La photo de classe

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Quand la maîtresse t’a fièrement tendu la photo de classe, avant les vacances de Noël, ta première impression, Ô indigne mère, fut de demander s’il était possible de reconvoquer le photographe, parce que là, non, vraiment, ça ne va pas être possible.

Et il est diplômé ce type, on a vérifié ses références ? Il fait peur un peu, non ? Parce que là comment dire… elle pourrait servir d’affiche pour une organisation humanitaire, cette photo, tellement les enfants semblent résignés ou apeurés.

Pourtant normalement, un jour de photo de classe, ça se prépare. Pas pour rien que la maîtresse met un joli mot dans le cahier et une affichette sur la porte de la classe : faut préparer les gamins à sourire comme des gagnants de loto, et faut se saper !

Pour une fois, donc, tu as réfléchi un peu à la tenue de ta descendance, les traumatismes tout personnels de ta propre enfance retracée en photos de classe suppurant encore dans ton esprit.
Pas question, ce matin-là, de gratter un peu la tache de yaourt pour faire tenir le pantalon, non, aujourd’hui c’est vêtements propres. Même les chaussettes.
Tu as opté pour un style classique mais pas coincé, écarté d’un geste vif les logos géants et super héros de dessins animés en décalcomanie plastique, dit non au pull tricoté par mamie avec la tête de pingouin frotté trop près d’une glissière de sécurité, hésité quelques secondes entre les carreaux et les rayures – et choisi les rayures. Manquerait plus que ton gamin te prenne pour une ancienne mère hipster dans 15 ans.

Comme dans toutes les situations familiales, il y a un prix à payer : il va donc sans dire que le jour de la photo, tu déposes ton gamin à l’école planquée sous un manteau-couette, affublée d’un soutif mal réglé et d’un haut de pyjama Snoopy, des chaussettes trouées enfilées dans des bottes sans talons que Britney Spears pourrait porter en été avec un mini short à franges.
Tu n’as évidemment pas eu le temps de t’habiller correctement après avoir retourné la mini-penderie de l’enfant pendant son petit déjeuner à base de Chocapic trop mous devant Boris et autres Zouzous.
Le sacrifice maternel pour la postérité enfantine est sans limite.

Mais tous les parents n’ont pas eu la même remontée d’informations jusqu’au cerveau.
Dans le couloir devant la classe, devant les mini-porte-manteaux-pète-dos ou au détour des mini-toilettes-collectives-pipi-en-communauté, tu croises quelques copains et copines de l’enfant.

T’as la gamine déguisée comme une poupée de porcelaine de 1924, avec une jupe sirène satinée qui lui permet à peine de se déplacer entre les mini-tables de la classe (et j’espère qu’elle n’aura pas envie d’aller faire pipi avant 16h30).

T’as celui qui a un épi sur le haut du crâne 364 jours sur 365. Le 365e, aujourd’hui, sa mère lui tartine environ 400 ml de gel coiffant pour l’aplatir, technique qui rencontre un vif succès – jusqu’à 9h13 environ.

T’as celui dont les parents ont complètement oublié, et qui porte le pantalon à tache de yaourt mal grattée. On le mettra au deuxième rang.

T’as celui qui est sponsorisé, et que tu appelles intérieurement Placement de Produit. Sur une hauteur approximative de 1 mètre, il fait plus de pub qu’un encart de magazine gratuit à la sortie du métro.

T’as celle qui est malade. Enfin non, tous ceux qui sont malades. Faut dire que faire une photo de classe en maternelle au mois de novembre, ça doit être à peu près aussi intelligent que de vouloir faire naître un enfant en restant allongée sur le dos.

Et puis y le tien là, parfaitement parfait, bien sûr, mais, qui fait la gueule, évidemment. « Comme sa mère » a osé sortir ton mari. Pfffff.

Sur les planches individuelles, c’est limite pire. Pourtant, y a du mieux depuis tes jeunes années, le fond gris chiné tacheté assez laid a finalement été remisé au fond du placard avec les cartes de l’Europe pré-chute du mur du Berlin, et tout de suite, ton enfant a meilleure mine.

