La vie publique de ton utérus

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Cet organe t’est souvent complètement inconnu avant la puberté, et c’est plutôt une bonne chose. C’est souvent quand on commence à entendre parler d’un truc soi disant là depuis toujours qu’il y a un problème ou qu’il va commencer à te poser des soucis.
Genre l’appendice – ou l’utérus.

Avec les premières règles, la terre entière découvre en même temps que toi la présence de cet organe. Ta mère, ton père, tes frères et sœurs, tes copines et la prof de sport – tout le monde bientôt saura ce qui se passe dans ton bassin.

Plus tard, l’activité utérine redevient plus discrète, sauf dans le métro bondé, quand un tampon jaillit de ton sac à main alors que tu fouilles pour y trouver ton portable. Au boulot, tu as bien peaufiné la technique de la planque dans la poche ou dans la manche. Bref, ton utérus t’appartient, et il préfère vivre caché.

La fabrication du premier bébé bouleverse totalement ce petit timide. On le tâte, on le mesure, on l’échographie par dedans, par dehors… ton utérus devient un objet médical bien trop identifié.
A la naissance, il arrive même qu’on le tripote de l’intérieur pour le vidanger ou qu’on le découpe façon bavette d’Aloyau.

Alors il faut du temps, des efforts et une certaine dose de fatigue amnésique pour oublier tous ces traumatismes et se réapproprier ce ballon de baudruche dégonflé. Renouer avec lui et lui redonner son statut d’organe rien qu’à toi et que non, merci, vraiment, tu préfèrerais qu’on évite d’en parler pendant le dîner.

Mais il arrive toujours un moment où une personne non dotée de tact ou de neurones allumés osera remettre la question de ton utérus sur la place publique, façon tabloïd anglais à journaleux mal baisés.

Dans notre culture, ce moment arrive très souvent une fois que ton premier enfant commence à marcher. Les premiers pas d’un gamin semblent envoyer des signaux d’alerte aux radars des personnes qui adoooooorent parler utérus. Autre moment clé de publicisation de ton appareil reproducteur : les 2 ans de l’enfant, moins 9 mois.

Il semble que notre culture soit monomaniaque des démoulages à 2 ans d’écart, et dès que tu oses déroger à la règle, ta vie sexuelle, ton utérus visiblement incompétent et tes capacités maternelles sont questionnés.

« Alors, c’est pour quand le deuxième ? » Que la mère d’un bambin qui n’a jamais entendu cette putain de réflexion indiscrète et fouille-merde me jette la première coupe menstruelle. (vide si possible)

Sous couvert de s’intéresser follement à ta démographie familiale, n’importe quelle vague connaissance, de la factrice à la boulangère en passant par la tante par alliance et la meilleure amie de ta belle-mère, se permet de te poser des questions qu’elle estime anodine. Et que tu juges envahissantes et lourdingues.
Je te demande moi quand tu vas faire ton prochain caca ou si tu es satisfaite au lit ?

Il faut dire que l’idée même de ne pas souhaiter faire de deuxième enfant n’effleure que très rarement la mince surface de matière grise de certaines personnes.

L’unicité infantile est un mal terrible, voyez-vous. Il faut être un mauvais parent égoïste et machiavélique pour ne pas vouloir se reproduire plusieurs fois. Pour certains, il semble même qu’un deuxième enfant soit une offrande obligée : «mais vous n’allez pas lui donner un petit frère ou une petite sœur ? » Ah bah tiens, pourquoi pas, justement je savais pas quoi lui offrir pour son anniversaire ! On hésitait entre un vélo et des Lego, mais un bébé c’est tellement plus rigolo.

Il serait assez souhaitable que ces messieurs-dames curieux de ton cycle menstruel et de ton activité ovarienne se rendent compte qu’on ne vit plus au XVIIIe siècle, et que donc, la fabrication intensive d’enfants pour palier la disparition précoce de certains et fournir des bras pour les champs, c’est un concept légèrement dépassé.

