SOS Maman Malade

Avant d’être mère, quand tu tombais malade, le genre de petites maladies sournoises qui te guettent aux recoins de l’hiver et aux encoignures du printemps, tu n’étais pas si triste que ça. Un petit arrêt maladie, deux ou trois jours de repos, quelques livres ou DVD sous la couette et voilà. Le plus chiant c’était finalement de devoir aller te faire ausculter par le médecin.

Aujourd’hui, quand une banale gastro-entérite ou une insignifiante rhinite te sautent sur le coin du système immunitaire, tu hurles à la mort. Non, le démoulage n’a pas augmenté ta sensibilité aux virus communs (ça, c’est la présence d’un chromosome Y dans ton caryotype). Mais maintenant, quand tu es malade, tu sais que les foudres de la poisse maternelle interstellaires vont s’abattre sur toi.

Une gastro-entérite n’est plus seulement un moyen rapide et assez douloureux de perdre les quelques kilos de trop accumulés pendant les vacances.

Une rhinite n’est plus seulement une vidange interne de tes bouchons muqueux nasaux et une façon simple de participer au maintien de l’économie du mouchoir en papier.

Quand tu es malade, tu peux être à peu près sûre  que :

1. Le mari, si mari il y a, sera au moins quatre fois plus atteint que toi (c’est comme pour les températures : à même maladie, ressenti différent)

2. La crèche ou l’école sera en grève

3. La halte-garderie sera complète

4. Ta mère sera aux Seychelles

5. Ton enfant sera dans une de ses nombreuses phases péteuses de couilles.

Donc, quand tu es malade maintenant, non seulement tu meurs du nez ou du ventre (ou du cul), mais en plus tu dois te farcir tes devoirs parentaux. Il faut donc doublement survivre, un genre de Koh-Lanta immuno-dépressif en pyjama avec une haleine de chacal putréfié sur un bord d’autoroute en plein cagnard.

Le matin, tu n’émerges en général pas très bien, mais en cas de gastro, tu dois oublier le café, ton seul allié loyal et fidèle. En cas de gros rhume, t’es pas à l’abri d’avoir envie d’un petit thé. Du thé, bordel ! Comment tu peux espérer tenir le coup avec de la flotte de rosbeef ? L’enfant, sourd à tes gémissements douloureux, se réveille encore plus tôt que d’habitude (si, c’est possible), comme s’il sentait qu’il allait youpi-youpi passer une folle journée en tête à tête avec Maman (et sa cuvette ou son paquet de mouchoirs).

Tu décides alors d’un commun accord avec ton instinct de survie de mettre de côté la plupart de tes principes parentaux. Tu lui fous un dessin animé dès le lever, le plus long que tu aies en stock, et tu vas te replonger sous la couette.

Bien sûr, au bout de quelques minutes, l’enfant trouve très rigolo ce jeu de cache-cache improvisé et entreprend de te montrer qu’il t’a trouvée en te marchant sur la tête, option je te fourre les doigts dans les yeux. Tu lui expliques filliozatement que Maman est malade, et qu’il faut être patient avec Maman. Il s’en tape. Royalement.

Alors que tu te mouches pour la vingt-quatrième fois depuis le réveil, l’enfant t’aide en sortant un à un tous les mouchoirs de la boite, et en les étalant façon Petit Poucet dans toute la chambre. Et en piquant une colère boudin-se-roule-par-terre si tu oses faire mine de vouloir les ranger.

En cas de gastro, il trouve très très rigolo ce nouveau chapeau que tu gardes près de la tête du lit et que tu appelles « bassine à gerbe ». En espérant fort que tu l’aies vidée récemment.

Quand vraiment la présence de l’enfant détériore ton état de santé au point d’avoir envie de te cacher sous le pieu en pleurant, tu dégaines ta botte secrète : les biscuits planqués dans la table de nuit ou sous l’oreiller. Tu lui montres, tu secoues le sachet, tu les lances un peu loin, comme ça, le temps qu’il aille les chercher, les ouvre, les mange… pfiou, t’as bien 8 minutes tranquille pour faire une micro-sieste.

