Première rentrée

photo-4

C’est le grand jour. Les vêtements sont prêts depuis la veille au soir, t’as même sorti un tshirt propre alors que franchement celui d’hier était à peine sale, regarde tu lèches, tu grattes un peu et hop on voit presque plus rien, tu peux le mettre encore un jour.

Dès le réveil et la préparation du café, toute la famille sent bien qu’il y a de l’électricité dans l’air. L’enfant, vierge de toute rentrée, ne peut bien sûr pas comprendre. Papa et Maman n’arrêtent pas de faire des sourires forcés en répétant « Oh mais tu vas à l’école ! Tu es un grand ! Ca va être super bien ! », et tu ne sais pas encore qu’il s’agit purement et simplement du plus grand traquenard parental jamais imaginé.

Allez, en route, l’enfant s’est habillé sans mal, et accepte même de marcher sans hurler à la mort – c’est vraiment qu’il ne sait pas ce qui l’attend.

La cour est bondée de parents sautillants et trop caféinés qui tendent et tordent leur cou à la recherche du Saint Graal : le nom de leur progéniture sur une liste de classe.

Tu joues des coudes, hop hop, ça te rappelle tes jeunes années dans la fosse pour  un concert.

Tu regardes la liste de classe, tu cherches avec émoi le nom de ton enfant, celui-là même que son Papa a inscrit il y a 3 ans sur un petit bracelet de maternité, et là, tu t’interroges.

Est-ce que la secrétaire aurait confondu les colonnes nom et prénom ? Est-elle atteinte de dyslexie ou de dysorthographie ?

Non, apparemment certains parents semblent comprendre le fouillis des lettres jetées sur le papier. Ces prénoms semblent donc être vraiment portés par de vraies petites personnes tout juste sorties des couches.

Un quart de seconde, tu plains ces enfants qui vont devoir lutter contre la rigidité académique des administrations en matière d’orthographe nominale.

Et bien vite, tu passes à la liste d’à côté, en te demandant si au final, tu t’es pas plantée d’école.

Ah non, tiens, le voilà, c’est bien le nom du tien, de celui que tu as personnellement créé dans ton utérus. Oui voilà. Bon, c’est parti, classe n°5.

La rentrée, c’est une drôle d’étape pour tout le monde. L’enfant est jeté dans le grand bain sans brassards ni adaptation, et les parents sont cordialement invités à faire semblant de croire que tout va bien, que c’est super l’école tu vas voir, tu vas te faire plein de copains et même que certains vont te taper, tu vas apprendre plein de choses pendant des années et des années et t’en auras toujours autant rien à cirer et de toute façon Maman vient te chercher après la cantine, d’accord ?

Ne pas pleurer Ne pas pleurer Ne pas pleurer Ne pas pleurer. Ce n’est pas tant de le laisser à l’école ou de « voir son bébé grandir » qui fait pleurer le parent, mais de petit sentiment d’abandon en zone non sécurisée.

Passer d’un encadrement familial, d’une assistante maternelle pour trois enfants ou de la crèche à une classe de vingt élèves et deux adultes, ça fait une belle coupe de personnel. Là, tu te dis que les gamins à prénom « originaux » marquent un point : à coup sûr, on va se souvenir bien plus facilement de leur prénom à eux. Comme ces chansons qui se collent au fond de ton crâne et n’en ressortent qu’après deux ou trois mojitos (les petits poissons, dans l’eau, nagent nagent nagent nagent nagent).

Dans la classe, c’est l’ébullition, on se croirait au lancement d’un nouveau dessin animé Pixar pendant un salon des jouets de Noël. Ca crie, ça pleure, ça rassure, ça morve beaucoup aussi.

En un clin d’œil, tu comprends nettement mieux la demande à première vue étonnante sur la liste de classe « une boîte de mouchoirs et une boîte de lingettes » par enfant. Quand tu vois le désastre gluant qui s’étale partout, tu as envie de commander directement une palette chez Kleenex et d’acheter une tenue plastifiée à la maîtresse.

Tu remarques rapidement plusieurs profils d’enfants :

–       l’indépendant, ou très habitué aux séparations, celui qui regarde même pas ses parents et fonce vers la table des puzzles

–       le trouillard, qui se coince délibérément entre les genoux de sa mère, laissant au passage une belle trainée de morve sur tout l’entrejambe

–       le flippé qui s’accroche façon bébé koala au cou maternel et hurle non non on maison maman

–       le paumé, qui va jouer mais pige pas trop ce qu’il fout là.

