Personne ne va mourir

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C’est toujours quand je ne m’y attends pas que tu me coinces avec tes questions tant redoutées.

Comment Oliver est sorti de ton ventre ?

C’est ton amoureux Papa même quand vous vous discutez ?

C’est quoi ton travail d’ordinateur exactement ?

Pourquoi tu parles plus à ta maman ?

Et la pire de toute – est-ce que tu vas mourir ?

Parce que là ça me fait comme pendant le cours de handball en 4e, quand je papotais vernis avec ma copine et que je recevais le ballon en plein sur l’estomac.

Paf, ou plutôt pouf, un pouf qui creuse le ventre et écrase les poumons, à croire que les abdos ne retiennent ni les ballons ni les questions qui font mal.

Tu me prends au dépourvu alors que j’enfile une chaussette et me félicite qu’elle ne soit pas trouée, que je te coupe les ongles pendant que tu me racontes ta journée, quand on descend au prochain arrêt de bus et que je suis en train de me lever, ou juste comme ça, au beau milieu d’un passage piéton.

Pouf.

Tes yeux se gorgent de larmes en équilibre précaire sur le bord de tes cils. Tes lèvres se serrent, on dirait ton père quand on se discute. Ton regard est à la fois plein d’espoir et résigné.

La première réponse qui me monte aux lèvres est Non, non jamais jamais je te le promets ne pleure plus, mon amour.

Et puis courir à la confiserie acheter des bonbecs à l’unité et se cacher sous la couette pour regarder Le Roi Lion. (Enfin pas le passage avec les buffles hein, ça gâcherait tout)

Mais je ne peux pas. Ce ne serait pas honnête et je t’ai toujours promis la vérité. Sauf pour la petite souris. Je sais, c’est pas très cohérent, ta mère tu l’apprendras, n’est pas toujours très compréhensible.

La mort, c’est trop sérieux, on déconne pas avec. Je vais pas te parler de Dieu parce que je n’y crois pas.

Mais je vais te parler de la vie.

De celle qu’on a tous ensemble avec ton père et ton frère.

De nos jours, de nos nuits, de nos week-ends et du lundi au vendredi.

De toutes ces années merveilleuses qui nous attendent ensemble, de tous ces souvenirs qu’on va fabriquer dans nos yeux, nos têtes, nos cœurs et nos disques durs.

De toutes ces choses qu’on va vivre, ton enfance, tes années rebelles, ton entrée dans l’âge adulte, ton amoureuse, ton mariage, tes enfants… Dans l’ordre que tu voudras.

Ton père et moi serons toujours là, de près ou de loin, et on sera fiers. Tellement fiers.

Et je ferai une blague, je te raconterai comment tu en auras vraiment trop marre de nous, quand on sera vieux. Comment on voudra de te faire des bisous sans nos dents, comment on te fera tout répéter parce qu’on sera sourd, comment on viendra toujours chez toi quand tu voudras être tranquille.

Tout pour qu’on ne te manque pas, et pour que tu ne sois pas triste. Bon débarras !

Et je rigolerai un peu trop fort, en te serrant contre mon cœur, pour que tu arrêtes de pleurer et que j’évite de commencer.

Personne ne va mourir, mon chéri, on va vivre et vivre encore et puis on dormira, fatigués d’avoir tant vécu.

À chaque fois qu’il pleuvra dans ton cœur, tu fouilleras ta mémoire pour faire sortir le soleil et naître un arc-en-ciel.

Et à chaque fois que tu verras un arc-en-ciel, si tu veux tu penseras à moi, à cette vie pleine d’amour et de couleurs que j’aurais tout fait pour t’offrir.

Et peut être que c’est pour ça aussi que j’écris, laisser une trace quelque part, pour que tu saches un jour qui je suis, et combien je t’aime.

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12 réponses à “Personne ne va mourir

  1. C’est un très beau texte! Et qui résonne particulièrement par ici. Autant la discussion sur comment on fait les bébés ne m’inquiète pas…mais celle sur la mort outch, je ne gère absolument pas (disons que j’occulte le truc parce que vraiment je n’ai pas encore accepté qu’on devrait mourir un jour) alors l’expliquer…
    Mais effectivement, ce qui compte c’est la vie qu’il y a avant!
    Bises

  2. Oh punaise…. Tu m’a tuée là. La petite sur les genoux en train de teter qui me demande « pourquoi elle pleure maman ? » je lui répond quoi maintenant ?

  3. Je ne poste jamais de commentaire, je suis un sous marin à ce qu’on dit… Mais là je suis obligée! Quel beau texte et quelle chialade pour ma pause dej! Tellement difficile d’expliquer la mort à nos tout petits que l’on ne veut absolument pas inquiéter.. Une belle déclaration d’amour que de lui expliquer la vie à ses côtés! Bravo!

  4. Laisser une trace pour nos enfants, c’est aussi la raison pour laquelle j’ai ouvert mon blog y’a 4 ans maintenant …
    Je me dis que peut-être elles aimeront lire mes pensées un jour. Qui sait j’en ferais peu-être imprimer quelque articles pour garder une trace physique.
    Quel beau billet, encore …

  5. Et ben c’est moi qui chiale……juste parce que ce texte est beau et vrai….juste parce qu’il résonne très fort en moi a ce moment…parce que j’ai perdu ma grand-mère que nous aimons si fort récemment et que ;mon chéri de4ans et demi m’a posé ce genre de questions…ou plutôt de constat …et que j’ai eu envie de mentir un peu comme toi et de le bouffer de bisous et de respirer son odeur très fort…je ne l’ai pas fait…et j’ai parlé d’étoile….si brillante qu’il saura que c’est moi…brillante comme les paillettes qu’on met dans le quotidien….merci pr ce beau partage!!!

  6. Elle est dure, cette question, c’est clair !
    Mes enfants me la pose souvent, je répond simplement, en riant, que non, je n’ai pas prévu de mourir pour l’instant.
    Ca dédramatise 😉

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