L’idole du jeune

Au tout début, il t’a filé la gerbe, des envies de galetter à la vue de tout ce qui contient des choses saines et essentielles pour ta couche adipeuse cuissale – chocolat, fromage, brioche. Tu ne te reconnaissais plus, à boire de la flotte aux apéros et à demander si les sushis étaient frais ou surgelés. Toi qui enfournais des trucs huiledepalmé à la limite de la péremption, qu’étais-tu devenue ?

Puis il t’a fait grossir. De partout, même des mollets, alors que t’as bien vérifié, y a absolument aucune annexe utérine dans tes mollets. Ni dans la largeur des pieds. Et la sage-femme qui t’explique avec un sourire que t’as envie d’éclater à coup de pied de biche que c’est de la rétention d’eau, tu sais, cette pute de flotte que tu avales à longueur de journée. Alors que personne n’a jamais fait de rétention de mojito pré-grossesse, notez-le bien.

Enfin, il t’a déchirée. Par le haut, par le bas, choisis ton itinéraire de sortie (ou laisse le gygy choisir pour toi), et prends sur toi. Après tout, l’important c’est que le bébé aille bien, hein. Toi, tu es entrée dans l’ère du sacrifice et du sourire de façade à toute épreuve, imperméable aux conseils venimeux de la belle-mère et aux remarques piquantes de ton médecin de famille.

Après avoir vécu tout ça, ce meeeeeeerveilleux cycle de la vie et de la reproduction mammifère, tu aurais pu espérer recevoir un minimum de reconnaissance. Juste histoire de te faire oublier un peu ces neuf derniers mois.

Bon, c’est un bébé, très bien, attendons un peu qu’il sache faire autre chose que remplir sa couche fraichement changée ou te réveiller en hurlant dès que tu as réussi à vider ton esprit des piles de soucis qui s’y accumulent comme le linge pas repassé dans ta corbeille poussiéreuse.

Ah les premiers bisous – enfin, les premières léchouilles gluantes. Les premiers vrais câlins… tu commences à oublier les si politiquement correctement appelés « petits désagréments » de grossesse. Il est tellement choupinet. Dis donc, tu commencerais presque à penser que tu as de la chance.

Et puis un jour, tu n’existes plus. Pouf, pouf, pouf, tu es devenue un meuble qui sert à manger. Pourquoi ? Parce que le jeune a un nouvel idole.

Un grand, un fort, un vrai. PAPA. Il n’y en a plus que pour lui. Ô progéniture ingrate.

Il l’appelle, dès le matin, voire dans la nuit – bon, ça t’arrange bien ça, un petit coup de pied bien placé et Super Papa bondit du lit à la rescousse de sa progéniture en danger dans son petit lit douillet, victime d’une attaque de bord de couette ou de petite voiture.

Il l’attend, quand c’est l’heure (approximative) du retour du travail (vers 15h), ou dès que l’enfant juge que son paternel a été absent bien trop longtemps (plus de 51 minutes). Il trépigne, il crie, il cherche derrière chaque porte et même dans les tiroirs de la commode. Au cas où Maman aurait rétréci Papa.

Il l’entend, ou croit l’entendre, à chaque fois qu’une voiture démarre à moins de 500 mètres à la ronde, dès qu’un voisin ose parler dans la rue ou qu’une branche d’arbre craque dans le jardin. Papa ? Papa ? Non, chéri, c’est juste la machine à laver. Tu te demandes un peu quel genre de bruits corporels fait Papa en ton absence pour que l’enfant le confonde avec un appareil électroménager.

Il l’espère, sur la pointe des pieds, le coup tendu, les petits doigts boudinés accrochés sur le rebord de la fenêtre, guettant l’arrivée de la voiture, du vélo au coin de la rue. Tu en joues un peu, méchante mère, pour avoir quelques minutes de répit : « Oh ! Tu as entendu ? C’est peut-être Papa ! »

Et tu lis la déception sur son petit visage de comédien quand il se rend compte que non, ce n’était pas Papa sous la douche, mais seulement Maman, ou que tu viens le chercher après la sieste, alors qu’il voulait son père, apparemment bien plus doué que toi en soulever de bébé depuis un lit à barreaux. Désolée, hein.

Il croit le voir sur toutes les photos de la maison ou des magazines – ce qui commence d’ailleurs à poser quelques soucis conjugaux, surtout quand le petit crie Papa ! Papa ! en voyant la photo du meilleur pote dudit Papa à une soirée quelque peu arrosée.

