La nuit du vomi

Avant, du temps où tu étais un être irresponsable d’un autre, du temps où tu décidais de ton heure de lever et de tes activités dominicales, certaines choses t’étaient tout simplement insupportables. En tête de liste, pêle-mêle, le vomi, la diarrhée, et l’idée même d’héberger sous ton toit une boite de Smecta – le seul médicament utilisé par les professionnels du bâtiment et les bourreaux de la CIA.

Et tu as démoulé. Innocente et naïve, tu pensais que ton enfant passerait entre les mailles du filet de gerbe tendu par des millions de microbes automnaux qui n’attendent que de te pourrir la vie, planqués dans la paume d’une main inconnue qui effleure ton bébé ou dans les restes d’éternuement d’un grossier crado devant toi sur le trottoir.

Tout commence subrepticement, et ton flair de mère épuisée ne remarque rien. Oh oui, un peu ronchon le petit, il doit faire une dent (encore) (putain). Il a pas très bien mangé ce soir ? Faut dire que la soupe que tu lui as servi ressemble à du pré-digéré.

La gastro déclare unilatéralement la guerre à ta santé mentale vers 1h53 du matin, alors que tu as enfin sombré dans un sommeil profond et comateux, après avoir repassé dans ta tête l’état migraineux des comptes bancaires, mesuré en jours et en semaines le retard de loyer, compté mentalement le nombre de couches restant dans le paquet et opéré une visualisation approximative du contenu des placards de bouffe. La nuit du vomi peut commencer.

Un hoquet, un gémissement, une légère toux… tu te lèves maladroitement, enroulée façon nem dans ta couette salvatrice et tu zigzagues jusqu’au lit de ta progéniture. Dans l’obscurité, tu le prends dans les bras, son visage chaud et ses cheveux emmêlés contre le tien. Un autre hoquet, un puissant mouvement de soulèvement, un sensation tiède et mouillée sur ta joue – puis cette odeur âcre et bileuse. Tu es tout à fait réveillée, et tu te rends compte que tu viens juste de te faire vomir à la gueule.

Se faire gerber dessus, en pleine nuit, et sans alcool impliqué : une des joies cachées de la parentalité. S’ensuit alors un choix cornélien : nettoyer d’abord l’enfant, ton visage ou le sol ? Si tu commences par toi, ça fait égoïste, mais si tu restes crade, tu risques de stimuler ton réflexe de vomissement, et empirer la situation. De plus, le maladinet cherchera le câlin réconfortant, et ça serait pas plus mal qu’il ne s’étale pas encore plus de reste de purée de midi dans les cheveux. Si tu nettoies le sol, le petit va chialer sa race en attendant que tu aies terminé, mais si tu le nettoies pas, tu risques de glisser lamentablement dans une flaque de lait caillé et perdre le peu de dignité qu’il pouvait encore te rester.

Au final, tout le monde à poil dans la pièce d’à côté – on change les pyjamas, les draps, ça tombe bien t’étais presque à jour dans les lessives, tu craignais que ton étendeur à linge se sente délaissé. Une fois que tout le monde est bien propre et que l’odeur de gerbouille a quitté la pièce, tu t’apprêtes à recoucher l’héritier et tu entrevois le bonheur de dormir – enfin. Et là, hoquet, gémissement, petite toux, soulèvement… même joueur joue encore. Et jamais deux sans trois, hein. On penserait pas qu’un être aussi petit puisse stocker autant de bouffe non digérée dans son estomac. Mais si. A se demander si t’as pas fabriqué un être mi-humain mi-ruminant…

Pendant une gastro, comme au cours de toutes les maladies infantiles, un principe de base reste inébranlable : les parents seront toujours plus fatigués que l’enfant. Toujours. Tu revis les premières semaines après le retour à la maternité, avec des changements de couches subatomiques toutes les 2 heures.

Sachant que ton gamin se réveille 7 fois au cours d’une nuit moyenne de 11 heures, vomit une fois sur deux et repeint les parois de son pyjama à la diarrhée en spray toutes les 2 heures, combien de bodies, pyjamas et draps fermenteront patiemment au fond du lavabo en attendant ton réveil matinal ? Trop. D’ailleurs, y a de fortes chances que ton enfant finisse la nuit en pyjama une taille trop petite récupéré au fond d’un carton et que toute sa garde-robe décore élégamment les chauffages de la maison demain afin de tout faire sécher avant La nuit du vomi 2 – le retour.

Le seul avantage avec la gastro, c’est que comme le petit mange rien, ça t’évite de rater encore quelques purées micro-ondées pour cause de fatigue trop importante. Faut positiver.

Ayons tous une pensée pour toutes les mères multipares qui affrontent régulièrement une épidémie de gastros chez elles. Car un enfant est toujours infoutu de garder pour lui ses microbes gerbouillants et qu’il partage, partage et partage encore, avec ses frères, soeurs – et pourquoi pas son cher Papa. Laissant donc la mère, la cerne saillante et le cheveu collé de compote vomitée, gérer une maisonnée qui fleure bon les égouts. De préférence une veille de réunion importante au travail ou de départ en vacances.

