Vie associale

Malevich – White on White

Écrire sur la vie sociale des jeunes parents, ça tient souvent de l’essai de science-fiction. Sauf dans les années 70, quand on couchait un bébé gavé à la farine et qu’on sortait dîner chez des amis, comparant la progéniture esseulée à un estomac sur bourrelets qu’il suffisait de rassasier et laisser reposer pendant 12 heures.

Parler vie sociale à une personne qui vient probablement de perdre 90 % de son entourage non-familial entre l’annonce de la grossesse, le congé maternité et la naissance de la huitième merveille du monde, c’est un peu comme parler liberté de la presse avec un nord-coréen. Tu vois dans ses yeux une lueur d’espoir vacillante, puis un flou artistiquement fatigué et un dur retour à la réalité. Une réalité qui a souvent la couche pleine, odorablement.

Jeune mère, parfois jeune père (la parité, hein, on repassera), tu sais que ta vie sociale n’est plus ce que l’ombre de ce qu’elle était quand tu apprends que ton restaurant préféré est devenu un kebab à étudiants (depuis plus d’un an) ou que tu es incapable de te souvenir du nom du cinéma du coin (Gaumette ? Pâté ?). D’ailleurs, quand t’as appris que la place coûtait maintenant 10 euros, t’as failli faire tomber le bébé par terre.

Tu sais que ta vie sociale est pathétiquement inexistante quand tu prends une douche, te laves les dents et mets du déo pour aller au McDrive. Un vrai monochrome blanc clair sur blanc foncé. Sans rédemption.

En voiture-familiale-cinq-portes, sur le chemin du retour de la crèche/du pédiatre/de la réunion parents-profs, tu vois tous ces jeunes couples batifoler en terrasse des cafés. Tu leur hurles intérieurement de ne pas oublier les capotes alors que tu fais taire ton gamin à coup de chipsters et de Henri Dès. Et tu les envies, un peu. Beaucoup. Ô innocence et légèreté du nullipare.

Alors bien sûr, certains chanceux se découvrent de nouveaux amis parmi les jeunes parents qui vadrouillent dans le parc de quartier. On sympathise entre deux tours de balançoire. D’autres s’exilent dans des pépinières de familles en périphérie de tout ce qui ressemble à une ville qui bouge, dans de jolis petits lotissements proprets qui doivent abriter un ou deux psychopathes bien sous tout rapport.

A toi les formidables soirées « table des parents vs table des enfants », à comparer l’incomparable (premiers pas, propreté, premier mot…), avec spectacle de marionnettes et mini gala de danse improvisé vers 23h, quand, après un verre de vin (oulala) t’as juste envie d’aller mourir sous ta couette. Choisis ton poison, c’est ça ou les si agréables « Ah tu viens samedi, cool ! Pas d’enfants, hein, juste des adultes » qui projettent dans ton esprit des images de pelles et de tronçonneuses en mouvement.

Et puis il y a le Graal : la baby-sitter. La plus belle invention depuis la culotte filet et le téléphone portable. Mais vu le tarif, qui te fait facilement doubler le coût d’une soirée, sans compter le canyon financier que représente un gamin au quotidien, tu risques pas de lui payer ses vacances à Barcelone à la petite Marie-Amélie, 19 ans, première année de lettres modernes, sérieuse et qui adooooooore les enfants.

Et pourtant, t’en aurais bien besoin de la soupape Marie-Amélie, genre une petite fois par semaine, tes seuls contacts avec le monde des adultes se résumant à la directrice de la crèche/au pédiatre/aux profs (éventuellement à tes collègues, mais pas certain que ça te comble de joie). T’en viens même à t’envoyer des recommandés pour que le facteur sonne chez toi ou attendre le gars du compteur d’eau comme le messie. Tu crois que j’ai pas remarqué que tu avais mis en rouge sur le calendrier la date de l’entretien de la chaudière ?

Finalement, la meilleure solution, après le congélateur et la prière, c’est soit de devenir vraiment pote avec ton voisin de palier ou de dénicher une Marie-Amélie qui n’aime pas les vacances et adore les Disney. Facile.

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13 réponses à “Vie associale

  1. Ou sortir seule, sans papa, sans enfant, juste pour être soi.
    Avec des amis, des connaissances d’un club (sport, théâtre, échangiste (je sors)), ou des connaissances qui cherchent la même chose.
    Tout prétexte à un bol d’air est à retenir….

  2. une vie sociale, en tant que mère au foyer, j’ai tellement oublié ce que c’est que j’en ai perdu la moitié de mon vocabulaire. sérieux, parfois je veux dire quelque chose à mon mari ou à une des mamans à la sortie de l’école, et je me rends compte que je ne sais plus parler. il y a des mots j’arrive même plus à les prononcer !!! et encore, je parle des autres mamans mais là c’est l’hiver, il fait froid, il y a du vent, alors ça traine pas à discutailler devant le portail… la misère. je précise que je suis dans ton cas, isolée géographiquement de la famille et des amis.

