La préparation au dépotage

Autrement appelée, par les plus chochottes, cours de préparation à l’accouchement. Bon. Analysons ensemble cette merveilleuse expression de gros traître forcément inventée par un homme.

« Cours » : déjà tu sens le truc chiant qui va te ramener 10 ans en arrière et tu revois le visage lifté de Mme Philipot, prof de maths aigrie de son état.
« Préparation » : donc faut s’y préparer. Psychologiquement et physiquement. Ca n’augure rien de bon.
« Accouchement » : Que celles qui ne connaissent pas se taisent. Vous ne pouvez pas comprendre. Vraiment. C’est fou toute la boucherie qui peut se cacher derrières 4 syllabes innocentes. Traitresses.

Si on te prépare avec des cours remboursés par la Sécu, tu sais d’avance, d’instinct, que t’as de bonnes raisons de flipper ta race. Premier cours, tu te dandines comme tu peux jusqu’au point de rendez-vous, optimiste et si naïve.
Et là, au détour d’une présentation de chacune aussi inintéressante que ma dernière conversation avec la factrice, tu découvres, effarée, qu’il y a des femmes qui reviennent pour leur 2e ou 3e chiard. Tu flaires l’embrouille, tu commences à te demander si c’est pas juste une énorme arnaque ce truc. Si la fille revient pour les 2e ou 3e, c’est qu’elle a rien appris, non ?

Ou alors c’est que la femme (enceinte) a juste une mémoire de poisson rouge autiste. Ce qui expliquerait amplement pourquoi elle veut un 2e enfant malgré les atrocités les joies de la naissance du premier.

Bref, t’es là, moulée dans ta chaise en plastique de jardin (les seules assez larges pour contenir certains spécimens), et tu ne peux plus y échapper. Pour varier les plaisirs, t’as tout plein de cours différents : baleine en milieu aquatique, baleine chantante, baleine discute avec baleineau… J’ai opté pour les cours classiques, je ne suis pas très aventurière, encore moins avec un surpoids de 15 9 kilos.

La Sécu t’offre 8 cours pour te préparer à vivre ton propre petit Vietnam sans vouloir te balancer par la fenêtre ou te pendre avec ta perf d’ocytocine. Vous noterez que les salles de naissance n’ont pas de fenêtre ou qu’elles n’ouvrent pas. Vas-y, prépare-toi aux 10 à 48 heures les plus douloureuses de ta vie, je te regarde. La plus grosse blague du monde.

Ca s’appelle un cours, mais aucun rapport avec Mme Philipot. C’est pas parce que tu écoutes bien que tu réussiras. Là, tu peux fayoter ta mère, ça changera que dalle. Tu vas douiller à un moment ou un autre.

Et 4355 caresses ventrales plus tard, tu es censée être parée pour l’expulsion. Ah, petite mignonne.

Mais si j’ai peu appris, beaucoup ri. C’est déjà ça. Je me suis rendue compte de ce que ça aurait été si j’avais été en classe avec Chéri. J’aurais jamais eu mon bac. On faisait de efforts pour ne pas se regarder sinon on se marrait comme des loutres. Enfin, lui il était surtout occupé à bailler et me foutre la honte. Limite en entrant dans la pièce il a cherché le radiateur du regard pour s’affaler à côté.

Y a des moments rigolos pendant ces cours, surtout si tu regardes non pas la sage-femme, mais les futurs parents dans la salle. Le père hypra-précautionneux qui manipule la poupée comme si c’était un tube de nitro, la fille ultra-stressée qui prend des notes de tout. Oublie pas ton petit carnet quand tu pousseras tous tes organes à sortir, ma grosse.

On te montre tout plein de choses complètement surréalistes, comme la peluche placenta.Véridique. Avec le cordon, les couleurs, les petits vaisseaux et tout. Dommage, manquait juste le périnée en peluche à découper toi-même. Ou pourquoi pas le jeu de société Fais ta propre épisiotomie ou Barbie césarienne.

