Hormonalement vôtre

Hormone, n. f. : petite connasse de substance chimique produite par des glandes on-ne-sait-où et visant à nous pourrir la vie d’une façon ou d’une autre. Coupable attitrée des crises de larmes ou mauvaise humeur chez la femme, même dans les situations où la responsabilité de l’homme ou du coiffeur est clairement avérée.

Tout commence au moment de l’ovulation. (Enfin, pas vraiment, les hormones, on se les coltine depuis la naissance, mais ce n’est pas le sujet ici.)

Quand ton horloge biologique t’a assez titillée ou que t’as décidé que cette taille de guêpe et cette belle paire de seins, vraiment t’en avais marre, les hormones prennent le dessus sur ton intellect – aussi limité soit-il chez certains spécimens de futures mères.

Pendant les quelques jours de fertilité du mois, t’es comme un puma en chasse dans la savane du Serengeti. Quand ton homme fait la vaisselle, il est sexy. Quand il hurle devant le foot, il est désirable. Quand il rentre du tennis et qu’il sent le fennec, il est excitant. Alors que clairement, en temps normal, t’as juste envie, dans l’ordre, de lui dire de mieux frotter les assiettes, de baisser d’un ton, putain, on est pas au camping, et d’aller à la douche et non tu ne m’approches pas putain tu colles.

Une fois l’ovulation passée, le mâle rassasié et la femelle engrossée, les hormones deviennent vite des petites traquenardes.

À partir de ce moment-là, dès que tu péteras ou gueuleras un peu plus fort qu’à l’accoutumée, ce sera la faute aux hormones. Une belle excuse, ceci dit, pour expliquer que tu ne sois parfois qu’une grognasse de femme enceinte qui râle pour tout et n’importe quoi. Ca décrédibilise tout ce que tu peux dire ces hormones, même quand t’as raison (ce qui est assez souvent, quand même).

C’est alors la belle phase doctissimement intitulée le « psychottage » (« psykotage » pour les plus avant-gardistes de la langue française, celles qui font des prises de sang toutes les heures pour vérifier leur taux de Bêta HCG).

Les premiers symptômes de grossesse sont déterminés par ces hormones en folie qui transforment ton corps et ton esprit en géantes montagnes russes de Disneyland, sans la queue aux attractions. Tu te mets à chialer devant une pub pour les nettoyants WC ou devant un paquet de pâtes périmées, tu rigoles devant La liste de Schindler,  tu trouves que les roses, ça refoule comme un évier bouché et que ce petit chandail Damart est vraiment super mignon.

Ca te fait faire n’importe quoi les hormones, ça te transforme en Hulk (sans la couleur verte, sauf si t’as la gerbe), en loque, en hystérique et en susceptibilité sur pattes. Toi qui étais forte et intelligente, tu t’arrêtes un peu trop longtemps devant le dernier Marc Lévy à la librairie du coin.

T’as les seins qui se remettent à pousser, mais faut pas les toucher, ta queue de rat devient une chevelure digne des pubs pour Elsève ou, moins chanceuse, tu redécouvres les joies du Biactol.

Une véritable arme biochimique. Pendant neuf longs mois, tu es baignée jusqu’à la glotte d’hormones et de sucs gastriques.

Ça ramollit les futures mères ces saletés. Tu souris devant chaque bébé que tu croises, même les plus ratés, tu trouves la préposée au guichet de La Poste fort aimable, et même les visites de ta moche-maman te comblent d’enchantement pailleté et de bisous encœurés.

Et puis tout s’affole, façon tableau de bord d’avion avant un crash et tu démoules. Plop. Là encore, merci les hormones.

Tu penses alors être redevenue toi-même ? Tu penses avoir repris le contrôle de ton corps et de ton hypophyse ? Ne rêve donc pas, jeune parturiente. Le baby blues arrive, le baby blues ne t’oublie jamais !

Quand tu te regardes dans un miroir quelques heures après la pondaison, tu te dis clairement qu’il est strictement impossible d’avoir un jour une pire gueule, à moins de rencontrer une hélice d’hélicoptère d’un peu trop près. Attends donc quelques jours, va. Le baby blues, c’est merveilleux, ça repousse toutes les limites imaginables de l’usure, de la tristesse, des larmes et des envies de ligature des trompes sans anesthésie.

Heureusement, ce relâchement glandulaire a généralement le bon ton de s’arrêter juste avant que tu te balances par la fenêtre, mais il fait place à une nébuleuse hormonale assez instable qui dure, elle, de quelques semaines à quelques mois. Faut dire que les levers nocturnes toutes les 37 minutes, ça n’aide pas franchement à retrouver un équilibre nerveux et chimique.