Et pour tous ceux qui ne lâchent pas l’affaire et insistent en clamant, un air de cocker battu sur le visage, que, quand même, « un enfant tout seul, c’est triste », il serait bon de rappeler que les enfants peuvent avoir des amis à l’école ou ailleurs, et que promis ils ne tournent pas tous sociopathes à la fin de l’adolescence. Certains sont même ravis de ne pas avoir à partager leur chambre ou le budget argent de poche.

Malheureusement, ce genre d’arguments est rarement accepté et ne fait que susciter encore plus d’intérêt pour ton utérus. Tout invisible qu’il est, il devient alors aussi passionnant que ton ventre pendant la grossesse. Bon au moins, là, personne ne te le touche sans permission, mais on en parle ouvertement comme s’il était tombé, lui aussi, à son tour, dans le domaine public.

Ta fertilité est remise en cause, après tout, tu as plus de 30 ans, et puis tu bois du café et de l’alcool, c’est pas bon du tout pour les ovules ça, tout le monde le sait voyons.
Si tu ne veux pas, dans l’immédiat ou dans l’absolu, d’autres enfants, c’est forcément parce que tu as complètement foiré avec le premier, que tu as été dépassée façon tsunami maternel et que limite c’est pas plus mal que tu sois pas enceinte, pauvre enfant, une mère aussi incapable.
Ou alors c’est que ça va mal avec ton conjoint ?

Bref, ces bonnes gens te donneraient presque envie de faire un deuxième, juste pour qu’elles se taisent et passent à quelqu’un d’autre.

Genre ta petite cousine encore célibataire à 28 ans et qui ne sait pas garder un homme plus de trois semaines, pourquoi pas.

Ça ferait des vacances à ton utérus.

Pour Ofé – qui préfèrerait un chien.

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20 réponses à “La vie publique de ton utérus

  1. Je vais faire tourner ça à ma mère…. parce que le comportement de mon fils (unique) l’affole au plus au point…..
    c’est vrai quoi, si il fait des mini caprices à 5 ans pour avoir des chaussures Flash MacQueen, c’est forcément parce qu’il n’a pas de petit frère ou de petite soeur… c’est bien connu!
    (Le dit caprice passe rapidement quand je lui explique posément que foutre 45 euros dans une paire de basket aussi moches que non fonctionnelles est hors de question)
    Mais ça bizarrement, ça passe inaperçu….

    • Mon fils, pourtant 3ème de fratrie veut aussi des chaussures Flash MacQueen 🙂 ce n’est donc pas un problème d’enfant unique 🙂
      et ledit caprice a moins de chance de passer quand il faut chausser 6 pieds d’enfants…

  2. Ah ah ! C’est tout a fait ça ! Et attention parce que le jour où vous êtes enceinte de ce petit deuxième (que vous avez choisi d’avoir) et que par le plus grand malheur il soit du même sexe que le premier et que donc vous n’ayez pas « le choix du roi », n’oubliez pas de tomber en dépression ! Parce que oui vous devez être déçu du sexe de votre enfant !

  3. moi on m’a demandé quand je faisais le 2e ET le 3e, à chaque démoulage, genre le jour de l’accouchement!les gens sont dingues! vraiment!!!

  4. encore mille merci pour cet article. Maman d’un petit mec de 2ans bientôt j’entend tt les jours la réplique de l’enfant triste, gâté….bref on est des mauvais parents de ne pas vouloir un deuxième .après une grossesse et un accouchement digne de l’exorciste ou d’une boucherie je ne me sens pas le courage de recommencer et puis je commence tt juste a sortir la tête de l’eau donc un deuxième non merci. Mais avec mon passé de grossesse pas terrible j’ai l’excuse pour les proches du problème de santé….bah quoi on se débrouillé comme on peut.

  5. au bout de la troisième gonzesse on me fait toujours aussi ch*** avec mon utérus. Alors c’est pour quand le garçon ? JAMAIS
    Certains jours on me le sort plusieurs fois quand même….
    Je vais virer mon utérus et le dire à tout le monde.

