Cassable.

On voudrait croire parfois que notre enfant est incassable. Pas parfait, non, après tout on ne sait pas tout ce qu’il s’est passé dans l’arbre généalogique. Mais incassable.

Pendant la grossesse, les échographies nous préviennent que la huitième merveille que l’on attend peut présenter un ou plusieurs défauts de fabrication. Un trou, un gouffre se creuse alors dans la poitrine de la future mère – impuissante, rongée par l’inquiètude acide.

Quand il nait sans défaut, on prend ça à la fois comme un miracle et comme acquis. Entre l’expulsion du bébé et celle du placenta on inspecte la marchandise : comptage de doigts, d’orteils, on regarde si les oreilles ont des lobes, la bouche une langue, si ses yeux nous voient et si son cœur bat bien à chaque instant. On remercie tout ce qui nous passe par la main, on pleure de soulagement – et parfois de peur, de haine contre le hasard génétique, contre ceux qui remercient, contre nous-mêmes, incapables de donner correctement la vie.

Et il grandit, des obstacles se dressent sur la route de son apprentissage d’enfant, de ton apprentissage de parent. La peur tapit dans l’ombre d’un bras cassé, d’une bronchiolite, d’une mauvaise chute. Le trou, le gouffre dans la poitrine te déchire à chaque fois – piégée dans une dignité feinte et une solitude connues de toutes les mères.

Parfois la parenthèse de terreur et d’usure se referme sans laisser de trace. Tu l’oublies, ou presque, tu avances en équilibre sur le fil tendu de la vie, entre peur et bonheur.

D’autres fois, une marque impérissable sur ton enfant te rappelle ton échec à le protéger, t’oblige à affronter sa fragilité. Il est cassable, tu peux le perdre.

Et chaque jour te rappelle qu’il faut l’aimer plus que tout, ce cadeau que tu n’es pas sûre de bien mériter.

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26 réponses à “Cassable.

  1. C’est ce qui fait que l’enfant grandit, avec ses bleus et ses chutes..
    Mais la peur au ventre, l’angoisse qu’une mère ressent dans ces moments est .. indescriptible..
    J’ai connu.. Avec les années on a moins « peur », on s’affole moins pour un petit rien.. Mais le coeur est toujours est palpitations accélérées..

    D.

  2. Très bel article, très émouvant…
    Et quand on perd son petit alors qu’on a à peine eu le temps de le rencontrer, de le serrer, de le découvrir, de l’aimer, et que l’on perd cette illusion qu’une maman est là pour protéger son enfant, parce que là, là justement, elle ne peut rien faire que l’accompagner en lui donnant en quelques heures, quelques jours, l’amour d’une vie, qu’il est difficile dans la vie qui continue de ne pas être terrifiée quand les autres enfants sont malades ou se font mal, ou même tout simplement quand ils sont loin de vous…

  3. Putain là tu m’as mis les boules, c’est tellement vrai. Cette peur qu’il leur arrive quelque chose, cette chance d’avoir des enfants en bonne santé. Il y a une semaine aujourd’hui mon grand de 10 ans était hospitalisé et opéré en urgence (torsion rarissime d’un « petit » morceau du testicule), ça avait beau être bénin, j’ai chialé quand il est parti au bloc (anesthésie générale) et j’ai chialé quand j’ai récupéré mon loulou qui se réveillait tout doucement. Tu l’avais dit sur FB « quand ils ont mal, on a plus mal qu’eux ».

  4. Dur à lire un dimanche matin 😥

    C’est la main sur mon ventre qui crée la vie une seconde fois en ce moment même que je t’ai lue, mon premier au creux des bras, et dans le coeur, le souvenir d’un petit garçon qui a quitté sa mère trop tôt. Le mien me fait rarement des frayeurs, mais ce souvenir me rappelle tout ce que tu dis et combien il faut profiter de chaque instant.

  5. J’aime, très bel article !!!
    Et je crois que même quand ils auront 18 ans, notre cœur de maman réagiras toujours de la même façon !!!
    Le cœur qui s’arrête au vue de la moindre chute !!!
    Bonne journée !!!

  6. C’est vrai que quand on devient maman on prend pour perpet’…
    On se tracassera toute notre vie pour eux, en sachant que parfois, certaines de leurs souffrances les feront grandir même si on voudrai leur éviter.
    Avoir un enfant ça n’est pas un du; c’est un privilège….