On te présente comme le Saint Graal la pince pour clamper le cordon du bébé. Bof, c’est juste un genre de pince à linge.

On t’enseigne comment porter la paupiette pour la calmer. T’es bien naïf si tu crois que se passer une poupée et l’installer joliment contre ton bras t’apprend quoi que ce soit d’utile pour savoir gérer ton nain quand il hurlera à la mort, de préférence vers 4h23 du matin, et que tu auras déjà trouvé 4 menaces de mort des voisins dans ta boîte aux lettres.

Mais on te raconte aussi de beaux gros gros mensonges, rapport à la nécessité de faire perdurer la vie humaine sur terre, tout ça. L’épisio, dans sa version arc-en-ciel présentée par la sage-femme, limite tu en veux une la, juste maintenant.

On parle projet de naissance. Quelle prétention. Moi mon seul projet c’était qu’il sorte avant que je crève et si possible en évitant de me déchirer le périnée et de relier mon cul à ma chatounette. Au final, j’ai été exaucée hein.

J’aurais su, j’aurais pas venu et j’aurais pu finir la saison 5 de Dexter bien pénarde : « Vous êtes 5, une d’entre vous aura une césarienne, on ne peut pas s’y préparer alors on passe a la suite. » Ballot.

Mais j’aurais raté le meilleur de ces cours : les futurs papas, et ça, ça vaut tous les schémas de vagin du monde. Y a de tout : l’homme prétendument viril, les bras croisés sur ses gros muscles dans un tshirt Von Dutch une taille trop petite et qui te regarde genre Moi je suis pas une gonzesse je viens pour ma femme hein, même pas peur. Quand tu veux j’accouche, quand tu veux. Le type même du gars qui chialera sa mère quand la sage-femme lui demandera s’il veut couper le cordon. Choupette. L’homme qui est venu, qui a vu, et qui a tourné de l’oeil devant la vidéo de l’expulsion. L’homme qui a déjà tout vu et qui n’a pas peur de faire encore l’amour à sa femme. Respect.

Et y a le mien. Mon homme tout personnel. Celui qui non seulement ne sait pas quelle taille fait un col, mais qui ne sait pas que les hommes n’ont pas d’utérus. Du tout. Celui que je vois se marrer, une main devant la bouche, devant ce troupeau de baleines échouées sur des matelas défoncées et qui respirent en chœur. Il voyait bien que moi, je le faisais sans aucune conviction – je savais bien que ça tournerait vite à l’exorciste cette histoire.

Au final, même si t’as bien souffleté à la bonne vitesse bien tranquillou sur ta paillasse et sans aucune contraction, tu finiras par supplier l’anesthésiste pour qu’il te double la dose de péridurale. Sauf si tu es adepte de la scientologie et de l’accouchement dans le silence, mais là, je peux rien pour toi.

Si je résume, les cours de préparation à l’accouchement, c’est juste une grosse mascarade pour réduire les crises d’hypertension et le taux de suicide chez les futures mères. Mais c’est surtout un ENORME gouffre à pognon où on t’apprend comment faire le petit chien. Je connais peu de jeunes mères qui supportent encore d’entendre le mot « chien ».

Et bientôt, aussi utile et réaliste, un cours de préparation au 21 décembre 2012, option apocalypse.

En plus, ça sert à rien tout ça, suffit d’aller sur Docti et t’apprends tout sur l’accouchement, c’est has been les sages-femmes, voyons. Je serais même pas surprise d’y voir un tutoriel Comment vous auto-percer la poche des eaux. Avec un petit smiley panda, of course.