    • ouais, et « tenter » le 4e pour avoir le garçon peut etre à double tranchant…. des amis à mes parents l’ont fait… ils ont eu des triplés… 3 filles…..

      même pas une blague! 😀

  6. C’est complètement vrai, je suis tombée enceinte de mon deuxième parce que j’en avais trop envie. Mais les gens l’on perçue différemment, genre il ne faut pas trop d’écart avec le premier, genre c’est une bonne initiative. Et lorsque j’ai dit que c’était une fille, à la différence du premier qui est un garçon, la réflexion a été : « Trop de la chance ». Mdr.
    Pour une petite anecdote, mon petit copain lorsque j’avais 17 ans avait pris mon tampon (non usagé bien sûr), joliment emballé dans un plastique jaune pour une barre de chocolat, mdr. Heureusement que ça faisait un moment qu’on se connaissait, la loose.

    • Pareil ici Céline! J’ai eu mon p’tit deuz il y a 2 mois et les gens « ho une fille et un garçon tant mieux » genre ca aurait été une nouvelle horrible si j’avais eu une deuxième fille ensuite vient déja les « alors le 3 eme? » heuuu 2 secondes tu permets! puis vu l’état de mon périné (dechirure complete interne et externe) vaut mieux pas ptdr!

  7. Merveilleux.
    Et n’oublions pas que lorsqu’on fait plusieurs enfants (je fais le troisième…), on se prend tout un tas de nouvelles remarques en pleine tronche, du type « mais c’était voulu? », « vous avez déjà une fille et un garçon, pourquoi un autre enfant? », « et vous avez les moyens de les assumer? », ou bien « vous comptez former une équipe de foot? »

    Bref…. Qu’on ait vingt ans qu’on soit grand-pereuh…

  8. C’est marrant, mais quand on a eu des jumeaux, on entend: « ah, vous en avez déjà 2 donc c’est bon »
    puis « ah vous allez avoir un 3ème, vous avez pas peur d’avoir encore des jumeaux? » ou « mais quel courage »
    Et après 3 enfants, on nous parle insidieusement de ligature des trompes, de frais d’université (alors qu’ils vont à peine à l’école…) bref, moi j’aime bien leur retourner la question: et vous, vous avez des enfants? vous venez d’une famille nombreuse? etc…

  9. Et quand on est stérile incomplète, on a juste envie de balancer son utérus à la tête de keunasse qui nous a demandé pourquoi notre fifils chéri adoré est unique…

  10. Chez nous le petit deuz est arrivé par surprise, ensuite je me suis fait stérilisée. La tête de la famille quand je réponds « ah non pas de 3ème possible je me suis fait stérilisée » c’est juste énorme!! C’est comme si je les giflais, et après je me fais limite insulter, « non mais à 32 ans ma pauvre fille, tu ne te rends pas compte!!! Je ne comprends même pas que ce soit permis par la loi!! » C’est pas encore bien passé dans les mœurs le droit de décider pour son propre corps…….. On est censé le mettre au service de la nation peut-être??? :-p enfin en tout cas les gens sont plein d’empathie et m’expliquent bien que « de toute façon je vais le regretter un jour, ça c’est certain, et j’aurais plus que mes yeux pour pleurer » 😀 une femme averti en vaut 2!!! ^^

  11. Je suis encore qu’une primipare, nouvelle arrivée dans l’association « mon utérus est quasi un lieu public » (il y a 13 mois maintenant). Je suis encore un peu cool vis-à-vis du fameux « Alors ce p’tit deuxième? ». Quoique…. on me l’a sorti à la reprise du boulot!! Ma réponse est la même que pour le premier : Bah pour jeudi prochain, voyons!! 🙂

  12. Je trouve ton texte vraiment magnifique et très réaliste sur la vie 😉 Je pense que beaucoup de personnes devrait le lire.
    Bon courage pour la suite !

  13. Ma blague préférée en réponse à cette merdeuse question : « ben, vu qu’avec la petite on a plus le temps de baiser, je crois qu’on va s’arrêter là … ». Effet garanti chez les nullipares !

  14. De mon côté, la vie de mon utérus est devenue publique en même temps que celle des sphincters de l’enfant.

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