  7. et oui, on est juste une maman, pas une entité toute puissante qui peut tout faire, enlever la maladie ou la mort… c’est là, on maitrise certaines choses mais pas tout… et des fois la vie, la maladie ou la mort sont là pour nous dire que nous sommes tout petit, vraiment tout petit… et qu’à part notre amour, notre attention ben y a pleins de choses où on ne peut rien… même si un rêverait de pouvoir faire repartir un petit coeur que ne bat plus ou faire partie une maladie qui pourrit une vie…

  8. Que de commentaires de filles, femmes, mères ou pas. Je me permet d’ajouter une petite touche d’un père.

    Il y a quelques années, ma petite nièce est née. Dès le début, drapeau rouge; elle est née avec un trou dans le coeur, et forcément, le niveau de stress était inimaginable. On s’attendait à la perdre à tout instant. Aujourd’hui, la petite Emilié (nommé après les publicités de Marie Emilie d’EDF de l’époque) va très bien.

    Ma petite puce à 5 mois, bientôt 6. Dans ma vie, j’ai du faire face à beaucoup de choses, et j’ai du puiser dans mes réserves de courage plein de fois. J’ai été officier à l’armée dans des circonstances “difficiles”, j’ai été secouriste, et j’ai vu des choses pas beaux, mais rien ne m’a préparé à voir le premier échographie de “pacman”. J’ai rarement ressenti autant de peur de ma vie, cette petite “chose” si fragile (alors que, finalement, mère nature fait les choses plutôt bien). Je n’ai pas honte de dire que j’ai passé des nuits à pleurer d’inquiétude, et que se passera si jamais il lui arrive quelque-chose? Chose rare, je présume, la mère était bien plus zen que le papa.

    Même aujourd’hui, elle me terrorise… Je me dis que si je suis vivant, casse-cou comme je suis, les enfants ne peuvent pas être si fragile que ça, mais elle arrive quand-même à me traumatiser, et pourtant elle n’a pas encore l’age d’essayer de marcher, de toucher à tout… Je sais bien que j’aurais le droit à un abonnement aux urgences… Et je sais bien que mon rôle, tot ou tard, sera non pas de l’empecher de tomber, mais d’être là pour l’aider à se relever, et la laisser apprendre d’elle-même, mais plus ça sera tard, mieux ça sera pour moi…

    Un tout petit témoignage d’un papa heureux, mais peureux…

  9. Article qui me touche particulièrement ces jours ci. Après avoir fait un tour dans le camion de pompier, après avoir cru quelques secondes ma fille était morte (heureusement elle s’est « juste » évanouie »). Je me suis rendu compte qu’à tout moment notre vie peut basculer et que nos enfants sont fragiles.
    J’aime énormément ta façon d’écrire, tu fais toujours de très beau texte.

  10. La voilà, ma plus grande crainte. Que mon bébé n’aille pas bien, que mon enfant se blesse, ne rien pouvoir y faire, cette sensation d’avoir le coeur qui s’arrête, comme vous le dites si bien, c’est je crois ce qui me fait le plus peur …

    Très beau texte … merci ^^

  11. Maman d’une petite fille de 3 mois, on a commencé d’entrée avec un rhume transmis par le Papounet. C’est tout con mais tu ne peux t’empêcher de te dire que dès le début, alors que ta Puce n’a que quelques jours, tu as déjà merdé. Rien que l’épreuve du mouche-bébé te met le moral en berne. Entendre ma grenouille hurler me faisait monter les larmes aux yeux. Pour l’instant, je ne veux pas imaginer ce que nous prépare l’avenir mais je ne peux qu’espérer, comme tout parent, qu’il nous épargne le plus possible…

  12. Le jour ou bébé Maju est née mon papa m’a dit: tu vas découvrir ce que c’est que de s’inquiéter…mais quand on s’inquiète, c’est qu’on est heureux (avec notre petit bonheur sur lequel on veille…) Longue vie à tous nos petits bonheurs!

  13. Un magnifique témoignage qui parle de cet Amour qui est ce qui nous tient en toute circonstance, à lire ABSOLUMENT tant il est à la fois bouleversant et magnifique :
    « Deux petits pas sur le sable mouillé » écrit par Anne-Dauphine Julliand. Je l’ai lu hier soir, d’une traite, de peur de ne pas avoir le courage de le reprendre. Puis je l’ai partagé avec mon mari. Nous n’avons pas fermé l’oeil… Emus, abasourdis, secoués par une merveilleuse leçon de vie et d’Amour !

  14. Pingback: Des maladies pas si rares « Maxi best of McMaman·

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