Les amis-qui-sont-parents

Avant d’être parents, les gens sont normaux. Homme ou femme, en gros. Juste des gens avec des passions, des loisirs, des envies, des rêves, tout ça. Bref, offrir une petite graine et regarder sa moitié grossir à vue d’oeil ou fabriquer un être humain toute seule et sans les mains pendant 9 mois, ça ne définit pas un être humain, aussi limité soit-il.
Une fois que t’es parent, c’est pour la vie, et malheureusement cette étiquette a souvent tendance à évincer toutes les autres dans les yeux encrottés de nos amis.
Et comme dans une bande de potes plus ou moins proches y en a forcément un qui se lance en premier et au moins un qui reste à la traine, tout les nullipares ont des amis-qui-sont-parents. Si tu n’as pas encore été assez fou pour vouloir faire un enfant, mais que tu frôles le surendettement en cadeaux de naissance par milliers, sache que tu n’es pas seul.
Apprends à reconnaître et comprendre tes amis-qui-sont-parents. Promis, ils ne mordent pas.

Pour les sans-enfants, les parents se divisent en 4 catégories :

# Le parent formidable
Une espèce rare qui s’épanouit totalement dans son nouveau rôle et qui se demande vraiment et sincèrement pourquoi tu n’en as pas encore à toi tellement c’est mignon tellement c’est que du bonheur les enfants. Le parent formidable te raconte, une larme à l’oeil, son épisiotomie-que-même-pas-ça-lui-a-fait-mal-tellement-ce-moment-était-parfait, balaie d’un geste de la main tes inquiétudes concernant la vie sociale, le sommeil, toutes ces choses surfaites qu’il ne connait plus mais qu’il a remplacé par les joies des bisous qui collent et des maman-je-t’aime.
A première vue, le parent formidable se drogue. Il ne peut en être autrement, il est bien trop heureux de torcher des culs et de passer la salle de bains à la serpillère tous les soirs. C’est louche. A se demander si le parent parfait n’avait pas une vie sociale de merde avant, et s’il n’a pas simplement toujours été insomniaque. Ou sous LSD.

# Le parent pas-trop-mal-mais-peut-mieux-faire
(Cette catégorie regroupe environ 80 % des parents, ce qui permet de ne pas se sentir trop seuls, dépassés ou nuls.)
Tu le vois s’émerveiller faussement devant une gribouille mochissime de sa progéniture et te faire un gros clin d’oeil pour que tu t’extasies en choeur « Mais quel joli… euh… mmmm… dessin ! » et qui, à peine le gamin reparti en courant dans sa chambre, t’explique que vraiment, il fait ce qu’il peut, mais qu’il reste complètement hermétique à l’art enfantin.
Quand tu passes un coup de fil au parent pas-trop-mal, tu te rends rapidement compte qu’il fait autre chose à la fois, comme de surveiller du coin de l’oeil le petit dernier qui fourre le chat dans le micro-ondes ou la grande qui entreprend de désolidariser tous les tampons hygiéniques de leur applicateur, puis de les jeter dans les toilettes, pour voir si ça flotte.
Envers et contre tout, le parent pas-trop-mal fait des efforts pour rester concentré sur ce que tu lui dis même si ça lui vaudra une destruction complète de son logement (et des canalisations bouchées).
Parfois, néanmoins, le parent pas-trop-mal-mais-peut-mieux-faire devra se lever de table au cours du diner, un sourire un peu gêné sur les lèvres, pour répondre à un « MAMAN AYÉ CACAAAA ». Malgré toute la bonne volonté qu’il met à conserver sa dignité de nullipare, le parent pas trop mal reste un parent à peu près normal.

# Le parent emprisonné
Il t’appelle 5 fois par jour pour te rappeler qu’il a réussi à trouver une baby-sitter pour vendredi soir et que même s’il avait la grippe-la malaria-une hépatite des orteils il n’est pas question qu’il rate sa soirée de liberté. Depuis 18 mois qu’il attend, il a les crocs. Quand tu arrives chez lui pour passer le prendre, il est déjà prêt, manteau sur le dos et chaussures lacées, il veut sortirrrrrrrrrr.
Toute la soirée il va te remercier pour ce bol d’air, tu te sentiras comme Super Friend, sans le slip à paillettes au-dessus des collants.
Le parent emprisonné ne s’attendait vraiment pas à ce que ce soit si dur d’élever des enfants, tu le sais, il n’arrête pas de le répéter entre deux mojitos. Ah bah voilà qu’il pleure.
Il ne faut pas en vouloir au parent emprisonné : on lui avait pas dit, forcément, la génération précédente étant toujours atteinte d’amnésie sélective et ses amis pondeurs étant souvent tous des parents formidables.
Attention à ne pas confondre un parent pas mal mais peut mieux faire fatigué, usé, exténué avec un parent emprisonné qui lui, subit toutes les situations et se plaint sans cesse, même quand objectivement, il a pondu un bébé super cool qui fait des nuits ininterrompues de 9 heures à 4 mois. Le parent emprisonné est un éternel insatisfait. Un gros chiant.

# Le parent mystère
Tu as appris au cours d’une conversation anodine qu’en fait, il était parent. Si c’est un papa mystère, facile, il aura juste oublié de te parler de la grossesse de sa moitié (ou de son ex-moitié). Si c’est une maman mystère, elle est sûrement à classer dans celles que tu vois 2 fois par an, maximum, une fois avant que le ventre ne se voit trop, une fois 2 mois après démoulage, mais comme elle a fait une césarienne de confort too-posh-to-push, elle rentre dans son 38 moulant depuis déjà 3 semaines.
Le parent mystère loue une grand-mère à l’année pour ne pas avoir à se priver d’une bonne soirée ou d’un weekend impromptu au ski. Sa phrase préféré « Oh ça va il en est pas mort ! », qu’il associe avec tout et n’importe quoi : je l’ai laissé pleuré 4 heures, je l’ai pas changé on était en retard pour ma manucure, je l’ai laissé chez ma soeur pendant 3 semaines, je l’ai oublié au parc…
La mère mystère est toujours maquillée comme si elle allait en rave party et ne comprend pas une seconde qu’une femme puisse s’épanouir en regardant grandir ses enfants. D’ailleurs elle, on ne la reprendra plus, elle a voulu en faire un parce que c’était ultra tendance dans les magazines mode printemps-été 2011, mais là franchement, ça coûte cher, ça braille, ça tombe malade, un vrai calvaire.
Le papa mystère, lui, a déjà daigné reconnaître l’enfant dans les 3 jours suivant sa naissance, il ne faudrait pas non plus trop lui en demander. En plus un bébé, ça ne sait rien faire, alors on verra quand il aura 5 ans et qu’il fera du foot.

Bref, prends ton temps, ne sois pas pressé de faire un enfant, et reste indulgent envers tes potes parents. Ils font ce qu’ils peuvent (enfin, la plupart).

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5 réponses à “Les amis-qui-sont-parents

  1. Merci pour cette dose de rire de la journée.

    Pas mal en effet l’expression, tu l’as inventé ou bien ?

    Je la garde sur le disque dur !

  2. Too posh too push ? L’expression est bien connue dans les pays anglo-saxons. Quant à l’expression « césarienne de confort »… comment dire ça gentiment ? Ca me donne envie de cogner! Parce que t’as trouvé ça « confortable », la césa, toi ? Mais c’est pour rire, hein ? Par contre, tu m’expliques en quoi le fait d’avoir une césarienne permet de rentrer plus vite dans son jean taille 38… ?

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