Une demande en grossesse

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[extrait du livre Le Maxi Best of Grossesse & Naissance, paru aux éditions Jacob Duvernet en 2012]

Personnages

Mademoiselle et Monsieur, jeune couple dynamique et urbain.

La scène se passe dans un salon nullipare. Aucun bibelot ne dépasse des étagères bien rangées, aucun objet ne traîne par terre, aucun reste de nourriture n’est sournoisement dissimulé entre les coussins du canapé. La table basse en verre, aux angles droits affûtés, est impeccable, aucune trace de doigt ne la salit.

Les deux protagonistes sont avachis sur le canapé. Leur visage est reposé, leurs vêtements sont repassés et sans taches. Ils sont à un tournant de leur vie.

Mademoiselle

(soupire)

On s’ennuie… tout ce silence…

Monsieur

(captivé par son jeu vidéo)

On profite du calme, voyons, pour une fois que les voisins sont pas là ! Monte le son de la télé si tu veux.

Mademoiselle

(fait la moue)

Tu sais, ça fait longtemps maintenant qu’on est ensemble. Un peu de changement ça nous ferait du bien.

Monsieur

(faussement offusqué)

Je te suffis plus, tu veux un sex toy ?

Mademoiselle

(tente de se rattraper)

Non, non, je pensais à quelque chose de plus… chaleureux.

Monsieur

(ne fait aucun effort pour attraper la perche)

Encore un chat ? Écoute, après trois ans de vie commune j’ai cédé, et ça fait deux ans qu’il nous fout ses poils dans la bouche quand on essaie de roupiller. Et c’est toujours une galère pour le faire garder quand on part en week-end.

Mademoiselle

(blasée)

Oh non, pas un chat. Et puis tu sais, les week-ends en amoureux, c’est bien, hein, mais j’ai envie de nouveauté, de connaître autre chose.

Monsieur

(décroche enfin son regard de sa console pour regarder sa mie)

Attends, je me fends le cul à t’organiser des week-ends surprise et maintenant tu me dis que ça te plaît pas ?! Ingrate.

Mademoiselle

(le regarde amoureusement, bat sournoisement des cils)

Oh si, j’aime beaucoup, mais je sais pas, je trouve qu’on a eu notre lot de sorties et de fêtes, non ? Tu n’as pas envie d’avancer, de bouger ?

Monsieur

(complètement hermétique à la psychologie féminine)

Avancer ? Bouger ? Tu veux aller où, à l’étranger ? Tu veux déménager ? Je comprends rien à ce que tu racontes ce soir, t’as tes règles ou quoi ?

Mademoiselle

(commence à en voir plein le cul de tourner autour du pot)

Mais non… avancer dans la vie quoi. Toutes ces soirées alcoolisées, ce tourbillon de vie sociale… Toute la semaine on bosse comme des dingues en attendant le week-end qui passe toujours trop vite, c’est vide de sens.

Monsieur

(tente d’amadouer celle qui manifestement a une idée bien précise en tête)

On se marre bien quand même ! Et puis tu l’aimes bien ta grasse matinée du dimanche, hein, après la nuit de fête.

Mademoiselle

(passablement saoulée)

Oh oui… (marmonne) ça risque d’ailleurs sacrément de me manquer ça…

Monsieur

(stupéfait)

Quoi ? Pourquoi tu voudrais que ça te manque ? Je te jure, parfois je te pige pas. On a tout ce qu’on a toujours voulu : des supers boulots, un super appart, des potes, des tunes… T’es jamais satisfaite !

Mademoiselle

(inquisitrice)

Et tu n’as pas l’impression qu’il nous manque quelque chose ? On a déjà passé la trentaine tu sais, tic tac, tout ça.

Monsieur

(l’air de quelqu’un à qui on la fait pas)

T’essaies de me dire un truc là, je le sens.

Mademoiselle

(solennelle, se met à genoux)

Chéri, fais-moi un bébé !

Monsieur

(tomberait bien de son canapé s’il n’y était pas moulé)

Quoi !? Mais ça te prend comme ça, sans prévenir, c’est parce que ta cousine est enceinte, c’est ça ? Vous les filles vous voulez toujours faire pareil que les autres.

