La théorie de l’évolution

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La grossesse, c’est neuf mois de bonheur, de joie, de merveilleux, tout est simple, beau, émouvant, tu verras, tu vas adorer… Faux !

Ne te laisse pas berner par le sourire enjôleur des copines ou par la douce musique des pubs pour lingettes parfumées à l’huile de bébé. Tout ceci fait partie d’un complot nataliste mensonger visant à garantir le paiement des retraites par une jeune génération que tu dois démouler (bon, pas en entier, mais faut faire ton quota). Entre les hormones en folie et la multiplication miraculeuse des kilos, lâche prise et prépare-toi à ce qui t’attend…

Premier mois

T’as la gerbe. Tu comptes les jours jusqu’au test pissou. Une fois face à la réalité de ta grossesse débutante, tu calcules encore et encore ta date prévue d’accouchement (DPA pour les intimes) en fonction du premier jour de tes dernières règles, de la date d’accouplement supposée, de celle du gerbi inaugural, de l’éloignement lunaire, de l’horoscope cambodgien ou de la date de naissance de ton chat.

Bref, insidieusement, le Syndrome du Neurone Unique s’installe.

Deuxième mois

Tu te sens ballonnée comme en début de règles, tu cours donc aux toilettes toutes les 46 minutes vérifier si le fond de ta culotte reste bien immaculé. Mais tu ne vas quand même pas acheter des fringues de grosse dame avant d’avoir en main la déclaration offi- cielle de grossesse, non ?

Résultat, tu te sens l’âme de McGyver et tu accroches un élastique autour sur la fente du bouton de ton jean, histoire de pouvoir respirer sans tout péter.

Troisième mois

Tu pleures devant les pubs pour les couches. Tu pleures si ton homme ose manger le dernier yaourt à la cerise. Tu pleures quand tu vois un chaton. Tu pleures tout le temps, sauf quand tu dors – environ 18 heures par jour idéalement.

Tu bombes le ventre dans les transports en commun et dans les files d’attente de la Poste en espérant pouvoir commencer à abuser un peu de ton statut privilégié. À moins de vomir sur les gens, tu n’ob- tiendras rien avant quelques mois encore.

Quatrième mois

Après 3 mois en berne totale, ta libido revient enfin te chatouiller le bout des lèvres. Pas touche aux seins, trop sensibles. Profites-en quand même avant de ressembler à un bébé baleine vautré sur la plage !

Tu ne peux plus dormir sur le ventre, tu le caresses environ 439 fois par jour, et tu ne te nourris plus que de tartines de carottes râpées sauce au beurre et au sirop d’érable épicé. Trempées dans ton déca. Plus personne ne veut déjeuner avec toi, ça te fait pleurer. Ou rire. Tu es devenue une boule d’hormones sous LSD.

Cinquième mois

Encore un bonnet de soutif en un mois, tu es toute frétillante, depuis la 4e tu n’avais pas laissé tes seins pousser comme ça.
T’en es peut-être déjà à 3 touchers vaginaux, une échographie et 4 prises de sang. Tu commences sérieusement à te demander si, en fait, tu ne serais pas malade.

À table, la bouffe maladroitement portée à la bouche échoue lamen- tablement sur la bosse de ton ventre. Bien sûr, ça te fait pleurer.

Sixième mois

Il te faut maintenant 7 minutes chrono pour te déloger du lit le matin, faut dire qu’on a l’impression que t’as bouffé une pastèque sans la mâcher. Tu ne vois donc plus tes pieds, ni ton pubis – ce qui explique ton épilation à la Picasso. En plus, la fatigue aidant, tu as oublié une demi-jambe.

Les amis qui n’ont pas été effrayés par l’annonce de ta grossesse commencent à faire le tour par derrière pour te faire la bise, histoi- re de gagner du temps.

Septième mois

Tu es connue du voisinage comme la pimpante grosse dame. Certaines mauvaises langues te surnomment le bilboquet, rapport à ton centre de gravité un peu incertain. Tu as du mal à évaluer les distances, ton nombril est tout griffé par les clenches de porte.

Tu te rends compte que tes pieds peuvent désormais grandir en largeur et tu passes tes journées en ballerines ou en tongs.
La prime de naissance de la CAF ne va pas tarder à apparaître sur ton compte, tu vas pouvoir assouvir tes pulsions materno-consommatrices.

Huitième mois

Fait divers dans le journal local : une jeune femme retrouvée morte, écrasée sous le poids de son propre ventre. Heureusement, le congé maternité se profile.
Tu te dandines comme un pingouin alcoolisé, mais tout le monde t’assure que, dis donc, vraiment, t’as tout pris dans le ventre, tu restes super mince ! Effet d’optique.

Malgré tes prières à la déesse de l’élasticité, la première vergeture fait sournoisement son apparition en dessous de ton nombril. Tu pleures conséquemment pendant 4 jours.

Neuvième mois

Tu écumes les petites annonces pour trouver des forceps d’occasion. C’était marrant les 36 premières semaines, mais là, ça devient lassant.
Tu ne te dandines plus, tu roules. Par temps venteux tu évites de sortir, surtout si tu habites une région vallonnée. Ton ventre peut désormais servir de table d’appoint et ton conjoint s’amuse à y faire tenir toutes sortes d’objets. Tu te promets donc de lui broyer la main pendant la phase d’expulsion du gigot.

Phase post-démoulage

Au retour de la maternité, tu as autant de ventre qu’au cinquième mois de grossesse. D’ailleurs, on ne t’a jamais laissé autant couper les files aux caisses des supermarchés que depuis que tu n’es plus enceinte.

Attends encore un peu, tu vas les perdre… dans environ 4 mois, avec tous tes beaux cheveux.
Mais tu as gagné le bébé le plus beau de la terre, évidemment, et ça n’a pas de prix – pas comme ton anti-cernes.

Bienvenue dans le monde merveilleux de la maternité. Tu verras, c’est que du bonheur.

NB : billet originellement paru dans Le Maxi Best of Grossesse & Naissance (épuisé).

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