  3. Putain mon facteur il monte même pas c fainéant… Quand ça sonne chez moi, je sursaute!

  4. et quand t’arrives à 3 gosses, c’est la quatrième dimension, on t’invites plus, on t’appelles plus, parce que « tu dois être débordée » !

    mais c’est pas grave, tu peux emmener les enfants au macdo ou au parc ! youhou !

  5. Je recherche une Marie-Amélie depuis la naissance de ma fille….. Toujours pas trouvée, et c’est pas qu’une question de tarif, faut avoir confiance quand même, hein !!!!! Ma fille a bientôt 4 ans…..

  6. et c’est là que je me rends compte une fois de plus de la chance d’avoir un papa (de ma fille, pas le mien) extraordinaire ! Soirées filles pour moi deux à trois fois par mois, soirée pour lui tout seul tous les mercredi. Lucky me !!!!! Changez de mec les filles (non, jdéconne bien sûr…) 😀 Et surtout COURAGE, je sais ce que c’est, je suis passée par là les premiers temps, avant qu’on s’accorde ces soirées-là.

  7. 3 enfants, je fais du sport, des soirées copines, j’ai une vie sociale, oui!!! cinés, oui!! WE en amoureux, oui!!! j’allaite encore la derniere de 3 ans, oui! je travaille, oui!!
    la solution, des amis, chez qui on peut dispacher les enfants, et à qui on offre des pauses aussi en gardant les leurs!!! organisation, communication…

  8. J’ai Marie, j’ai Amélie. J’ai aussi Sandra, Tonya, Ophélia, Alexia… Pour pouvoir continuer à faire du théâtre alors que Mr Papa a des gardes de nuit. Et sortir une fois de temps en temps. Mais en fait, on en a même pas envie…du moins pas sans nos filstons. 3 enfants, les 2 derniers toujours coallaités, 1 boulot chacun, pas de famille à moins de 700km et pas un WE de libre (ou alors c’est qu’on le voulait !)
    Comme Zigouigoui : organisation, réseau de copains -> vie sociale, rigolades, entraide.

  9. Je n’ai qu’une fille pour l’instant, mais c’est vraiment trop ça ! Surtout quand on habite dans un bled pourri et qu’ on a plus d’une heure de transport matin et soir. Ma vie sociale: les personnes qui prennent le train et s’assoient toujours au même endroit que moi. C’est de la discussion de très haut niveau, vous imaginez bien ma brav ‘ dame!

  10. Une fois que les copains ont aussi des gosses, ça fait des tablées de 20, et ils s’occupent entre eux, laissant les parents peinards… Deux années de suite qu’on fait nuit blanche complète AVEC tripotée d’enfants au nouvel-an…
    Et sinon, comme on les a toujours emmenés partout, ils ont toujours dormi partout, même dans les salles de bains / placards à balais, et sont franchement pas chiants. Et quand on peut vraiment pas, c’est babysitter, mais c’est assez rare.

    Juste, le choix des restos est différent, et on fait beaucoup de méga fiestas entre potes dans nos jardins l’été, nos maisons l’hiver. Mais franchement, les gosses, ça m’a jamais empêchée de voir plein de monde, au contraire. Faut juste arrêter le complexe de la primipare qui veut que son môme il bouffe à telle heure, et surtout pas des chips, et dorme à telle heure, dans telles conditions, après avoir eu son bain sans faute suivi de son massage aux huiles apaisantes. 😆

  11. me fait sourire cet article… vrai et pas vrai… ça dépend de la manière dont tu considères ton gosse: une petite chose un peu fragile morveuse braillarde et encombrante, ou un plus qu’il n’est pas si difficile d’emporter partout tant qu’on n’oublie pas les 2 premières années la bouffe et la couche… c’est ce que j’ai taché de faire avec ma fille car l’élevant seule, je me serais tapé la méga-dépression s’il avait fallu que je renonce à ma vie sociale! je l’emmenais même au travail quand j’avais des spectacles à assurer, elle dormait dans ma loge ou jouait pendant que j’étais sur scène et faisait même parfois des apapritions très appréciées par les spectateurs sur le plateau… chez les amis, en concert, très tôt au cinéma, en expo, en vacances, à cheval, je l’ai emmenée partout et ça nous a bien réussi. pas de Marie-amélie, mais un papymamy parfois pour aussi se souvenir de ce que ça fait de sortir seule… voilà. ça aurait été plus compliqué c’est sûr si j’en avais eu 2 ou 3… mais je crois que je me serais obstinée à tout faire quand même, tête de mulet comme je suis! et ne pas croire que j’avais des finances substantielles pour faire tout ça, je m’organisais avec le peu que j’avais…

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