La garde-robe d’une mère normale

Jupe de 2008 - Gilet de 2010 - Sac à main période universitaire - (enfant de 2015)

Jupe de 2008 – Gilet de 2010 – Sac à main période universitaire – (enfant de 2015)

Si avant d’avoir des enfants, t’étais déjà pas une grande modeuse, la maternité a assez peu de chances d’arranger les choses.

Et le pire (ou le meilleur ?) c’est que t’en auras pas grand chose à carrer.

[si tu adores les fringues et que tu t’épanouis totalement dans un centre commercial à 3 étages ou dans ton dressing sur-mesure de 14 m2, ne lis pas la suite, tu risques de déverser de fluides digestifs sur ton écran, ce serait dommage.]

Devenir mère, c’est revoir ses priorités, et quand on reste à la maison avec un ou plusieurs enfants, ce nivellement par le bas n’est pas dû au fait qu’on « s’oublie » mais que bordel de merde les journées passent trop vite pour s’occuper correctement de tout.

Si tout le monde survit, à peu près propre, à peu près bien nourri, c’est déjà pas mal.

Et ta garde-robe, c’est environ tout en bas de la 4e page de ta liste des trucs importants à t’occuper chaque jour, tu sais la fameuse liste sur laquelle tu ne rayes jamais autant de trucs que tu n’en ajoutes.

Forcément, passer 10 minutes devant tes tshirts alors qu’il faut habiller plusieurs enfants, remplir des bols de céréales et signer des chèques pour des sorties scolaires, ça paraît un peu surréaliste.

Tu portes donc un genre d’uniforme confortable, uniquement composé de pièces qui se lavent en machine à 40°C, parce que les taches, c’est ton quotidien.

D’ailleurs, t’es un peu près sûre que la marque de fringues bariolées Desigual a été inventée par une mère de famille désespérée à la recherche d’une idée pour dissimuler facilement les taches de bouffe et de morve laissées par ses enfants sur ses fringues.

T’as même une VAE en taches, option sans pressing. Le concept de « tache propre » t’es complètement familier, et tu gardes toujours tes ongles assez longs pour pouvoir grattouiller le tissu sans l’abimer mais en ôtant quand même ce truc bizarre collé dessus (NON ne le portes pas à la bouche, on ne sait jamais !).

Parfois, on te surprend même à t’essuyer vite fait les mains sur ton jean lors du fameux triangle des Bermudes de 17 à 20h, quand tu cours partout entre la salle de bain, la cuisine et le salon et que les minutes semblent s’envoler presque aussi vite que ta patience.

A chaque fois, tu te dis : c’est pas grave, je le remettrai pas demain. Alors que tu sais que tu vas le remettre quand même vu qu’il ne te restera 28 secondes pour t’habiller entre le 3e réchauffage au micro ondes de ton café bouillu et la recherche du cahier de liaison du petit et du sac de piscine du grand.

Et tant pis, après tout, t’es bien dedans et c’est tout ce qui compte.

Si tu voulais te sentir engoncée dans un jean moche avec le bouton qui te cisaille les vergetures sub-nombriliennes, t’aurais pris un poste d’assistante commerciale à mi temps au Kiloutou local.

Chez toi c’est toi qui décides. Et si tu veux enfiler un « pantalon d’intérieur » au retour de l’école maternelle après avoir dignement déposé ton enfant, et bien tant mieux pour tes jambes mal épilées qui se faufileront avec délectation dedans.

Celles qui se permettent de se moquer ne sont que des jalouses, comme avait l’habitude de dire ma mère quand j’étais en primaire. A l’époque j’aurais penché vers un autre adjectif mais j’étais encore jeune et si sauvage (et déjà mal habillée).

Tout ce qu’elles attendent, ces jalouses, c’est de rentrer à la maison, popper leurs pieds rougis hors de ces putains d’escarpins une demi-taille trop petite (mais ils n’avaient plus la taille au dessus !), se dandiner des cuisses pour s’extirper du jean moche et – apothéose et orgasme – retirer leur soutien-gorge.

Tout le monde sait que la maison, c’est là où on peut être enfin libres des miches sans craindre de se faire emmerder.