Si tu as méchamment envie de galetter, cette astuce est également très utile : elle te permet de t’échapper aux toilettes faire ton petit burp-beurk-dégueu sans que l’enfant ne te suive perfidement et tire la chasse d’eau alors que visiblement, t’avais pas encore terminé. Splatch.

Malade, tu perds la notion du temps, de la valeur, tu échangerais tout et n’importe quoi contre un peu de silence putain. Tu lui donnes ton iPhone, tu lui donnes des bonbons, tu lui promets un poney et pourquoi pas un labrador si seulement il pouvait juste te laisser crever sous la couette sans te hurler dans les oreilles ou te tripoter les narines avec ses orteils.

Si tu es courbatue, comme rouée sous la fièvre, l’enfant t’initiera au catch ou fera rouler ses petites voitures sur ton dos.

Si tu as une migraine ophtalmique, il s’amusera à jouer à jour-nuit-jour-nuit-jour-nuit avec la lampe de chevet jusqu’à ce que tu débranches la prise ou carrément le tableau électrique.

Si tu as une nausée pire qu’un début de grossesse gémellaire, il viendra te faire comprendre qu’il est largement temps de changer sa couche en s’asseyant sur ton visage… miam, ça déborde.

Bref, tout se passe comme si l’enfant, cet être un peu limité, ne comprenait pas l’intérêt qu’il a à garder sa mère en bon état de fonctionnement, ne serait-ce que pour assurer les câlins, mais aussi pour ne pas risquer de devoir passer quelques jours en tête à tête avec son père (sauf si bien sûr celui-ci est mourant), cet homme au demeurant sympathique mais qui lui met ses chaussures à l’envers une fois sur deux et lui propose des menus de gourmets Blédiprout matin, midi et soir.

Et encore, une fois que la gastro s’évacue et que ton nez recommence à laisser passer l’air, tu te rends compte de ta chance : qu’est-ce que ça aurait été si l’enfant avait été malade en même temps ? Non, non, tu ne préfères même pas y penser, un virus est si vite arrivé.

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14 réponses à “SOS Maman Malade

  1. ça m’est arrivé, 3 petits enfants en gastro et moi idem…mari en déplacement, la pire nuit de ma vie, à pleurer en vomissant au-dessus des chiottes entre deux changes linge de lit, pyjama, doudous…

  2. Ah la la, merci de m’avoir fait rire comme ça ! ça fait du bien, dans cette journée pourrie passée au bureau ! merci 🙂

  3. Déjà testé la gastro familiale, je recommande pas. Un vrai feu d’artifice solide. Et le nain ne sait pas viser la bassine à gerbe DU TOUT.

  4. c’est GRANDIOSE! j’aime l’adverbe « filiozatement », hi hi hi. Et je bénis ma chance, ça ne m’est pas encore arrivé. Remets-toi bien, Mc Maman!

  5. Juste énorme. Du McMaman dans toute sa splendeur, on te retrouve, plus en forme que jamais!! Ca t’a finalement fait vachement de bien de travailloter un peu!!

  6. ça sent le vécu tout ça !

    la bonne gastro avec enfant(s) à charge, le pire moment de ma vie !

  7. Rhaa! Le chéri triplement plus malade que nous et en plus on devrait le soigner alors que nous nuit et jour on aspire qu’à une heure ou deux , soyons fous, de sommeil!

  8. enfin une mère qui ose écrire ses faiblesses ! du vécu, du ressenti de milliers de femmes … je me sents moins seule 🙂

  9. Purée, faut que j’arrête de lire ton blog moi… j’ai encore failli me pisser dessus !
    C’est vraiment trop bon !
    Sur ce… je ne vais pas m’éterniser ici… je n’ai jamais eu la chance de vivre tout ça… on est plutôt chanceux avec les microbes à la maison, rarement tout le monde en même temps, et encore, ça ne dure jamais longtemps…

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