Et pendant 3 jours, tu pries, tu implores et tu croises les miches bien fort pour surtout ne pas l’attraper cette putain de gastro-entérite, parce que c’est bien connu : les arrêts maladie, ça existe pas pour les mères. Et au bout de 3 jours, y aura pas que ton enfant qui aura perdu du poids.

Bon Smecta à tous, sous vos vomissements.

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15 réponses à “La nuit du vomi

  1. Ta nuit du vomi m’a fait mourir de rire. J’ai la chance de pas encore avoir vécu cela mais il y a fort à parier que ça ne va pas tarder. C’est très égoïstement que j’attends le récit de la Nuit du vomi 2 – Le retour.
    En attendant, bon courage !

  2. Je ne sais pas d’où te viens cette fertile inspiration mais quelque chose me dit que je ne vais pas tarder moi aussi à vivre cet épisode glorieux.
    Quand Ty Kiwi content, Ty Kiwi vomis mais de préférence sur son père et avec le sourire s’il vous plait …

  3. ma fille en a fait une quand elle avait 1 an et quelques mois et que j’étais enceinte de 7 mois de la 2ème…ça a été le cauchemar pendant 3 jours…j’avais ressorti le lit parapluie en plastique parce qu’au moins c’était plus rapide a nettoyer que le canap’ en tissu….et je me souviens des pires 30 minutes de ma vie (sens de la mesure) :
    – sur le canap’ : vomi (pleurs et tout ce qui va avec bein sur),
    -je l’emmène dans la salle de bain pour la changer : elle gerbe sur la table et langer et tout ce qu’il y a autour, je précise que j’ai pas encore eu le temps de nettoyer le canap’
    – du coup je le depose dans le lit parapluie ou elle regerbe immédiatement…
    …..
    et là : je craque et j’appelle l’homme en pleurant pour qu’il revienne du boulot et gère un peu….
    rien que d’y repenser j’en tremble encore LOL

    Et on a revécu tout ça en double l’année d’après bien sur, sinon c’est pas drole!!!

    Bon courage pour ces jours qui viennent : que la force soit avec vous!!!!!

  4. Je suis une phobique du Smecta, plutôt mourir que de boire (manger ?) çà !
    C’est le seul médoc qui me rend plus malade après qu’avant l’avoir pris ! (et la dernière fois que j’en ai pris, je devais avoir 8 ans … après çà, j’ai réclamé mon indépendance médicamenteuse vis-à-vis de ma mère et j’ai décidé de ne plus prendre que de l’Advil quand je suis malade)

    A part çà, tu sais que plus je te lis, et plus j’ai envie d’arrêter la pilule ? Nan j’déconne, tu me fais trop flipper !

  5. Ah la gerbe !!! Nous on l’a pris dans notre lit et elle a bien sur dégobillé dessus ! L’horreur en pleine nuit 😉
    Par contre nous ça a fini à l’hosto….

    Courage !
    Bizessss

  6. j’adore cet article car … je vis la même chose depuis dimanche! et pour que bébé se sente moins seule, je l’ai rejointe dans la nuit du vomis… Le dimanche bébé arrêtait pas de vomir, et c’était au tour de maman toute la nuit! Youpi!

    allez courage!!!! je suis de tout coeur avec toi!

  7. Que dire, énormes ton article qui m’a fait mourir de rire. Ça m’a rappelé une méchante gastro que ma fille de deux ans m’a faite cet été. Et le comble de l’horreur c’est qu’on n’était pas chez nous. Bref la loose ….

  8. J’adorais déjà te lire mais alors là, c’est bien simple, je suis juste passée pour une grosse cinglée en salle des profs du collège où j’enseigne, tout ça parce que j’ai eu la mauvaise idée de cliquer sur ton article à la récré…
    Résultat : certains collègues me croient irrécupérables, d’autres ont essayé de lire un bout de l’article, quelques uns ont ri mais la majorité a décrété que vraiment, j’étais un cas pathologique incurable de lire des horreurs pareilles.

    Bref… j’ai beau avoir 2 gremlins à la maison, jamais les 2 n’ont choppé de gastro en même temps. Mais déjà rien qu’un seul, c’est galère, ce n’est pas arrivé très souvent chez nous mais dans mes souvenirs c’est exactement tel que tu le décris…

    Merci pour cette bonne tranche de rigolade et continue comme ça !

  9. Avec 3 loulous, j’ai arrêté de compter les nuits merdiques à nettoyer le vomi. On s’y habitue … si c’est vrai !! Un p’tit truc de mamuniste pour les enfants à partir d’un an environ : le charbon actif. Même si l’enfant le revomit, le peu qui est ingéré va zigouiller les microbes. C’est sans danger mais ça tâche. Le smecta c’est du gros pipeau en boîte. Bon courage à toutes les mamans concernées !!

  10. J’ai beaucoup ri, merci ! J’en ai encore les larmes aux yeux.
    Je me suis tellement reconnue dans ce choix draconien de « quoi / qui nettoyer en premier ? »

  11. Pingback: Protocoles « Nad'In'Box·

  12. Quel exploit!

    Ce billet m’a fait mourir de rire à 3h du matin, après 7 vomis de bébé. Après 3 lessives nocturnes, je n’ai plus ni couette, ni drap, ni doudou ni pyjama….

    Merci bien,

    Eric

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