Mademoiselle

(rassurante – ou presque)

Mais non, je veux un bébé à nous, qui te ressemble… enfin, qui me ressemble surtout, hein, on va pas lui filer un handicap dès le début, mais tu vois quoi, un bébé né de l’amour !

Monsieur

(négociateur)

Mais t’as déjà ton chat ! Et puis c’est des emmerdes les bébés, on peut plus sortir et ça coûte une blinde en couches et en fringues, à tout le temps grandir !

Mademoiselle

(malheureusement rationnelle)

Mais notre budget vie sociale passera en achats pour lui, tu verras on fera même des économies je suis sûre !

Monsieur

(égoïstement à l’écoute de son instinct de survie)

Mais moi je veux dormir, je veux pouvoir choisir mon rythme de vie, je suis trop jeune pour être père !

Mademoiselle

(argumentative – la fille qui a préparé son coup)

Trop jeune ! Ton meilleur pote a déjà deux enfants ! Ta mère nous envoie des photos de tous les gamins de ta cousine chaque semaine pour te faire comprendre qu’il serait temps de t’y mettre aussi.

Monsieur

(argumentatif – le mec qui a rien préparé du tout)

Je viens juste de me remettre au sport, j’aurais plus le temps avec un bébé !

Mademoiselle

(enfonce le clou)

T’auras même plus besoin d’aller soulever des haltères, le sport tu le feras directement à la maison. Faut tout le temps les porter ces petites choses-là.

Monsieur

(ressort le clou)

Et la voiture ? Il n’est pas du tout adapté le cabriolet, je suis sûr qu’on a pas le droit de le mettre dans le coffre en plus. Non mais tu nous vois en week-end à la Baule avec un monospace et une poussette ?

Mademoiselle

(ouverte au compromis)

Effectivement. Mais tu achèteras une nouvelle voiture. Avec de grosses roues bien impressionnantes, promis, pas un monospace de gonzesse. Un truc viril. Et je pousserai la poussette.

Monsieur

(défaitiste)

Non, non, mais là tu veux nous gâcher la vie, c’est pas possible.

Mademoiselle

(positive attitude)

Tu exagères, y’a des avantages aussi tu sais ! Sinon notre race se serait éteinte depuis longtemps.

Monsieur

(coquin, entrevoit une sortie de conversation sportive)

Ouais, c’est sympa à faire, les bébés.

Mademoiselle

(décidée à obtenir ce qu’elle veut)

Mais non, c’est mignon, c’est adorable, et puis tu t’y attacheras aussi…

Monsieur

(acculé, sort les clichés)

Devenir responsable d’un autre être humaine pour toute sa vie, impossible ! Et puis ça sert à rien un bébé, à part à vider les comptes épargne.

Mademoiselle

(pragmatique)

Faux. Tu pourras le filmer à chaque gamelle et te marrer avec tes potes pendant tes soirées bière.

Monsieur

(touché)

Ah oui.

Mademoiselle

(bonne vendeuse)

Si tu le dresses bien tu as trouvé le disciple idéal pour transmettre tes valeurs starwarsiennes.

Monsieur

(coulé)

Ah tiens.

Mademoiselle

(frétille de l’ovaire, la victoire approche)

Et y’aura plein de gâteaux et de biscuits dans les placards. Et tu raffoles des petits pots de compote de ta nièce. Je t’ai vu les finir discrètement entre la salle à manger et la cuisine.

Monsieur

(échec)

N’essaie pas de m’avoir aux sentiments.

Mademoiselle

(jubilation ultime de la femelle qui a gagné un enfournement)

J’aurais de gros seins pendant la grossesse.

Monsieur

(échec et mat) 

… On s’y met quand ?

 

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4 réponses à “Une demande en grossesse

  1. Mdr les gros seins mais sans galipette possible pendant plusieurs mois ni de fellation à caise des envies de vomir que ça donne à ce que j’ai lu, c’est ça??? LoL

  2. Je fais suivre aux copine, je me suis bien marrée ! Les gros seins, c’est l’argument imparable – avec les 9 mois sans pause sexuelle sous prétexte d’indisposition – !

  3. Ce n’est pas toujours aussi simple… Faut dire, que je ne doit pas avoir un « Monsieur » normal aussi, même le dernier argument le laisse inflexible!

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