur du mur, de la technique de peinture ou de la marque de ta ponceuse, tu n’auras que le choix de l’embarras.

Et bien sûr, t’en auras rien à cirer, des conseils faciles en amont, ou des jugements condescendants en aval.

Parce que toi, tu seras fière d’avoir fait de ton mieux. A chaque fois que tu regarderas tes murs rénovés, ou tes enfants heureux, tu seras fière. Et encore plus d’y être arrivée sans l’aide de personne.

Repeindre des plinthes, seule, ça rend philosophe. Un peu comme être parent.

Mais c’est surtout crevant. Comme être parent.

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