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14 réponses à “La préparation au dépotage

  1. Génial, tu me confortes pleinement dans mon idée que tout ça ca sert à rien 🙂
    Ben oui, moi j’habite la Creuse (je te laisse 30 secondes pour rire et je reprends…) Voilà, ici il faut faire 50 bornes pour aller faire un cours. Ils te proposent 4 cours (non madame, pas de piscine de chant de yoga, de sophro, pas de baignoire, pas d’hapto rien !!!!) ici, on fait un cours pour apprendre à respirer comme un chien… (non merci, je pratique la respiration ventrale depuis des années, et je suis pas un chien !) ensuite on te montre une vidéo sur l’accouchement, l’épisio et la césarienne (comme ça on est sûr de te traumatiser à vie… je comprends mieux l’exode rural Creusois 🙂
    enfin on te fait une jolie visite de la maternité (sisi c’est un cours de préparation…) et enfin, on te laisse la parole pour les questions… formidable !!!!
    Et tu crois que je vais péter 100 bornes dans la journée pour ça? huhuhu j’irais voir l’anesthésiste et pis c’est tout !

  2. La préparation à la naissance, je l’ai faite pour le 1er mais pour les 2 suivants, j’ai zappé!

    Tu rigoles, tu rigoles, mais j’ai des copines qui m’ont expliqué comment m’auto-ausculter le col et je ne trouve pas ça con 😉

    @Chuchu : respirer comme le petit chien, ça ne se fait plus! Même sans péri, je n’ai jamais respirer comme un petit chien. Par contre, un peu comme au cross du collège, il faut respirer calmement. Si tu paniques, que tu respires n’importe comment et que tu te crispes, t’es foutue: t’as mal, très mal!

  3. j’adore « le perinée en peluche à découper soi meme » ça m’aurait interressée de voir ce qu’on m’a fait tiens. A vif en plus. Et comment ils recousent aussi. Quasi à vif aussi.
    Mais alors ton mec qui sait pas qu’il a pas d’utérus, c’est le ponpon!!!

  4. mais bon perso moi j’ai plutot bien aimé mes 8 cours, dont un sur l’allaitement, et un autre sur le retour à la maison. Mais heureusement qu’on m’a pas fait porter un poupon en plastique car là ça devient ridicule.
    Ah si et le cours avec le gros ballon, sympa aussi!

  5. Merci de me faire passer pour un con…tu aurais au moins pu mentionner mes blagues qui ont détendu l’atmosphère de ces cours!

  6. Trop bon!! Mes cours étaient pas mal du tout, mais c’était dans un cabinet de sages-femmes (mon hosto ne propose pas de cours de préparation) et c’est vrai que c’est très marrant d’observer les autres baleines et leurs maris!!

  7. Pareil, j’ai trouvé ça nul, (haptonomie), et pas du tout ce dont j’avais besoin.
    J’ai plus appris de ma copine qui avait déjà accouché et qui parlait périnée, déchirure, montée de lait et saignements sans langue de bois, que de la sage-femme.
    Pareil,j’ai pas voulu le faire pour rencontrer d’autres baleinettes nounouilles…

  8. Je ne suis pas d’accord avec toi sur un point : sur docti, c’est plutôt la foire à : « t’as un ongle retourné, vite vite appelle ton gygy en urgence !!! »

    C’est avec des raisonnement du style : « ils savent ce qu’ils font », qu’il y a eu près de 100% d’épisio pendant des années, alors que cela ne protège de rien. (Et c’est pareil pour les taux de césarienne affolants, et pas mal d’autres choses).

    Lorsque j’étais externe en gynéco, un gyné nous a raconté qu’un jour, une femme a accouché trop vite, et n’a pas pu « bénéficier » d’une épisiotomie. Le gynéco est entré dans une rage folle, et a pratiqué une épisio… Après la naissance.

    Donc bon ! Même sans être sage-femme on peut exercer son sens critique et avoir des connaissances médicales.

  9. J’ai eu la chance d’avoir une super sage-femme qui nous a bien sorti du monde des bisounours en nous disant que non seulement « vous allez en chier le jour J » mais que devenir maman c’est pas le monde merveilleux de disney et qu’il allait vite falloir en prendre conscience. Un peu violent sur le coup mais tellement vrai

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