Grandir

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Si j’écris aujourd’hui ici, c’est parce que je sais que tu ne me liras pas.

Comment, sinon, oser parler à un mur froid, comme se coller à la cloison d’un garage mal isolé, et espérer faire taire les frissons d’un corps en manque de chaleur ?

J’écris aujourd’hui parce que si je suis en paix, chaque jour je suis triste. Oh, un rien, le temps d’une seconde, d’un battement de cœur, d’un clignement d’œil, d’une inspiration.

Je suis en paix parce que je sais qui je suis, maintenant. Et je suis triste car tu ne le sais pas. Entre nous, je pense que tu rates quelque chose, mais ce n’est pas entre mes mains.

Je ne peux m’empêcher de penser à toi, à nous, tout simplement et humainement car ce que tu étais pour moi, je le suis aujourd’hui pour deux garçons formidables. Étonnants. Que j’aime tant.

Et un rouage quelque part au fond de mon cerveau ne cesse de se bloquer, refuse de tourner, de comprendre comment je n’ai pas su être pour toi ce qu’eux sont pour moi, tous les jours, toutes les nuits, même qu’en je n’en peux plus, même quand j’ai envie de claquer la porte, de courir dans les rues, de m’enfuir loin de tout.

Je suis en paix car je sais que j’ai grandi, fleuri, que ces êtres sortis de moi ont laissé derrière eux des champs de fleurs sauvages de toutes les couleurs, dont les racines grimpent jusque dans ma tête et les tiges par-delà mon cœur.

Je suis triste car un tout petit caillou – ou est-ce une rouillure minuscule ? – bien caché, trop profond pour l’instant, et que je ne peux pas gratter, empêche tout de tourner comme ça devrait.

Mais ce n’est que le temps d’une seconde, d’un battement de cœur, d’un clignement d’œil, d’une inspiration.

Le reste de ma vie, je ne peux plus le gâcher et attendre ou espérer. Le reste de ma vie est plein de couleurs, d’arcs-en-ciel et de confettis, parce qu’il le faut, je n’en ai qu’une et déjà 33 années se sont écoulées.

Et je grandis chaque jour en même temps que mes enfants, et je sème des graines partout, même dans les recoins les plus sombres, pour qu’eux ne connaissent jamais les plaines mortes d’une vie sans maman.

*

*** C’est l’image en illustration qui m’a inspiré ce texte, je l’ai vue passer sur Twitter, sans source. Si vous connaissez l’artiste, n’hésitez pas à me l’indiquer, je le créditerai avec plaisir. ***

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6 réponses à “Grandir

  1. c’est tout cela qui nous construit et qui fait ce que nous sommes aujourd’hui… c’est peut etre meme ce petit caillou le déclic de tout… je t’embrasse, avec toute ma bienveillance… et te comprends terriblement.

  2. Je suis émue, profondément, sincèrement, … Touchée aussi… J’ai pris conscience de l’amour que ma maman me portait en devenant maman à mon tour. Et ces années de fâcheries bêtes fortes et fracassantes se sont réglées pas par ma vie mais avec du boulot. Je la chérie tendrement maintenant… Mais je peux imaginer ce que tu ressens. Papa, ma brindille, celui si fort à l’extérieur mais qui tourbillonne de terreur à l’intérieur, celui pour lequel je me suis battu pour vivre près de lui, est pas très en forme (va-t-on dire) et je me prépare doucement (mais pas vraiment sereinement). J’ai compris l’importance de cette unique vie qui file et qui parfois se défile. Alors moi aussi à 33 ans, je savoure chaque rire de Titouan, chaque seconde d’amour, de couleur, d’orage et de pluie, comme si c’était la première. Je t’embrasse…
    Tiphaine

  3. Un texte et des émotions qui résonnent fort en moi… Pas pour la même personne mais pas loin. Et on m’avait tellement dit « non mais essaye de le comprendre, tu verras quand tu auras des enfants… » En fait maintenant que j’ai des enfants, je comprends encore moins !
    Merci de partager tes émotions et bon courage pour ces petits instants de tristesse, ces battements de cils, ces inspirations…

  4. Oui maintenant qu’on est parent, on comprend encore moins, voire plus du tout…
    Les excuses et les fausses bonnes raisons ça passe plus, parce qu’on sait précisément et que c’est intolérable, inadmissible ce qu’ils ont fait.
    Ma vie c’est rien sans ma princesse et mon amour, mais eux sans moi y a pas de différence.
    J’ai traversé le miroir en devenant maman et aujourd’hui je sais que suis plus forte qu’eux, sans eux.
    Pour citer une belle chanson « j’ai choisi la joie comme vengeance ! »
    Courage à toi, leurs rires et leurs confiances en la vie est la plus belle des revanches.

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