Tous parqués.

Avant d’avoir un gamin, tu passais devant sans même y penser. T’entendais vaguement des cris, des rires, mais rien à carrer, tu t’arrêtais pas. T’avais vie sociale.
Avant d’avoir un gamin, jamais t’aurais foutu les pieds dans un endroit où tu te sens aussi peu à l’aise et où on sert même pas d’alcool ou de tapas.
Avant d’avoir un gamin, t’aurais dû attendre d’avoir assez de pognon pour t’offrir un jardin. Bordel.

Le parc, c’est un endroit magique. C’est un des premiers mots que ton enfant reconnaît, et il se met à frétiller de la couche dès que tu lui demandes connement s’il veut y aller. Evidemment qu’il veut y aller, et plus vite que ça, qu’il fasse beau, qu’il vente, que tu sois pas épilée ou que t’aies la crève, il veut y aller tripoter sa putain de pelouse et caresser les écorces d’arbre recouvertes d’urine de chien.

Tu enfiles donc tes pires chaussures (t’en reste-t-il des potables ?), tu prévois un goûter (bonne-mèritude oblige) et hop. En poussette mon petit.
Tu découvres rapidement que le parc, c’est comme le métro. Y a des heures creuses, des heures de pointe, des règles de circulation, des coins à éviter. Et surtout, des clichés surréalistes.

Une poignée d’étudiantes aux beaux arts qui prennent un apéritif dinatoire sur la pelouse, oh le champagne rosé à 17h, c’est sooooo girly funcky choupy.

Le père de famille « sans histoire », en congé parental avec ses 3 filles qui fixe le tourniquet depuis 8 minutes, au bord du coma. Preuve vivante que le burn-out paternel existe.

La mère bobo en sarrouel et pull The Kooples, qui prie pour que ses enfants ne se salissent pas oh mon dieu de l’herbe et de la terre. Non ! Pas la BOUE !

Le pervers pédophile qui ne fait strictement rien sur son banc, vêtu d’un maillot de l’équipe de foot de Sochaux saison 96/97.

Les supers copines quadras avec leurs chiards qui sont super best copains du monde depuis la première année de crèche et qui cassent du sucre sur le dos de la maitresse en bouffant tous les BN du paquet.

Le père une-semaine-sur-deux-et-la-moitié-des-vacances qui fait un ping pong en costard cravate. Faut profiter de chaque minute, pas le temps de se changer.

La mère qui regarde son iPhone et maudis la 3G qui passe pas, et ignore son gosse qui mâchouille des chenilles a quelques mètres d’elle.

Le vieux en pantalon de velours côtelé, qui parle tout seul, un mouchoir en tissu à la main et une clope dans l’autre. Celui qui n’a vraisemblablement plus l’âge de s’assoir sur la balançoire en plastique mais qui s’assoit pour reluquer les mères. Charmant.

Le parc, tu t’y fais pas. Tu y prends tes habitudes – ton heure de visite, ton spot préféré. Et tes limites. Vingt minutes, quarante, une heure quand il fait beau. Mais putain, tu rêves de ton canapé. Le parc, c’est ta prison. Un peu comme le truc à barreaux dans lequel tu ranges ton gamin.

Un tour de tobbogan, deux, trois, non on ne monte pas par là, il faut faire le tour par l’échelle, voilà. Non on ne lèche pas les marches. Attention tu vas tomb…. ah bah t’es tombé.

(Combien de temps, là ?)

Non ce jeu c’est pour les grands, viens plutôt par ici. Tu vois bien que mademoiselle-je-sais-tout ne veut pas ralentir son putain de tourniquet pour que tu puisses monter, alors laisse-la donc.

(QUE 14 minutes ? Y a une faille spatio-temporelle au-dessus du parc ou quoi ?)

Ton gâteau, tu le veux ? Tu prèfères l’écraser sur le tape-cul ? T’as raison. Ah tu veux le mien ? Forcément, bien meilleur.

(Tu ne veux pas rentrer ?)

Non ne mets pas des marrons dans ta bouche. La feuille morte, oui tu peux. Plein de fibres.

(Dis, tu voudrais pas rentrer ?)

N’approche pas du monsieur bizarre.

(Je t’en supplie dis-moi que tu veux rentrer.)

Et ton gamin, il adore aller raconte ses peripéties tobboganesques aux mères alentours. Et là, un phénomène assez intéressant se produit à chaque fois : la mère d’en face parle à ton gamin, mais t’ignore comme une reine. Parfois, vous échangez même par enfant interposés, sans jamais, non jamais vous adresser directement la parole.

– Laisse la dame tranquille, mon chéri, viens par ici.

– Oh mais tu es mignon, tu ne m’embêtes pas.

– Allez, viens arracher quelques pâquerettes avec Maman, tu vas voir on va bien se poiler.

Alors oui, bien sûr, parfois c’est sympa le parc. Prendre l’air, moment de complicité, manger-bouger, tout ça. Et puis sur un malentendu, tu peux te sentir jeune et belle, notamment quand on te demande si tu sors ton petit frère ou si tu chercherais pas à garder d’autres enfants.

