Chez le gynéco(n)

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Le gynéco est un animal civilisé en voie de disparition – paraît-il. Certaines femmes, futures mères ou mamans n’en ramènent aucun de la chasse et doivent se contenter d’une sage-femme ou d’un généraliste*.

Le gynécon est le cousin maléfique du gynéco – et cette sous-espèce prolifère autour des salles d’accouchement.
Mais alors, comment savoir quel spécimen tu as déniché pour te suivre pendant ta grossesse ? Notre enquête spéciale dans les coulisses de la gynécologie obstétrique peut t’aider à répondre à cette question.

Que tu le veuilles ou non, ton gynéco(n) va devenir ton meilleur ennemi pendant quelques mois. Il est souvent très simple de faire la différence entre un bon gynécologue et un bon gynéconlogue. Tout commence dans la salle d’attente. Le gynéco prévoit des rendez-vous toutes les demi-heures, et il restera donc des sièges libres pour patienter – ce qui est fort commode quand on a une excroissance ventrale de 8 kilos à porter. Aux murs, des affiches de prévention sanitaire, de paysages enchanteurs, de bébés câlinés… de quoi mettre ton utérus de bonne humeur pour la consultation à venir. D’ailleurs, c’est déjà ton tour.

Le gynécon, lui, demande à sa secrétaire de donner des rendez-vous toutes les 10 ou 15 minutes, et ses patientes sont passées expertes en renfilage de chaussettes + pantalon + culotte en un seul geste. Évidemment, certaines bavardes maladroites ralentissent tout le planning du gynécon dès 10h15 le matin, ce qui fait que la salle d’attente est pleine à craquer. Les quelques papas sont debout contre le mur, les futures mères venues pour une écho trémoussent du popotin en se demandant combien de minutes encore elles vont pouvoir tenir, vessie pleine à ras bord, et quelques-unes piquent du nez sur un magazine aussi âgé qu’elles. Au bout de trois quarts d’heure d’attente, tu connais par cœur les affiches publicitaires mal scotchées aux murs et ta chaise anti-ergonomique t’a filé une sciatique aiguë.

Le déroulé de la consultation de suivi de grossesse est quasiment identique dans les deux cas, à quelques nuances près.

Le gynéco va commencer par te poser des questions simples et humaines comme « Comment allez-vous depuis la dernière fois ? » ou « Ça se passe toujours bien ? », tout en ouvrant ton dossier déjà préparé sur son bureau, un sourire aux lèvres. Tu lui ferais bien un bisou, tiens, avec ces bouffées d’hormones qui te rendent toute bisounours.

Chez le gynécon, par contre, l’ambiance est aussi froide que sa table d’examen, ça t’évoque vaguement une visite médicale à l’armée. Tu as peur de mal répondre aux quelques questions aboyées, tu cherches le piège – « Vous avez mangé de la viande rouge ? » – tu avoues tout sous la menace du spéculum « Oui, j’ai caressé un chat ! », « J’ai goûté un morceau de fromage cru ! », « Non, je n’ai pas reconstitué l’arbre généalogique complet du jambon que j’ai mangé ! ».

La pesée est toujours un moment embarrassant, surtout que tout le monde sait que des lutins démoniaques dérèglent les balances des médecins pour rajouter d’office 3 kilos. Tu n’oublies pourtant jamais de t’épiler intégralement et de te limer les ongles avant pour perdre tout le poids superflu possible.

Alors que le gynéco te laissera te déshabiller et te peser tranquillement pendant qu’il reste à son bureau, le gynécon déclarera avec tact par-dessus ton épaule « Non, gardez vos vêtements, vous êtes plus à ça près ».

À l’annonce du poids, la réaction du praticien est déterminante pour distinguer le bon du mauvais. Le gynéco aura une remarque sympathique et positive « Bon, c’est bien, il grossit bien ce bébé » ou « Vous avez raison, faut en profiter maintenant ! »

Le méchant aura un rictus sarcastique pas franchement professionnel à base de « Ah, on s’est fait plaisir ! » qui ne fera qu’augmenter encore ton envie de noyade dans une piscine de bonbons au chocolat.

S’ensuit ton moment préféré, quand ton entrejambe tombe dans le domaine public : le toucher vaginal. Le gynéco ne te l’imposera pas, le gynécon te punira de tes kilos en trop avec un spéculum mal lubrifié.

Si en plus tu as l’outrecuidance de penser éventuellement peut-être songer à ne pas suivre son conseil d’arrêter de bouloter du chocolat, il va y aller direct aux forceps. Ça t’apprendra.

En règle générale, pendant la durée de la consultation, le gynécologue va communiquer avec toi avec respect, le gynécon parlera plutôt de toi à la troisième personne, et prendra garde à ne jamais te laisser la chance de poser une question sur ta grossesse. Le gynécon estime que du haut de son super diplôme et de ses longues années d’études, il sait mieux, toujours mieux. D’ailleurs, s’il constate que ton col est modifié ou court, il va s’étonner « Mais, vous ne m’avez pas dit que vous aviez eu des contractions ! » Et jamais il ne te croira quand tu affirmeras ne pas les avoir senties.

À noter : un gynécon mâle, donc forcément non doté de cette poche à bébé, sait quand même mieux que toi ce que ça fait d’être enceinte. Ne l’oublie jamais.

Pour ta santé mentale, il est donc préférable de bien choisir le médecin qui va t’accompagner au fil des mois. Les risques de gynécocide sont d’autant plus élevés que tes hormones peuvent te transformer en Hulk en moins de 5 secondes. Un gynécologue t’aidera à bien vivre ta mutation corporelle en cétacé d’eau douce, alors que le gynéconlogue te poussera à réclamer une ligature des trompes pendant la pose de la péridurale.

Ah, vivement le mois prochain.

Noël approche, tu connais forcément une femme enceinte : offre-lui la nouvelle boîte de jeux 9 mois dans la boîte, fraîchement pondue par moi-même aux éditions Jungle ! 

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* NB : post éminemment humoristique, qui ne fait pas (oh oh loin loin s’en faut)  de la pub pour les gynécos. Pour un suivi plus humain, moins protocolaire et plus respectueux (en général), je ne peux que vous conseiller de choisir une sage-femme en suivi global, ou votre généraliste si vous êtes en confiance avec lui. Aucune raison d’aller voir un gynéco, sauf l’envie, si votre grossesse ne connaît aucune complication.

NB bis : billet originellement paru dans Le Maxi Best of Grossesse & Naissance (épuisé).

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6 réponses à “Chez le gynéco(n)

  1. loooool !!!
    par contre juste une précision: la vessie pleine avant l’écho,c ‘est fini depuis des lustres, ce n’est pas nécessaire!!!

  2. Tellement vrai, notamment pour la pesée! le mien, particulièrement vicieux va même jusqu’à me demander de faire plein de bilans sanguins pour vérifier mon taux de cholesterol, …. même lorsque je ne suis pas enceinte. Poussée par un ras le bol d’attendre systématiquement 30 mns avant chaque rdv, je m’en suis fait conseiller un autre – à suivre!

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