Le mercredi, c’est survie

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C’est prouvé : le mercredi, le taux de vente en ligne de congélateurs augmente de 400 %. Toutes les mères (et les quelques pères, non, je ne vous oublie pas) qui ont l’immense chance d’avoir « leur » journée privilégiée avec les enfants savent très bien que non, le mercredi n’est pas un petit îlot de repos et d’amour familial au milieu de la semaine.
À côté d’un mercredi, une journée de réunion ou de clients odieux, c’est une balade au printemps sous des cerisiers en fleurs.
Promis.

7h34 : aujourd’hui, pas de réveil, tu espères naïvement un petit rab de sommeil. Bravo, tu as gagné 4 minutes sur l’horaire habituel.

7h37 : alors que les lundi, mardi, jeudi et vendredi il faut environ 45 minutes à l’enfant pour émerger de sous la couette, aujourd’hui, il ne lui en faut que 3. Complot.

7h45 : la journée commence bien trop vite et la vie est bien trop courte pour chercher deux chaussettes jumelles, tu descends donc préparer le petit déjeuner avec ton pyjama froissé, un chaussette rose, une autre bleu, une coiffure avant-gardiste et la marque de l’oreiller incrustée de bave en travers de la joue. Fraîcheur.

8h14 : la caféine commence enfin son travail et tes neurones s’étirent et font les chats. Le petit, lui, est hypnotisé par un train qui balade des dinosaures. C’est pas la vraisemblance historique qui étouffe les scénaristes de dessins animés.

8h32 : il pleut. Cette journée s’annonce vraiment sous les meilleurs auspices.

8h43 : le petit vient te cracher la moitié de sa tartine pré-mâchée au creux de la main. Chaleur. En fait, il a bien réfléchi et il voudrait boire, plutôt. Merci.

9h11 : tu n’as plus aucun souvenir de la dernière demi heure, mais tu constates que tout le monde est habillé. Encore un mécanisme de protection de ton cerveau pour t’éviter le burn out.

9h13 : en attendant que ton 3e café de la journée coule dans ta tasse Meilleure Maman du Monde (offerte par le mari pour t’aider à ne pas te suicider), tu réfléchis au planning de la journée.

9h14 : ton esprit t’envoie des images de couette, d’oreiller, de plage de sable fin et de mojitos. Pas gagné.

9h16 : l’enfant a disparu, des cris de faible intensité parviennent de la salle de jeux. Tu en profites pour remercier le Dieu des parents et toute sa famille sur plusieurs générations, tout en t’affalant dans le canapé.

10h12 : dans un état de semi conscience, tu erres sur un site d’électroménager, catégorie Froid.

10h13 : heureusement, la chute inopinée d’un bac de Lego dans l’escalier te sort de ta torpeur et fait remonter ton taux de cortisol et d’adrénaline. Tu redeviens opérationnelle.

10h17 : les Lego ont retrouvé leur foyer à couvercle en plastique, et ont temporairement déménagé en haut de l’armoire. Il doit bien en rester quelques uns par terre, tu fais confiance à tes voûtes plantaires pour les détecter.

10h19 : l’enfant te regarde avec une tristesse non dissimulée et pas du tout exagérée. Tu lis de l’incompréhension dans ses yeux, comme le jour où tu as tenté d’expliquer à ton mari que certains cintres avaient un sens.

10h20 : tu la joues Maman sympa en sortant la peinture à l’eau et des feuilles sur la table à dessin.

10h23 : tu regrettes vivement d’avoir voulu te la jouer Maman sympa, parce que maintenant tu vas surtout jouer à Maman lessive les murs.

10h27 : pour la préservation de ta santé mentale au moins jusqu’au déjeuner, tu proposes joyeusement de le coller devant un dessin animé débilitant, et tu remercies intérieurement la personne qui a eu la bonne idée de créer des compilations de Tchoupi sur Youtube.

10h36 : tu te rends compte qu’en guise de papier à dessin, tu as refilé la facture de la garderie et l’avis d’échéance du loyer au gosse.

11h12 : alors que tu entreprends courageusement de plier le linge sec depuis environ 4 semaines sur l’étendoir, et qui commence à prendre un peu la poussière, tu t’aperçois que l’enfant a bêtement confondu les torchons de la cuisine avec les bas de tshirts propres.

11h14 : « Maman Miam Miam ! Maman Miam Miam ! »

11h15 : tu jettes quelques Chipsters en direction de la table basse pour le faire patienter le temps d’élaborer un repas de super maman, à la fois délicieux et équilibré, pour lui offrir tous les nutriments nécessaires à sa croissance et à son développement cognitif.

11h45 : tu lui sers fièrement des frites au four avec du jambon. Coupé avec amour. Tu arroses le tout d’un petit sirop de cassis, pour les fruits et légumes.

11h46 : tu te rassures en disant que le mercredi, on peut, et qu’il mangera des légumes à la cantine demain.

11h47 : l’emballage du jambon dit qu’il a été cuisiné avec un bouillon de légumes, ça compte ?

