Soirée solo

Quand ton conjoint t’apportes un café bien chaud (et non réchauffé de ce matin au micro-ondes), te propose de préparer le repas (nouilles au fromage) ou d’emmener sans râler le petit dernier au parc pendant que tu te reposes encore un peu, il y a environ 98,7 % de chances qu’il te demande une faveur, t’avoue une bourde ou t’informe d’une décision importante dans les 12 heures suivantes.

Dans le meilleur des cas, il demande un nouveau jeu vidéo. Au pire, vous êtes ruinés, il a perdu le LEP de votre enfant au poker en ligne.

Souvent, il t’annonce qu’il a une soirée entre potes, à base de bière, de blagues fines et de consoles. Ce qui allume dans ton cerveau fatigué un gros néon rose à paillettes fluo qui affiche deux mots si doux à ton oreille interne : soirée solo.

Parce qu’en théorie, une petite soirée solo, c’est glamour et agréable. Tu t’imagines déjà fermer la porte derrière ton conjoint – « bonne soirée, hein, abuse pas des chips » et t’adosser à la porte juste refermée, prendre une grande inspiration en pensant à la super soirée fille entre toi et toi-même que tu vas passer. Faut dire que tu l’as pas vue depuis tellement, cette toi-même ! Il serait grand temps de prendre des nouvelles et de te retrouver un peu, toute cachée que tu es derrière les cernes, les taches de bouffe vomie, les rides naissantes, les cheveux secs et gras à la fois (la magie de la maternité).

Tu passerais par la cuisine, tu t’ouvrirais une petite bouteille de vin blanc sucré, un petit glaçon pour ne pas finir déjà pompette à 21h13. Tu filerais alors dans la salle de bains te faire couler un bon bain moussant, de ceux qui sont juste un tout petit peu trop chaud, qui laissent la peau immergée un peu rougie, et dessinent ainsi un motif bicolore digne des plus belles heures de bronzage à la Grande Motte. Sur le bord de la baignoire, le dernier roman que tu as commencé (disons, Le Choeur des femmes) sans avoir trouvé le temps de le terminer comme il le mérite. Tu en lirais quelques pages, ou non, entre deux gorgées de vin et une étude minutieuse de ces bébés poils de jambes qui repoussent décidément trop vite.

Ensuite, tu sautillerais tel un cabris svelte et dispos vers le canapé, tu te laisserais sécher sous ton peignoir qui sent bon la lessive (s’il y a possibilité que ce ne soit pas toi qui aies lancé et étendu la machine, c’est encore mieux), tu t’allongerais sous un plaid pour regarder un film de filles au scénario complètement inexistant ou fortement prévisible. Eventuellement, tu pourrais même te vernir les ongles des pieds et des mains, le truc complètement incroyable en une seule soirée.

Et bien sûr, tout ceci serait possible car avant de partir, ton homme aurait fait diner les enfants et les aurait couchés avec moult bisous et sourires, te laissant reine et maîtresse de ta soirée.

AH AH AH.

En pratique, les enfants ont refusé de se coucher alors que Papa prépare visiblement un sale coup, la preuve, il a remis ses chaussures. Ils sont donc en alerte, et ont doublé leur prise de drogue pour tenir jusqu’au retour paternel. Il n’est pas question d’aller se coucher sans vérifier de leurs propres yeux que le père a bien réintégré le domicile familial. A moins qu’ils ne s’endorment sur un coin de tapis de salon vers minuit, exténués.

Tu passes donc par la cuisine, tu t’ouvres une petite bouteille de vin blanc sucré, sans glaçon parce que tu aimerais autant être déjà pompette, ça augmente significativement ta patience et ton potentiel sourire. Tu files ensuite dans la salle de bain, pour aller pleurer un coup en finissant ton verre, assise sur la lunette des toilettes, en espérant que ton absence ne soit pas remarquée avant quelques minutes. Oh, raté. Dommage.

Une fois que ta planque a été assaillie par des êtres hurlants assoiffés de sucre, tu cours vers le canapé et tu tentes de te blottir sur un plaid avec ton bouquin. Erreur fatale, toute bonne mère qui se respecte doit savoir que la meilleure façon d’attirer une horde d’enfants, c’est de s’assoir sur un canapé pour souffler un peu. S’ensuit une folle soirée de chaos et dessins animés aux scénarii fort prévisibles, au cours de laquelle tu regarderas l’heure environ 78 fois. Chiffre comparable au nombre de propositions de coucher faites à la descendance et de réponses négatives obtenues sans l’ombre d’un début de réflexion. Tu poursuis les petits cabris pour leur coller une couche propre aux fesses, enfiler la deuxième manche du pyjama, mais bordel, tu vas pas rester comme ça avec ton truc à moitié mis, débarbouiller une bouche collante ou récupérer ton bouquin dans la cuvette des toilettes.

Et là, quand la bouteille est vide et que la coupe est pleine, tu te comprends le café chaud, le repas préparé et le tour au parc pour te reposer. Dans ta chair, tu les comprends.

Billet dédié à Marie – et à toutes les mères célibataires, ponctuellement ou au long cours.

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8 réponses à “Soirée solo

  1. Je m’y voit!!! Mari bossant de nuit ou a des heures décalées, c’est parfois mon quotidien^^

  2. Rajoutes à ça une période d’au moins 10 jours d’en-cartonnage intensif pour cause de déménagement imminent.

    Seule bien évidemment.

    Enfin, seule… Avec une ex-croissance de 10 kg collée à ton dos, parce que la seule manière que tu as trouvé pour être plus ou moins rapide et plus ou moins efficace c’est de mettre le môme dans ton boba, toute la journée, et de l’en descendre que pour lui changer la couche, éventuellement le nourrir (mais c’est une option) et peut-être te soulager la vessie (mais ça, faut pas trop compter dessus…).

    Bref, j’ai vécu un en-cartonnage seule avec une furie de 18 mois.

    Et j’ai survécu !

  3. Moi je voudrais rendre hommage à mon homme qui vit ça beaucoup plus souvent que moi lorsque je pars travailler de nuit. Laissant bien souvent derrière moi les deux échantillons pas du tout dans l’optique d’aller se coucher. Dans ces cas là arrivée dans ma voiture je soupire, un sourire se dessine sur mon visage alors que j’entends en bruit de fond une énième dispute fraternelle. J’allume le contact et je fuis la maison.

  4. Ici c’est pratiquement tous les soirs solo pour cause de boulot, et c’est comme tu dis : hors de question de dormir tant que papa n’est pas rentré ! Et les soirées sont looooongues… surtout, que comme tu le dis très bien aussi, s’assoir c’est pas la bonne idée pour être tranquille, le seul truc qui marche c’est le fer à repasser : pathétiques soirées en tête à tête avec mes piles de linge !!

  5. Pingback: Portage en wifi « Maxi best of McMaman·

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