Mais tu vas quand même pas oser l’envoyer aux grands-parents, celle-là. T’es sûre de recevoir un appel condescendant de la belle-mère critiquant le choix du t-shirt, le faux pli sur l’épaule, la mèche sur le front et la tache de dentifrice à la commissure des lèvres…

Bon, et le prix, là. En fait c’est grâce aux recettes des photos de classe que l’école est gratuite en France, n’est-ce pas ? A ce prix-là, un petit sourire n’aurait pas été de refus…

Parce que sans mentir, avec un bon smartphone et la fameuse blague imparable pour tous les moins de 4 ans, la célèbre pipi-caca-prout-je-fais-semblant-de-tomber-par-terre, je te déride 20 gamins et je les mitraille pour le tiers du prix. Et je m’arrange pour planquer la jupe satinée qui fait un reflet blanc sur la photo derrière le pull tête de tigre albinos du fils de la voisine.

Enfin, maintenant c’est fait, hein, t’as signé le chèque avec une fierté difficilement dissimulée, te rappelant les heures de négociation avec tes propres parents pour qu’ils acceptent, à l’époque, de lâcher 35 francs pour la tienne.
La maîtresse t’a confié la précieuse pochette en papier cartonnée et tu vas t’empresser de numériser la photo papier dont il doit bien y avoir un fichier numérique original quelque part (les joies de la technologie), histoire que la photo ait une espérance de vie supérieure à la moyenne des posters et autres affiches qui ont le malheur de franchir le seuil de ton foyer.
[RIP le poster du Roi Lion, on pense à toi]

Mais une photo de classe, ça sert à quoi ?

L’été prochain, à l’approche de la rentrée suivante, tu ressortiras la photo pour préparer psychologiquement l’enfant à la suite des aventures.
Dans quelques années, tu les sortiras toutes, par ordre chronologique, quand il ramènera des copines à la maison, histoire de lui faire payer un peu les nuits de merde des premières semaines années.

Et enfin, ces photos de classe vivront leur heure de gloire lors de la soirée de mariage de l’enfant et du rituel PowerPoint de la Honte sur écran géant entre le trou normand et le discours du témoin éméché.
Les photos de classe, tu les glisseras subtilement entre d’autres photos rangées pendant des années dans un dossier appelé « gros dossier » et qui porte vraiment très bien son nom. Oh oui, tu sais déjà quels clichés y seront, avoue.

C’est pas du sadisme, non. C’est juste pour être sûre qu’une fois parti, l’enfant ne revienne plus à la maison.

Ca vaut bien 15 euros par an, non ?

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7 réponses à “La photo de classe

  1. Comme à chaque fois, tu décris tout pile ce que nous vivons ! Ici, cette année, l’école a voulu innover, et à la place d’une photo, c’était un calendrier, regroupant les enfants par mois de naissance. Avec des accessoires et décors selon le mois (chandeleur, st valentin, fête de la musique, etc….) Mes gosses ont tous une tête désespérée sur les photos. Je les comprends…

  2. Ma photographe de Lunea Images ne fait pas poser les enfants, les sourires sont naturels, photos au printemps, de magnifiques photos !

  3. 15€ ? WTF.
    Déjà que je ne demandais pas à mes parents de payer les 35F, alors payer moi-même un jour les 25€ (oui ça aura encore bien grimpé d’ici là), j’imagine mal.

    … même si ton raisonnement semble assez convaincant

  4. Nous on a oublié de l’amener le jour de la photo de la crèche… On l’avait laisser chez mamie pour profiter un peu… Du coup on est passé pour les parents indignes!

  5. Ici, la petite avait eu un vaccin la veille de la photo de crèche. Alors la tête défoncée au doliprane, ça vaut le détour aussi… Pourtant elle avait une jolie robe, dommage…

  6. et beh, vous les payez un bras les photos ô_Ô
    Nous c’est 6e pour la total !
    mais bon, pour ce prix là, on a du classique et un enfant briefé que « s’il sourit pas, il aura pas son Kinder; nonmeho »

    et perso, j’ai depuis leur naissance, une boite pour chacun de mes gamins « the boite à dossier » avec photos compromettantes, doudou pas lavé et donc qui pue (ça sera sympa dans quelques années); premier dessin du bonhomme sans torse, ni pieds, ni mains, les carnets de note, un calepin où je met tout leurs « bons mots » ou encore les dents rangées par ordre 😀 et tout ça sera balancé le jour de leur 18 ans devant tous les potes sinon c’est pas drôle 😀

  7. Snifff ça me fait penser que je n’ai AUCUNE photo de classe de ma grenouille… mais j’ai quand même souris hein 🙂

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