11h49 : SMS de ta pote de démoulage qui est au McDo avec ses gamins. Tu culpabilises nettement moins.

12h51 : subtilement, tu commences à évoquer la possibilité probable que peut-être il faille penser à aller faire la sieste. Vachement bien la sieste, super cool même, promis.

13h03 : putain tu ferais bien la sieste. Jusqu’à samedi en huit.

13h07 : ton représentant personnel du peuple enfantin a entamé une transhumance du salon vers la chambre. Tu gardes espoir, mais tu ne montres pas trop ton enthousiasme, avec cette connerie de test de limites il pourrait faire demi tour juste pour t’emmerder.

13h15 : il est au lit. IL EST AU LIT ! Bon, il ne dort pas, faut pas déconner. T’es partie pour au moins 15 minutes de lecture affligeante et de chansons à connotations sexuelles mal placées.

13h17 : Maman les petits bateaux qui vont sur l’eau ont-ils des jambes…

13h19 : Une souris verte qui courait dans l’herbe, je l’attrape par la queue, je la montre à ces messieurs…

13h23 : Pierrot répondit, va chez la voisine je crois qu’elle y est car dans la cuisine on bat le briquet.

13h27 : Maman les petites souris vertes dans la cuisine ont des jambes je les montre à ces messieurs qui battent le briquet.

13h32 : il dort. Toi, tu frôles le coma. Heureusement, en quittant sa chambre, tu marches sur un Lego, la douleur te réveille assez pour avoir la force de te trainer jusqu’à ton lit. Faut dormir quand les enfants dorment, qu’elles disaient les sages-femmes à la maternité. Un bon conseil s’applique même après plusieurs années.

15h03 : fin de la mi-temps. Lui est pimpant comme après une nuit complète de 10 heures (simple supposition, vu qu’il n’en a évidemment jamais fait). Toi tu ruisselles la fatigue et le désespoir comme après une nuit hachée de 10 réveils.

15h14 : il ne pleut plus, tu entreprends de déplacer ta bonne-méritude jusqu’au parc du coin, goûter inclus.

15h23 : le manteau et les chaussures sont enfilés, tu vérifies le sac à main, tu rajoutes quelques bonbons en prévision d’une crise éventuelle. L’enfant en profite pour faire caca dans sa couche.

15h24 : déchaussage, désenfilage de manteau, déshabillage de pantalon, changement de couche, rhabillage de pantalon, renfilage de manteau, rechaussage. Même pas peur.

15h32 : l’enfant a décidé que non, il ne dépasserait pas la limite du trottoir. Non, non, non et non. Entre patienter sur un banc au parc ou patienter le cul collé à ta boîte aux lettres, toi, tu t’en fous. En plus, tu captes encore le signal wifi, impeccable. Tu attends donc que monseigneur soit disposé à aller faire du putain de toboggan.

15h49 : tu aiguises nonchalamment la tranche de ton smartphone sur le bord du banc, histoire de pouvoir t’ouvrir les veines avant que la 18e assistante maternelle du coin viennent te donner un conseil éducatif.

15h50 : apparemment, il serait trop couvert, il va attraper la crève.

15h52 : ah, on te dit qu’il n’est pas assez couvert, il va attraper la peste.

15h54 : elle n’est pas assez couverte, ce qui lui a fait changer de sexe.

15h57 : les semelles souples c’est dangereux, après la voûte plantaire ne se forme pas. Et puis nous on avait des chaussures rigides et on n’en est pas mort.

15h59 : ta gueule.

16h21 : tu as boulotté tous les gâteaux du gamin en le regardant enchainer les tours de toboggan comme une forumeuse enchaine les hi hi sur Docti.

16h33 : de retour à la maison pour qu’il prenne son goûter. Pour te faire pardonner, tu entreprends de préparer de la pâte à sel.

16h47 : vraiment faut que tu arrêtes avec tes idées de merde, c’est plus possible.

16h53 : tu as de la pâte à sel incrustée sous les ongles, et tes dessous de chaussettes croustillent un peu aussi. L’enfant lui, joue avec une cuillère en bois et un tupperware, assis sous la table.

17h02 : tu deviens plutôt douée en arts plastiques, tu te demandes si tu peux offrir ça à ta génitrice pour la fête des mères.

17h13 : l’enfant est pris d’une passion soudaine pour les chaussures, et les sort une à une du placard. Il touche, il lèche, il lance.

17h24 : un petit café et hop, un coup d’aspirateur, histoire d’oublier les traumatismes de cette journée.

17h43 : évidemment tu avais oublié de ranger le paquet de farine et il a malencontreusement rencontré violemment le sol sous la poussée innocente de la main de l’enfant qui passait par là.

17h47 : il chante des trucs incompréhensibles qui te rappellent un peu une cérémonie vaudou que t’as vue sur France 4 y a pas longtemps. Tu as peur.

17h58 : tu tapotes ta montre pour vérifier si elle marche bien. Merde, l’horloge de l’ordinateur dit pareil.