Il le regarde de ses grands yeux encrottés, ne rate aucun de ses mouvements et enregistre tout sur son disque dur interne en pleine expansion. C’est comme ça qu’on retrouve son fils affalé sur le canapé, une main glissée dans la couche, ou assis au bureau, le casque du PC sur les oreilles.

Il l’imite en direct, à table, en matant Papa du coin de l’oeil et copiant chaque geste – prendre la fourchette, enfourner, mâcher, roter. Un plaisir de distinction et d’étiquette.

Il imagine des fugues avec son paternel, dès qu’il le voit enfiler ses chaussures (même si ce n’est que pour aller mettre les poubelles), et te lance des Au revoir ! Au revoir ! un peu trop réjouis dans l’espoir souvent infondé que son père l’emmène vivre une folle aventure de tri sélectif.

Mais bien sûr, tout cela est exagéré, c’est la mère fatiguée et cernée qui parle. Le jeune enfant si mignon et si craquant pense à sa mère, parfois. Il l’appelle, l’attend, la regarde avec espoir et impatience…

« Maman ? Caca ! »

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PS : pitié pas de remarque féministe sur Maman qui est à la maison et Papa au travail – je me suis (pour une fois, et légèrement) inspirée de notre vie, et je bosse de chez moi !

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11 réponses à “L’idole du jeune

  1. Ah oui, il m’a fait ça aussi. Ca fait trés trés trés mal au fin fond du coeur. Un gros pincement. Allez je dirais presque des larmes. Et puis ça lui passe, et ça lui revient, et on s’habitue :)…. merveilleuse aventure que la maternité!

  2. J adooore comme dab! En lisant je voyais tt à fait ma fille encore hier soir depuis le départ chez nounou jusqu’à la maison « Papa? Papa? » et qui bizarrement va directement ds la chambre « Papa? Papa? » 😉

  3. Pourquoi on fait TOUTES la photo du père qui tiens la main de son fils ou de sa fille de dos?
    A part cette interrogation hautement philosophique, j’ai adoré bien sûr, j’ai fais lire à mon con joint qui a rigolé et m’a dit:  » tu devrais lui faire lire à LUI » en montrant notre fils, oui parce que ça va, je suis pour l’instant encore l’idole du jeune.

  4. C’est tellement vrai et ça tombe pil poil… Ma fille n’a d’yeux que pour son père en ce moment… Bisous, calins, jeux…lui, lui et lui… elle ne me réclame que le matin pour aller chez la nounou… Je le vis bien, mais quand même, m…., qui l’a porté pendant 9 mois hein ! lol Serait-ce déjà , si jeune (15 mois), le complexe d’oedipe ?

  5. Merci je n’ai plus envie d’avoir d’enfants.

    Juste pour me rassurer et y croire encore un article sur le BONHEUR réel .. d’avoir des gosses me ferait genre trop plaisir. Je suis à 2 doigts … de sauter du rez de chaussé !

    Sinon jpeux donner mon avis en tant que tatie ? oui j’existe uniquement en tant que tatie ! pas encore comme poule pondeuse.
    L’article est super et vrai, surtout si on le mélange avec le complexe d’oedipe une tuerie. ma nièce est en plein dedans avec son pôpa chéri adoré … et mon frère trouve la mère pondeuse trop dur avec la ptite … Dur dur … Moi j’en ris !

  6. Ici, le plus grand tire la tête une fois sur deux en sortant de l’école parce que ce n’est « que » moi qui l’attend. Le plus petit a dit son premier mot…Papa…c’était le premier mot du grand aussi… Par contre, la nuit, t’as trop du bol de pouvoir l’envoyer d’un « simple » coup de pied! Ici, c’est au pied de biche et à l’élévateur que je devrais le tirer du lit. Résultat, ça prendrait tellement de temps que c’est moi qui me lève. De toutes façons, les mômes ont bien capté, la nuit, c’est pour maman…
    Par contre, la journée, c’est le bonheur! « Maman, toi t’as un gros ventre, mais Papa non, il a pas ça! » (Penser à prendre rendez-vous chez l’ophtalmo pour ce petit c…, que c’est un peu grâce à lui si je déborde trèèèès légèrement de mes pantalons).
    « Maman, toi t’as pas de force, mais Papa, lui, il est FOOOOORT! » (Tu veux que je t’en colle une, juste pour voir si j’en ai vraiment pas?)
    Mais bon, pas grave, dans une trentaine d’années, il sera bien content de l’avoir, sa mère, pour participer à « Qui veut épouser mon fils? » (J’vous laisse, j’ai suicide, là!)

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