Et ça, la mère (qui travaille) au foyer l’a bien compris. Rester à la maison, c’est le confort de la petite culotte et l’harmonie du corps et des vêtements, depuis le chaussettes en coton dépareillées jusqu’au gilet bouloché à grosses poches remplies de mille et un trésors glanés dans la maison au fil des rangements. 

Si tu bosses à l’extérieur, tu sais à quel point c’est précieux quand enfin c’est le weekend.

D’ailleurs, t’as toujours un petit pincement de compassion quand tu croises quelqu’un qui porte une fringue aussi inflammable et guindée que le costume d’un vendeur SFR qui se gare son Audi de nullipare sur une place famille pour éviter que le vent ne lui froisse sa coupe de footballeur entre le siège conducteur et l’entrée de la galerie commerciale.

Le seul écueil de cette vie vestimentaire frugale, c’est qu’une après-midi shopping te ferait autant rêver que de partager un hammam avec une passionnée d’urologie exploratrice.

Toi, pour te faire kiffer, faut te parler sexy, et t’emmener comparer les sèche-linge en solde avec paiement en 3 fois sans frais.

De toute façon on s’en tape bien d’avoir quelques pièces aussi collectors qu’une carte d’invitation au club Dorothée ou qu’un Panini foot complet de 1987, parce qu’au bout du compte, on porte toujours les 5 ou 6 mêmes pièces.

Pourquoi ? Entre autres parce que l’esprit sacrificiel vestimentaire de la mère de famille est incommensurable, et qu’environ 87 % des fringues qui composent le lessives en retard sont les tiennes. (Pour les curieux : les 13 % sont des fringues de bébé taille 6 mois et le tshirt d’un de tes beaux-frères.)

Mais aussi parce que les rares fois où tu parviens à laver tes vêtements, tu les plies en jolies petites piles mignonnes et tu préfères prendre le premier truc du dessus plutôt que risquer de tout froisser ou foutre par terre en tirant dessus, ce qui est fort probable vu que tu n’auras sûrement qu’une main de libre pour attraper le dit vêtement, l’autre étant largement occupée par un bébé, la tenue complète des enfants, un café froid ou un colis juste réceptionné.

Enfin, soyons lucides, t’as quand même plus tous les jours l’occasion de porter ta petite robe noire censée être l’indispensable de toute penderie de femme qui se respecte. Ca risquerait de faire un peu prétentieuse à la prochaine réunion de parents d’élèves.

Et puis surtout, pour faire le tri, il faut du temps libre, ce concept purement théorique quand tu cohabites avec des enfants. Tu entasses, tu entasses, tiens mon tshirt fétiche de 4e6, oh le jean que je portais pour mon oral de maîtrise… Ca fait des souvenirs (et super plaisir si tu rentres encore dedans, avoue) (même si ça bloblotte un peu plus au-dessus de la taille).

En même temps, c’est pas plus mal que tu dépenses moins pour toi, ça te permet d’investir vachement plus massivement en pantalons et chaussures pour enfants, vu que les futes finissent TOUS troués (au même genou) au bout de 3 semaines, qu’ils aient coûté 5 ou 35 euros, que les pointures défilent de plus en plus vite, et que le ponçage assidu des orteils ne semble plus freiner cet élan de croissance.

Tu te dis, comme ça, que dans quelques années, tes enfants feront ta taille – tu pourras ainsi leur refourguer tes vieux sweats Poivre blanc du collège et tes quelques chaussettes survivantes.

Tu prendras peut-être alors le temps de t’offrir une robe – et de la porter.

Publicités

4 réponses à “La garde-robe d’une mère normale

  1. J’adore!
    Je me reconnait bien là! Heureusement que j’avais un peu de stock niveau vêtement, car je n’ai plus remis le pied dans une boutique de fringue depuis que j’ai ma fille. En même temps, c’est écolo 😉

  2. Pour le boulot j’ai une semaine bleu marine et une semaine noir , le week end c’est fringues trouvées au hasard
    Mon mari me dit gentiment que je suis économique
    Heureusement car mon budget fringues est dépensé dans celui des 3 affreux qui ne cessent de grandir et de trouer leurs affaires!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s