Trop glucose !

Mousses au chocolat à 4h du matin, madeleines à la confiture pour le petit-déjeuner, collations de bonbons acidulés et dîners à base de crêpes au caramel… depuis quelques mois, tu virevoltes dans le monde merveilleux des douceurs sucrées… Et puis un jour, ton gynéco te parle d’un certain O’Sullivan et du test du même nom. Un nom irlandais débonnaire, qui te rappelle vaguement la bière et les pubs. Ça doit être sympa, ça donne envie ce test !

Un test non obligatoire mais tellement fortement recommandé que non, tu n’oses pas décliner. Et puis le sucre, c’est ta vie en ce moment, t’es ceinture noire en crème glacée et macarons. Le diabète gestationnel ? Même pas peur.

Pour une fois qu’on te demande pas de pisser dans un pot ! En plus ça s’assimile à « boire un verre à l’extérieur », non ? Vue ta vie sociale de marmotte narcoleptique ces temps-ci, ça te fera le plus grand bien !

Tout commence donc par une prescription pour 50 grammes de glucose. ça fait combien de bonbecs, ça ? T’appelles le laboratoire d’analyses médicales, y a peut-être moyen de s’arranger pour que tu avales ces 50 grammes sous forme de fraises Tagada ? Non ? Bon.

Tu arrives vers 8h du matin, l’estomac vide. Ca n’a pas dû t’arriver depuis au moins 4 mois, tu te sentirais presque légère.
Les hostilités commencent sans crier gare : première prise de sang. Ce sera que la 235e depuis le début de la grossesse, ce vampirisme ne t’étonne même plus.

Comme tu es bien élevée, tu arrives avec ton petit sachet de glucose en poudre. Pour les plus chochottes, parfum orange ou citron, ça fait rêver.

Le programme est limpide : on te pique, tu bois, tu fermentes, on te repique, tu rentres, tu dors.

La gentille secrétaire verse le contenu du sachet dans un gobelet apparemment innocent. Confiante, tu prends une première gorgée. Ta vie défile devant tes yeux, tu t’accroches au bord du comptoir. Tu frissonnes d’écœurement – même tes papilles pourtant forcement habituée au sucré n’en reviennent pas. Tu reprends une gorgée, manques de vomir. La dernière fois que tu t’es sentie aussi lestée, c’était après une fondue savoyarde. Tes talons s’enfoncent dans le sol.

C’est possible d’échanger sa place avec le petit vieux en mauvais état qui vient pisser dans un petit pot ? Même un Smecta te semble appétissant. Le gobelet est encore à moitié plein, c’est un puits sans fond ce bordel !

Vaillamment, tu descends le gobelet cul sec. Que le supplice se termine le plus vite possible. Tu tends le gobelet vide, fière de toi et de ta capacité à retenir une si forte envie de repeindre les murs. « Ah mais il en reste au fond, je vous remets un fond d’eau, faut tout boire, Madame ! » Vas-y, ça me fait tellement plaisir.

Tu secrètes du sucre par tous les pores de la peau. Une fine couche de sucre glace se forme sur ton cuir chevelu.

Maintenant il faut attendre une heure. Tu fusionnes avec la chaise, les minutes passent dans un délire d’hallucinations hyperglycémiques. Interdiction de quitter le laboratoire – entre nous, tu pourrais pas franchement aller très loin avec du caramel dans les veines. Tu as des visions de berlingots pervers, de carambars démoniaques, de sucettes machiavéliques. Tu sens des caries se former en passant ta langue sur tes dents. C’est donc ce que ressentent les gamins américains un lendemain d’Halloween, d’accord, c’est noté. Un genre de gueule de bois en canne à sucre.

Au bout d’une heure du reprends peu à peu forme humaine. Tu t’imagines mentalement, croisement improbable entre une baleine sous sédatif et un ours en guimauve géant.

La deuxième prise de sang finit de t’achever. Tu ressors du labo livide, sucromane aux bras de junkie.

Dans quelques jours, tu ne te souviendras même pas de la façon dont tu as réussi à rentrer chez toi – c’est bien, ça te rappelle ta folle jeunesse.

