A petits pas

mcmaman 29071

Je vois tout, je suis ta mère, quand même, c’est prévu dans notre logiciel cérébral.

Alors faut pas me la faire à moi, essaie pas de me berner avec tes grands yeux sortis tout droit d’un de ces mangas incompréhensibles que ton père affectionne tant.

On me la fait pas, j’ai l’oeil partout. A défaut d’un troisième bras, qui, entre nous, se serait quand même révélé un peu gênant, surtout pour dormir (déjà que les positions extravagantes que tu me pousses à prendre pour te garantir un accès VIP à la source lactée me filent des torsions de la colonne), j’ai des yeux en plus.

C’est pas le troisième oeil mystique du milieu de front (la place est déjà prise par une ride d’inquiétude qui coupe mon portrait en deux), c’est la vision périphérique absolue, le sixième sens maternel, la rétine à rayons X, les pupilles à turbo-dilatation.

Bref, je vois tout.

Souvent, je ne dis rien, on mettra ça tantôt sur le compte du lâcher prise montessorien, tantôt sur un j’m’en-foutisme épuisé frôlant l’envie de ligature artisanale.

Mais je vois tout – quand tu débouches un feutre pour te colorier la langue, quand tu mets des cuillères dans la poubelle des emballages recyclables, quand tu lèches les piles de la télécommande savamment dépiautée, quand tu mâchouilles des coins de tickets de caisse (sans bisphénol A, on est sauvés)…

Alors je sais. Ne nie pas, ne fais pas semblant.

Du haut de tes 13 mois et 76 cm étirés-râlés, tu sais marcher.

Je l’ai vu, je l’ai même filmé. Je te l’accorde, la qualité de la vidéo laisse à désirer, entre les cris suraigus de ton frère et ma valse ovarienne qui fait trembler la main, mais tu sais marcher.

Quand tu penses qu’on regarde ailleurs, quand je me cache dans les toilettes environ 34 secondes ou que je fais semblant de fourrager dans la cuisine, je te vois.

Un, deux, trois par ici,

Quatre, cinq, six par là.

Tu marches.

Mais faut croire que je suis vraiment confortable, parfaitement moelleuse, parce que dès que tu me vois, tu demandes mes bras.

Tu escalades les tables, les bancs, les accoudoirs. Tu bouches et rebouches des bouteilles. Tu empiles des cubes. Tu lis des livres. Tu parles une langue inconnue. Tu claques la langue pour appeler le chat (qui ne vient pas). Tu ouvres le frigo. Tu montes les escaliers. Tu descends du lit. Tu tapes de mains pour te féliciter.

A petits pas, tu fais ta vie, et ça me va, prends ton temps, mon déjà grand.

Allongé, assis, à quatre pattes ou debout, je suis fière de toi, et je lève déjà les yeux aux ciel en entendant des mots malicieux lâchés parfois… « paresseux »… « coquin ».

T’as juste tout compris : la vie n’est pas une course, prenons ensemble le temps de vivre et de nous renifler le cou, de découvrir le monde dans notre petit cocon porté.

mcmaman 29072

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Une réponse à “A petits pas

  1. Oh moi qui regarde mon petit chat se mettre debout un peu partout ça me parle ces mots doux… toujours aussi beau !

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