Mais quand t’entends pour la quatrième fois en dix minutes « Maman il a failli m’arracher ma boule de l’oeil ! » t’as juste envie de mourir sur place ou de t’auto-ligaturer les trompes avec une pomme de pin.

Et finalement, le parc, c’est quand même moins pire qu’une journée enfermée à la maison avec une tornade de 80 cm, quand il pleut des merdes dehors et que tu as une migraine. Alors arrête de te plaindre et dégaine ton sourire.

Je suis sûre qu’il y a la DDASS qui rôde, et t’as pas encore validé ton module Activités d’extérieur pour ta deuxième année de BTS Parent Parfait. Courage.

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15 réponses à “Tous parqués.

  1. Chez nous aussi il y a une faille temporelle au parc… Avez-vous essayé de changer de parc ? Je recroise les mêmes parents désespérés et bronzés des sandales, on se sourit timidement, et chacun repart à son poste d’observation !

  2. Oh merci merci pour cet énormissime fou rire ! La corversation entre adultes par gamin interposé excellent c’est tellement vrai ! J’ai une vue sur le parc depuis mon balcon alors mon fils de 4 ans ne trouve rien de mieux à faire quand je l’emmène pas que de discuter (hurler) avec ses copains depuis le balcon « eeehhhh oooohhhh saluuut les meeecs ».

  3. Bah oui donc la solution : plusieurs enfants et un jardin, hop tout le monde dehors ! Fermer à clé au besoin quand ils veulent rentrer avec leurs chaussures pourries pendant que tu nettoyes (non en fait tu glandes devant la télé en buvant un café).
    Courage !

  4. T’as pas le gène du parc ? (cf Florence Foresti)
    Allez, courage, c’est qu’un mauvais moment à passer.

  5. Moi, à l’époque de ma grande (ça commence à dater…) le parc le dimanche c’était le summum de la déprime : les sorties familiales quand on est seul à mourir (et même avec un enfant) c’est un cauchemar !!
    Bon maintenant j’ai un jardin, trop de la balle, bon c’est sûr y a plus de jeu dans les parcs alors on peut pas complètement s’en passer mais je vois bien ma chance à ce que ce ne soit plus incontournable !

  6. Quand j’habitais la capitale, j’allais au parc, tout le temps. Et plusieurs choses me tapaient prodigieusement sur les nerfs :
    – les parents, qui ignorent totalement l’existence de leur enfant et le laissent te filer des coups dans les tibias sans rien dire ou le laissent balancer des tonnes de sables dans les yeux de ton mouflet,
    – les parents qui ont les yeux rivés exclusivement sur leur mouflet et qui lui font coucou dès qu’il monte sur le toboggan ou fait un pâté.
    – les mômes qui systématiquement viennent te piquer tes affaires et celle de ton môme, pelle, seau, goûter, sac à main et j’en passe.
    – les mômes trop grands dans des jeux pour les petits.
    – les mômes trop petits dans des jeux pour les grands, laissés sans aucune surveillance aucune.

  7. Ici ce que je redoute le plus ce n’est pas le parc(bien que…) non, c’est la ballade à vélo! En gros Maman pousse la poussette du petit frère(et prie pour qu’il n’ait pas décidé de vouloir marcher) le grand est sur son vélo avec petites roulettes ultra-hypra-méga motivé on fait 300m et là il y a une sorte de début de grognement, puis de cris étouffé, suivit de pleurs rageurs et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire tu dois pousser poussette ET vélo du gamin(avec lui dessus of course) Oh joie du mercredi….

  8. Ciel
    moi qui me demandais pourquoidoncquej’ailespiedsbronzésetpaslereste ?
    c’est donc que je fait parti du gang des parentsduparc !
    sinon, au fait, tu n’as pas faim? on rentre voir le chat? peut être que papa est rentré (lui) on va voir si il est là?
    😉 maintenant j’ai un jardin, et de l’autre côté de la clôture y a LE PARC … dire que j’ai rien compris c’est peu dire 😉

  9. A pleurer de rire.
    Le parc chez nous c’est une ou deux fois par an. Parce que oui, on a la méga chance d’avoir un parc à la maison. avec toboggan géant, balançoire et bac à sable. Et la plupart du temps, y a personne dedans. Donc je surveille les nains depuis la fenêtre de ma cuisine et c’est très très très bien comme ça.

  10. rooo je suis morte de rire !!!!!! excelent !! tu dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas !! le parc !!! nan mais quelle horreur !!! je déteste le parc !!!!!! je me fais chier comme un rat mort, et ça me gonfle royal ! j’en ai fait un peu cet été (parce que ouai, les mômes s’éclatent, il faut l’avouer !), mais je béni mon jardin, balançoire, toboggan, bac à sable qui fait que je peux lire mon bouquin sur ma chaise longue, boire, manger, pisser, surfer comme je veux !!!!!
    raaa c’que tu m’as fait du bien !!! je hais les parcs !!!!!

  11. Bon, là, j’ai vraiment éclaté de rire devant mon ordinateur.. Merci merci. J’ai de la chance, moi.. Près de chez moi, ils refont toute la rue où il y a le parc depuis 1 an, encore quelques mois de répit..

  12. Pingback: Le hangar de la peur | Maxi best of McMaman·

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