Dans un brouhaha de nez qui reniflent, pieds qui trainent, tables qui grincent et parents qui rassurent, le premier jour de classe commence. Ah, il faut passer aux toilettes avant. Visiblement, c’est un trouble obsessionnel qui atteint tout le personnel scolaire, qui propose aux gamins de faire pipi toutes les 4 minutes. Au cas où.

Les parents partent enfin à reculons (enfin, pas les parents des indépendants qui sont déjà, à l’heure qu’il est, arrivés sur leur lieu de travail), envoient des bisous et font bonne figure. Ils se demandent jusqu’à quand leur gamin va être dupe de la mascarade.

Demain, quand il faudra y retourner, la plupart vont chialer, se rendant soudainement compte que l’école, c’est tous les jours. Heureusement à cet âge, ils ne peuvent pas comprendre quand on leur dit que ce sera encore pendant bien des années encore.

Demain, ça va pas être aussi simple. Dans la cour tu entendras :

« C’est bien l’école mais on rentre maintenant ? »

« On peut changer d’école ? »

« Mais j’ai déjà fait l’école hier ça suffit ! »

Mais pour le moment, faut que tu files à Carrefour pour trouver la boite de mouchoirs. T’en prendras une deuxième pour la maison, au cas où.

Publicités

12 réponses à “Première rentrée

  1. les lingettes… un grand débat!!! penser à prétexter l’enfant allergique si tu ne lui a jamais essuyé l’arrière avec et qu’il te semble incongru de leur laver le visage et les mains avec (comme si il ne sait pas le faire…) . et puis tout le monde n’achète pas la marque qui préserve la planète et la peau de ton trésor, n’est-ce pas…

    • Wé, les lingettes…j’avais jamais entendu parler de ça…alors j’ai halluciné quand la maitresse en parlé. Euh, comment dire…je n’ai jamais acheté ces m*rdes en 3 ans, et là vous en voulez pour les mains de mon fils? Du coup, comme tu dis, j’ai acheté un joli paquet bien bio bien cher, mais je pense que la majorité seront des lingettes à 30 centimes pleines de cacaprout et de para machins…pour nos enfants et la planète, sniff 😥

  2. Wé…même chose ici, si ce n’est qu’il y a 30 gamins dans la classe…20, ce serait le panard! Mon affreux se l’est joué « indépendant » les deux premiers jours, puis comme tu l’as si bien dit, il a du réalisé que ce serait tous les jours…et ça fait une semaine qu’il hurle quand je le laisse. Nan, j’exagère, ce matin j’ai juste eu la moue boudeuse et les lèvres qui tremblent. Mais il se rattrape, il pleure quand je le récupère à midi, juste pour marquer le coup…bref, dur dur, et là je suis congé mat alors ça adoucit un peu le truc, mais en janvier ça va être…pff…

  3. Le mien ne rentre qu’en septembre prochain mais ça me fend déjà le coeur de lire tous les récits de maman qui gére la 1ère rentrée cette année (je dois être masochiste). Je pense que ça va être chaud bouillant pour moi de ne pas pleurer en le laissant dans la cage aux lions – euh non, je voulais dire l’école! J’espère que pour lui, ca ira…

    • Tu va pleurer c’est normal. Moi perso c’est une fois que je tourne le dos a la classe que les larmes viennent ;-). Après ca passe

  4. Bons matins alors ! 😉 J’espère que le tien a passé une bonne journée et a apprécié tant qu’à faire ! Ici on a encore deux ans avant d’y être !

  5. Le 3eme jours (et ceux qui suivent d’ailleurs)… Où quand tout les parents te regarde comme une extraterrestre car ton gamin est le seul qui pleure enfin non hurle « pas écoleeeeeeeeeeeeee »

  6. Les pleurs, c’est contagieux. Quand des parents ont commencé à sortir, leurs enfants ont commencé à pleurer, les autres en les voyant s’y sont mis aussi.
    Mon fils a pleuré quand on l’a laissé, mais à midi il ne voulait plus repartir…

  7. Ahhh le « faire pipi avant » on y a droit tous les matins, pas seulement à la rentrée, effectivement ils doivent avoir un problème avec les wc scolaires ^^ Bon courage à ton bout’chou et.. à la maman =)

  8. Pingback: Super prime de rentrée | Maxi best of McMaman·

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s