Chroniques fatiguées d’une mère en pyjama – 5

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[Chroniques fatiguées d’une mère en pyjama – 4]

6 janvier, soir 

Lucie dort nue.

Quand je viens passer un weekend chez elle, elle daigne passer une nuisette qui semble toujours neuve ou un ensemble avec mini short satin qui coule sur ses hanches.

C’est quand même plus raccord avec son parquet massif ciré deux fois par an par un homme à tout faire toujours sexy. Rien à voir avec le faux parquet à clipser que j’ai fièrement installé toute seule dans la chambre du grand l’été dernier.

Question de standing.

Lucie, elle s’est fait refaire la poitrine trop vite déformée par une grossesse avortée. Elle s’est fait refaire le nez dont le caractère était trop dur à assumer.

Elle est grande, brune, célibataire et nullipare.

Je suis petite, blonde, mariée et multipare. Ou seconpare ? Deuxipare ? Comment on dit pour « deux-enfants-merci-ça-suffit-je-m’arrête-là » ?

 Je ne sais pas ce qu’on fout ensemble mais on est inséparable.

Une fois on est restées brouillées pendant un mois, je ne me souviens plus pourquoi. Je me rappelle juste qu’elle m’a fait la plus belle déclaration d’amitié du monde (au moins) et que depuis je la supporte quand même plus facilement. Ou alors c’est la maternité qui m’a rendue patiente.

Ou alors, c’est parce que je n’ai pas eu mon retour de couches, et donc mes règles. Ca évite les syndromes prémenstruels qui rendent associable.

Je suis arrivée en retard chez René, mais c’était un petit retard maternel, ça compte même pas. Quand t’as des enfants tu ne peux pas être à l’heure, c’est une loi de la physique très sérieuse qui le dit. La loi de Murphy.

C’est quand t’es en retard que la sangle du siège-auto voudra pas se régler à la bonne longueur.

C’est quand t’es en retard que ton bébé remplira sa couche au moment où tu arrives enfin à régler la longueur de la sangle.

C’est quand t’es en retard que tout va de travers. Question d’habitude.

Bref, j’ai réussi à garer la voiture sans la rayer, à sortir la petite de son siège auto sans rayer la voiture d’à côté (et vu la voiture, en cas de rayure j’aurais carrément changé de parking), et j’étais presque pas trop froissée.

Elle est mignonne la petite, elle se laisse poser dans une poussette sans rien dire. Je l’aurais bien portée, mais pour une fois, je voulais quand même pouvoir m’affaler dans mon fauteuil avec mon verre de bulles, sans l’écraser inopinément, ni me faire broyer la cage thoracique.

Le mari était en RTT aujourd’hui, mais franchement, lui laisser la petite plus de 2 heures, c’est être certaine de la récupérer baignant dans son jus de lait parfumé à la couche pleine, avec un soupçon de reproche dans le grognement d’accueil et des pleurs jusqu’au bain. Donc non.

Evidemment, elle était déjà arrivée, Lucie, sans autre bagage que son petit sac à main hors de prix (au moins quatre mois de couches, promis).

Elle m’avait commandé un verre de bulles et on a partagé une planche de fromages. Ca faisait très Sex & The City si on ne regardait pas trop mon épaule tachée de lait, mes cernes-valises et la poussette dormante à ma gauche.

Au début on a échangé des platitudes, et peut-être deux ou trois saloperies sur sa boss, qui s’avère être une ancienne collègue commune aux dents qui rayent le parquet de l’appart du dessous. Lucie vivotait à son poste, tranquillement, peut-être un peu plus productive depuis mon départ en congé maternité, et cette touffe de cheveux sur pattes, Marylène, avait grimpé les échelons au rythme de ses sourires hypocrites.

Entre nous, quand on s’envoyait des messages à son sujet, on écrivait « Marylaine », voire « Marylaide », surtout après les réunions de service. Le bon vieux temps.

Puis on est passées aux choses sérieuses, elle n’est pas du genre à tourner autour du pot trop longtemps, Lucie.

Je lui ai raconté la guerre froide depuis quatre jours maintenant, elle a haussé le sourcil, impressionnée, quand je lui ai parlé de la technique du dialogue par enfant interposé, et a gardé les lèvres serrées à peu près tout le temps.

Quand je lui ai annoncé que je pensais que mon mari me trompait, je m’attendais à ce qu’elle me regarde avec la même incrédulité que moi quand mon fils m’avait dit que je lui faisais mal en lui coupant les ongles.

Mais non.

Plus tard

La suite demain, parce que là, vraiment, c’est trop dur. Je vais aller renifler des derrières d’oreilles plutôt.

PS : pyjama neuf, offert par Lucie, qui décidément me connaît un peu trop bien. Haut rose à manches courtes, caleçon long bleu marine avec un lien coulissant à la taille qui ne sert pas franchement à grand chose depuis que mes abdos ont dégouliné façon crème pâtissière trop cuite.

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2 réponses à “Chroniques fatiguées d’une mère en pyjama – 5

  1. J’aime bien ces chroniques un peu lasses, pour fictives qu’elles soient. Parce que j’en ai un peu marre de me forcer à tout trouver drôle, parce que j’en ai marre de faire semblant d’avoir l’esprit de dérision, parce que les crypto wonder mums m’assassinent à peu près autant que les vraies, celles pour qui l’accouchement était le plus beau jour de leur vie, parce qu’on s’est toute faites ce psychodrame sur notre homme qui nous tromperait alors que non, ben sûr, il est juste fatigué comme nous. Et il en a peut être marre itou qu’on fasse toujours semblant.

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