18h12 : la porte d’entrée s’ouvre, le mari rentre à la maison après une journée de travail entre adultes, sans personne à torcher (normalement) et sans cris stridents parce que tu auras mal tiré sur la manche du pull et qu’elle est coincée dans le manteau au niveau du coude.

18h14 : après un câlin à l’enfant, l’homme t’explique que là, vraiment, il a besoin d’aller se reposer tellement sa journée a été harassante, tu peux pas comprendre, toi, t’as la chance d’avoir une pause dans ta semaine.

18h14 et 42 secondes : tu respires lentement, les yeux fermés, et tu reposes la poêle à frire que tu as saisie d’instinct par le manche. La violence ne résout rien.

18h17 : tu menaces ton conjoint de grève du sexe pendant un an s’il ne s’occupe pas du bain et du diner ce soir.

18h19 : tu cours t’enfermer dans ta chambre, la couette remontée jusqu’au cou. Tu attends qu’on t’appelle pour le diner.

18h24 : tu reluques tes jambes fatiguées, tu en déduis une loi de parent : le nombre de bleus est proportionnel à l’état d’épuisement. Tu en comptes 6. Sur une échelle de nullipare à burn out, tu frôles l’ovariectomie sans anesthésie.

18h35 : l’homme veut bien coopérer, mais faut choisir entre le bain et le dîner, parce qu’il peut quand même pas tout faire, bordel, c’est pas Super Man. Sans blague. La nécessité de nourrir l’enfant surpasse celle de le regarder barboter dans de l’eau chaude entouré de 43 bidules en plastique qui flottent.

19h02 : de la cuisine monte une bonne odeur de … nouilles.

19h13 : nouilles, donc, au fromage râpé et reste de petits pois tout fripés passés trop longtemps au micro-onde. L’homme qui savait cuisiner aux femmes.

19h47 : tu entreprends une micro séance de sophrologie express tout en montant les escaliers afin de réussir à supporter le rituel du coucher sans te mettre à pleurer.

20h23 : tu en es à dix répétitions de Maman les petits bateaux, la chanson qui prend vraiment les gamins pour des cons.

23h49 : le mince filet de bave qui dégouline dans ton cou te réveille. Tu es tout habillée, allongée sur le bord du lit, les fesses dans le vide, l’enfant ronfle à côté.
Qui s’est endormi le premier de vous deux ? Mystère du mercredi.

Autant dire que la réforme des rythmes scolaires, avec école le mercredi, tu l’attends de cerne ferme.

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22 réponses à “Le mercredi, c’est survie

  1. Je ris je ris… jaune… c’est tellement VRAI ! Merci pour ces articles 😉 Bonne continuation et… bon mercredi !!!

  2. ah ben ouais c’est exactement ca !! sauf que c’est tout les jours sauf mercredi jour de crèche chez nous ! j’ai bien rit en tout cas, merci de mettre en mot ce que je vis au quotidien !

  3. Heu, c’est toujours aussi drôle mais c’est quoi cette histoire des cintres qui ont un sens???

  4. pareil, chez nous, et encore cette semaine il y a deux mercredis…hier aprés que l’enfant se soit lever à 5h40, et qu’il ai fallu le tenir jusqu’à 8h25, heure ou on prend le chemin de l’école, nous sommes arrivé bien à l’heure mais avons vu un écriteau: maitresse malade, gardez vos enfants…j’ai pensé à ce que Mc Maman dirait à se sujet….

  5. je pleure tellement j’ai ri… putain chez nous c’est tous les jours mercredi!!!!

  6. Tout à fait ça sauf que, pour ma part, c’est tous les jours mercredi ! Autant dire qu’à la fin de la semaine, le cerveau maternel a plus des allures d’Hiroshima « post bomb » … Je le fais lire à mon homme dès ce soir !

  7. Pas tres maline de lire ca au bureau le jeudi matin… apres avoir passe la journee de mercredi avec mes deux lardons (5 et 3 ans). Je pleure de rire, mes collegues pensent que je suis devenue folle.
    Merci pour ce bon moment de rigolade (et pour tous les autres aussi)

  8. Pingback: Joyeuse fête des mères | Dessine-moi un prénom·

  9. Excellent!!!! Le 9h13 très bon, mais tout le reste également! Allez, bon mercredi! (et vivement l’heure de la sieste)

  10. Bien raconté ! Je triche : comme je travaillais le mercredi matin avant mon congé maternité, mon grand de 3 ans et demi est chez nounou tous les mercredis, quand même ! AAAAAH 😉

  11. mon dieu…biopic de mon mercredi eh oui c’était frites, jambon, salade de concombre et chips pour patienter! et là Ben on va attaquer la peinture pq je m’assois sur la sieste, des deux monstres!!!! vivement soir qu’on se couche! naturellement le géniteur est en  » séminaire » à Vittel!

  12. Oh mon Dieu comme c’est drôle! J’en pleure de rire!
    Demain bien sûr je rirais moins…
    Cet article est génial, je le verrais bien adapté en petite vidéo!

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