Ce qui est sûr, c’est que tu passes le reste de ta journée à sucer des cristaux de sel de Guérande pour te remettre de cette torture glucosée, en priant le dieu de l’insuline de ne pas avoir à passer par la case HGPO : 100 grammes de glucose. Sur 3 heures.

Non, ne pleure pas, tes larmes risquent de coller.

*** texte original paru dans le guide Le Maxi best of Grossesse & Naissance, aux éditions Jacob-Duvernet (2012), avec 40 autres copains tout aussi drôles. ***

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10 réponses à “Trop glucose !

  1. ca me rappelle tellement de choses sauf le test pour mon 1er jai eu le droit direct à 3h. Elle a confondu avec une autre cliente. J’ai attendu de sortir de cet enfer pour aller direct au toilette. Mais cest vraiment vrai 🙂 jen pleure de rire

  2. Oh j’ai failli mourir de rire!
    Exactement ce que j’ai vécu… En y ajoutant le malaise. Ben oui, c’était pas suffisant d’être collée à la chaise…
    A l’époque, l’arôme citron ou orange n’existait pas, on m’a mise dans une petite salle sur un brancard, en attendant que ca passe…
    Oser nous gaver de sucre alors que jamais on en aurait mangé autant, ca m’a toujours mise hors de moi…

    Pour les deux grossesses suivantes, j’ai dit non… Et j’ai eu le droit à la prise de sang en post-prandial, une heure après le petit dej.
    C’est top, c’est l’infirmière qui est venue le faire à la maison.

    Le HGPO? Même pas en rêve! Spèce de barbares!
    (Je veux le lire ce livre, ca me met l’eau à la bouche ! Et pas le sucre hein :p )

  3. Ah merci de me remémorer ce bel instant de 3h, cet apéro matinal à la paille, (fournie avec la bouteille, pour mieux déguster ce délicieux breuvage) et ces fucking 3 heures d’attente à voir défiler les vieux, impatients de pisser dans leur bocal. 3 heures d’attente à entendre le biiiiiiiiip des numéros qui défilent. 3 heures à lire des Marie-Claire de 1980. 3 heures à te faire chier parce que t’as plus de batterie sur ton téléphone et que tu peux pas facebooker. 3 heures à lire, relire, re-relire etc des affiches sur des maladies dangereuses pour la femme enceinte et qui te font te demander si tu t’es bien lavé les mains après avoir torché le cul du fils de ta pote. Et ressortir avec des veines de junkie, la bouche pâteuse et complètement spaced out. Un bon moment, en somme. Vivement le 2eme.

  4. Magnifique !
    Tellement vrai !
    En plus du HPGO de 100gr qui te fout une gerbe d’enfer toute la journée, j’ai eu la bagnole en fourrière en sortant du labo ! Et hop, on rentre à pied ! Yeah !

  5. Bah moi ça me rappel un mauvais souvenir car finalement j ai fait du diabète gestationnél que j ai gardé après l accouchement sniff

  6. O’Sullivan je te méprise sache le!! Tu as torturé de nombreuses futures mères!! Honte à toi!!! Non content de m’avoir fait passer un sale quart d’heure tu n’as même pas eu la décence de me mettre la moyenne et tu m’as collé dans la case diabète gestationnel!!!! Je ne te salue pas!! ;o)

  7. Effectivement ce machin est une torture.
    Comme le spécifie au autre lectrice en commentaire, ce test n est pas significatif, provoque de faux positifs, des malaises voit engendre un diabète gestationnel qui ne se serait pas manifesté dans le choc glucosé de cet infâme test.

    Tout ça pour dire que raconter ce calvaire c est bien, informer les femmes que c est évitable et que même c est mieux pour leur santé d exiger une post prandiale, c est le top.
    😉

    • Le top, c’est de lire le bouquin d’où est issu ce texte, et de voir qu’il est suivi d’un encart « Plus sérieusement » qui parle justement de ces tests controversés.
      Et ouais.

  8. J’ai su que j’étais gravement accro au sucré (et pourtant après m’être tenue tranquille pendant 3 mois : plus de jus de fruit, plus de gateaux, plus de yaourts sucrés, plus de confiture, de haribo, de mms, de petits lu…) quand j’ai passé ce test sans être dégoûtée (ni déclarée diabétique non plus)….Il n’y a que moi qui ai à peu près apprécié ce truc?

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