Sommeil pour tous

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La théorie.

Enfin, surtout pour l’enfant.

Parce que le cododo, c’est comme le camping : tu finis toujours avec un truc sur le visage, que ce soit une bestiole à huit pattes ou une main d’enfant et le dos bizarrement arqué, façon j’ai-dormi-sur-une-pomme-de-pin (ou un Lego).

Plantons le décor. Une famille fatiguée, une mère cernée, un enfant qui souffre visiblement d’un trouble obsessionnel du comportement : il a besoin de toucher un bout de cheveu ou de peau de sa mère toutes les 34 minutes sinon il explose.

Quand il est tout petit tout fripé avec des odeurs de lait caillé dans le creux du cou, ça va encore, il ne prend pas trop de place. Certes, on dort mal de peur de les étouffer avec notre gras de bras, mais lui, il n’est pas vraiment responsable.
Tant qu’on fait bien tout comme il faut ou pas loin, qu’on évite le cocktail codéine-mojito et la couette triple épaisseur, qu’on n’en parle pas au médecin famille ou à sa belle-mère, tout se passe à peu près correctement.

Mais cododoter avec un bébé qui a grandi, c’est différent. C’est un défi de tous les soirs, de toutes les nuits. Un genre de Koh-Lanta sur matelas, qui se termine parfois par la chute d’un des participants sur la moquette. Souvent, le parent.

Il faut dire que le sommeil partagé, d’un point de vue purement mathématique, ça frôle l’illogisme total. Un novice aurait tendance à penser, innocemment, que l’enfant prend forcément moins de place que le parent. Et puis ils sont deux, ils gagnent.

Or la parentalité nous fait entrer plus ou moins violemment dans une quatrième dimension oulipienne où la logique nullipare est aussi obsolète que la notion de ventre plat ou de grasse matinée.

Étudions de plus près la scène du crime :

Largeur du lit : 140 cm, classique. 160 (voire plus) pour les petits malins qui ont été bien informés ou qui ont bêtement créé plusieurs enfants, à la suite, volontairement.
Longueur de l’enfant : entre 80 cm et 1,15 m, selon l’âge et le modèle.
Largeur disponible pour 2 parents : entre 25 cm et 80 cm, en gros.

Dans l’exemple proposé, nous prendrons l’hypothèse d’un lit de 140 cm et d’un enfant trop bien nourri qui mesure 98 cm, une moyenne qui semble correspondre au vécu de nombreux parents – qui doivent donc se partager royalement 42 cm de matelas.

20h39 : tu sors vainqueur par KO du rituel du coucher (commencé environ 1 heure plus tôt). La seule chose qui pourrait réveiller le petit, ce sont les gargouillis de ton ventre – forcément, tu n’as pas eu le temps de dîner.
Et c’est bien la seule chose qui t’empêche de tomber comme une mouche, d’ailleurs. Parce que quand tu couches un enfant, souvent c’est toi qui t’endors en premier.
Pour survivre, tu te félicites d’avoir suivi le boot camp spécial jeunes parents : survivre à son nouveau-né. Tes premiers mois de parentalité t’ont en effet permis d’acquérir des compétences militaires indispensables, type endormissement express en environnement hostile, ou en situation de handicap temporaire, avec notamment le bras gauche ankylosé à force de câlins.

Et ça peut être sacrément violent, le cododo. Bon, t’es plus ou moins habituée, hein : quand il était dans ton ventre, il te coup-de-lattait les côtes, la nuit, de l’intérieur. Aujourd’hui qu’il est dans le même lit, il te coup-de-lattes les côtes, la nuit, de l’extérieur. Un simple changement de perspective – et de pointure.
Parce que c’est bien joli de briser le tabou de la violence éducative ordinaire, mais personne n’ose parler des violences subies, dans l’obscurité d’une chambre familiale, par des parents laxistes de la part d’enfants-roi qui n’ont visiblement pas reçu assez de fessées. Souvent, le cododo, c’est un genre de ballet de catch horizontal, et à la fin l’enfant gagne.