Et quand enfin, un jour, le retour de couches se produit, tu peux oser espérer redevenir celle que tu étais, avec un périnée un peu plus mollasson, certes, mais plus que 4 à 5 jours de rodéo hormonal par mois, au lieu de 30 ou 31… jusqu’à la prochaine ovulation.

 Les hormones, ça rend conne.

 

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22 réponses à “Hormonalement vôtre

  1. héhé ^o^ quand j’étais enceinte du 1er, mon mari avait voulu me faire plaisir en me faisant écouter une reprise de Queen…. je m’étais subitement mise à chialer en entendant la voix de la … chanteuse… éberlué, mon mari ne savait plus quoi faire, j’ai juste baragouiné entre deux sanglots : mais c’est pas Freddy Mercuryyyy çàààà, c’est d’la merdeeeee… (c’était vrai d’ailleurs )

  2. Enceinte, on a eu la bonne idée de faire les travaux. Tu rajoutes aux hormones une couche de poussière de ponçage PARTOUT et tu as une grossesse très très sereine (humour noir).

    • Pareil, une mine d’enfer et tu ne « profites » pas tellement de « ces moments merveilleux »… au moins tu ne pleures pas sur tes fringues de nana parce qu’elles vont rester cachées dans les cartons de déménagement pendant un bail… enfin jusqu’à ce que tu puisses à nouveau te plier en deux pour déballer et que tu auras plus de 10 minutes entre 2 hurlements de bébé !

  3. Tu rigoles..,après le retour de couche de mon 2e…entre les hormones de l’allaitement et les périodes pré-menstruelles, et les règles, s’il y a UNE semaine où je redeviens à peu près normale(comme tu dis, l fatigue n’aide pas toujours)ben c’est un grand grand max!!!

  4. Putin je me rappelais plus à quel point j’avais été casse couilles et surtout pathétique….Merci hein!

  5. Incroyable, j’avais bien créé mon avatar avec le site dont tu m’avais parlé, et évidemment ça n’avait jamais fonctionné…il suffit que je passe au Mac pour que ça fonctionne! Et après mon mec me dit que mon enthousiasme est disproportionné, tssss

  6. Les crises de larmes intempestives ca m’arrive tout le temps, non pas que je sois enceinte-ce serait trop facile- mais sans pilule les montagnes russes tu connais aussi!

  7. Fatiguée ? moi jamais
    Fatiguée ? moi jamais
    Fatiguée ? moi j’hainais
    Farce tigrée ? Moi je m’aimais
    Garce tirée ? plus jamais !

    oup’s je dévie là ? en même temps, pour fatiguée ? moi jamais, la solution c’est garce tirée ? plus jamais !
    Face à mes gigots, je me sens un peu comme les romains face à Obélix et Astérix : « produisez-vous qu’ils disaient, reproduisez-vous qu’ils disaient ! » ….. je tremble et mon stérilet se cramponne à mon utérus !

    Et puis p’tit détail : je te donne pas mon score ! tu crois que j’ai que çà à faire que d’additionner des lettres …. allez je vais voir sous ma couette si tu es (si tu es, tu dégages ! c’est mon tour)

    • oh putain !!!! je suis vraiment fatiguée ! mon commentaire tu l’auras compris est pour le post précédent ….. celui sur la fatigue !

  8. Pendant la grossesse ça allait mais maintenant a l’approche de mes règles je me transforme en Joey Starr et je pourrai peter la gueule de tout le monde.

    Cela dit je trouve ça hyper misogygne et énervant le « c’est les hormones ». Genre je suis le jouet de mon corps. Nan nan, juste tu m’enerves vraiment !!

  9. oh putain !!!! je suis vraiment fatiguée ! mon commentaire tu l’auras compris est pour le post précédent ….. celui sur la fatigue !

  10. C’est vrai les hormones ça rend conne… mais les hormones mâles, c’est pire!!! Ca les fait pleurer quand leurs joueurs de foot jouent comme des gros nazes, rester de marbre devant des films tire larmes, hurler à la mort quand ça se cogne un orteil dans une porte et jouer les gros durs parce que ça sait soulever sans effort (comprendre avec les mâchoires au bord de la luxation dans l’effort pour avoir l’air d ene rien sentir) 2 sacs de courses bien remplis (par nous, soit dit en passant. L’hormone mâle n’aime pas les courses, elle arrive tout juste à pousser le caddie)!

  11. Héhé!! Même sans avoir dépoté, je confirme.

    Si tu as une minute à toi regarde sur youtube: c’est les hormones Simone.

    Une super chanson que tu te repasseras en boucle à chaque période d’ovulation! Faut l’écouter jusqu’au bout :p

  12. Arf ! Si seulement le retour de couches te faisait réellement redevenir « comme avant ». J’y crois plus, c’est foutu. Peut-être à la ménopause…

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