Faut dire qu’il utilise toute son envergure et sa longueur pour te pourrir tes nuits. Il faut vraiment qu’il se mette au parallélisme.
Certes tu as développé des compétences maternelles fort utiles, genre dormir sur 13 cm de matelas, les fesses dans le vide (contrepoint ventral bienvenu), une petite main boudinée en travers du visage et un peton pointure 24 contre les reins. Pour autant, tu n’es pas absolument fan des réveils avec une empreinte de pied dans le dos ou de la bave dans les cheveux. Bave qui, bien sûr, n’est pas la tienne.

Le « sommeil partagé », ouais, ouais, mais pas très équitablement. Environ 90% pour lui, 10% pour les parents. Mêmes proportions applicables pour le matelas.

Surtout qu’il faut bien avouer que ces quelques 10 % restant ne sont que rarement de très bonne qualité. En plus d’adorer changer d’orientation feng shui dans le lit, l’enfant semble éprouver un malin plaisir à dormir de façon complètement démente. Il te roule par-dessus, se réveille subitement, passe ses doigts dans tes cheveux c’est-bon-elle-est-là, et toi tu ravales un cri de douleur. Y avait un nœud.
Les petits les plus créatifs tapent carrément dans les troubles du sommeil pas du tout flippants, type terreur nocturne (ou comment être réveillée par ton cœur qui bat subitement à 300 pulsations minutes et tes tympans qui frôlent l’auto-paracentèse) ou somnambulisme.
Ah, le somnambulisme de l’enfant. Ce moment merveilleux qui te fait regretter d’avoir regardé Paranormal Activity. Au détour d’un retournement stratégique pour ne pas finir par terre avant au moins le lever du soleil, tu entrouvres la paupière et il est là. Assis, bien droit, il te regarde dormir, mais il dort. Tu as peur.

Dans le meilleur des cas, l’enfant se contente d’être une formidable bouillotte humaine qui te fait transpirer du bas du dos. Il faut bien savoir que quelque soit la largeur disponible sur le matelas, l’enfant est irrépressiblement attiré par ton dos ou ton ventre, comme une tentative inconsciente pour retourner d’où il vient.
Ce qui est bien avec le cododo c’est que ça fait des économies de couvertures.

Au réveil, il te roule par amour sur ton visage, sa couche suintant l’urine, l’haleine mollement âcre. Lui pimpant, toi froissée, il te chante dans les oreilles « Et voilà dodo Maman !!! »

Vivement ce soir.

J2BRj

Photo : (cliquable), du célèbre site How To Be a Dad.

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3 réponses à “Sommeil pour tous

  1. Il manque l’exploration nasale en guise de réveil. Sans doute une basse vengeance de la fois où j’ai envisagé de lui faire subir une séance de torture-mouche-bébé.
    Et surtout ce fait étrange : 99% des désagréments sont pour la mère. Le père lui est relativement peinard si on excepte l’aspect « espace disponible ». Me demande bien ce qu’il en sera chez les couples homosexuels.

  2. Merci pour ce billet!!
    Ces nuits qui ne semblent être qu’une continuité du jour! Heureusement, toutes ne se ressemblent pas!
    Ces soirs où l’on est partagé entre l’envie de rejoindre vite le lit parce qu’on est épuisée et cette envie de le fuir parce qu’on sait que la nuit sera hachée.

    (Ah oui… et cette phrase horrible du papa avec « Ah cette nuit, nous avons vraiment bien dormi » alors que mes cernes ont une fois de plus foncé… )

    Mais il y a aussi le « somnambulisme » positif avec des élans d’amour, comme des petits bras qui s’accrochent à notre cou pour nous amener vers lui… et nous faire un gros bisou! Avant de se retourner et de se rendormir!

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