La pouff qui sommeille en moi

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été une connasse.

Oh, on disait pas « connasse » y a quelques années, par déférence pour mon jeune âge et par naïveté surtout. J’entendais « petite peste », « petite dure » ou mon préféré : « miss sourire ». À l’époque, j’étais encore trop bien élevée, et je t’emmerdais en silence. J’ai traversé l’adolescence sans être tentée par la pouffitude ambiante, au collège et au lycée, toutes ces mini-femmes maquillées comme des voitures volées et habillées de jupe que même pas j’oserais les mettre en ceinture, la mode des tétines en plastique accrochées au porte-clé ou la frange boule brushingué à chaque récré sous le souffleur des toilettes. Je me souviens même être allée aux toilettes sans demander à une copine de me « tenir la porte ». Ah, la grande époque des tu-veux-sortir-avec-moi-sur-la-bouche-derrière-le-préfa-de-la-cantine (attention aux appareils dentaires). Nostalgie ? Ca serait mal me connaître.

Je suis donc entrée dans ma vie de femme, connasse assumée et avertie, prête à en découdre avec toutes les pétasses fantômes de mes jeunes années et à lutter avec acharnement contre la pouffitude ambiante. En quelques années, j’ai dû en faire pleurer quelques unes, saigner quelques autres. Au sens figuré, hein, t’affole pas.

Mais depuis quelques temps, je ne saurais dire exactement pourquoi, je sens en moi
comme des bouffées de pétasserie. Des sursauts de pouffitude et de « oh j’ai des avant-bras » (si tu ne connais pas, outre le fait que tu ne mérites même pas que je te parle, révise tes classiques. Friends, ignare !).

Bref. Une overdose de Mixa Bébé peut-être.
 Trop d’effluves de Blédina.

Tu ne te rends pas compte de ma déchéance et de mon stress. Je me surprends parfois à remercier d’un petit signe de la main
l’automobiliste qui aura eu la gentillesse de ne pas me rouler 
dessus au passage piéton. Je constate que je réponds parfois aux sourires
des gens que je croise dans la rue, au supermarché, heureux forcément de voir un bébé si beau. On ne peut pas leur en vouloir. Faut dire qu’il est parfait quand même. Comme sa mère.

Heureusement 
ces moments de perdition ne durent pas. Mon naturel revient vite au galop. La connassitude, c’est mon
 credo. Imagine un skyblog sans fautes d’orthographe ou Gérard Depardieu sans un taux d’alcoolémie supérieur à 4 g. Les boules hein. Tout 
pareil pour moi.

Le soir, au fond du lit, je me repasse en boucle les 
images de mes défaillances pour comprendre à quel moment j’ai
 merdé. Rassure-toi, j’ai toujours envie d’empaler mon voisin avec 
une pelle (je te laisse deviner par quel bout) et dès que j’ai
 l’occasion promis promis promis je lui raye sa caisse avec les poignées de la poussette. 
J’ai toujours mes pulsions connassiques, je suis toujours submergée par l’envie de donner un coup de pied (ou deux) dans un scooter garé en travers sur un trottoir étroit ou de payer en pièces de 5 et 10 cts ma baguette quand c’est Madame Porte de prison qui est à la caisse.

À ce propos, je suis tellement ravie et fière de moi quand je vais chercher le pain 
et que je me rends compte que la pouffiasse qui me pourrissait la vie
 au collège est maintenant vendeuse à la boulangerie. En 
CDD. A temps partiel. Y a une justice quand même. Je me réjouis 
toujours du malheur des autres. Enfin, des connards.

Parce que je t’ai pas dit mais à la base, je 
n’aime personne. Je ne fais aucune discrimination : tout le monde
 est con, à mes yeux, et faut me prouver le contraire. Je te cache 
pas que beaucoup échouent, mais ça m’épargne pas mal de
 conversations plates, voire creuses et parfois abyssales vu le regard bovin de la personne, au cours de soirées mondaines.

Je m’égare. Je crains donc parfois, petite goutte de sueur sur la tempe, toujours au fond de mon lit (j’y passe pas mal de temps) de glisser peu à peu du côté obscur. Accroche-toi. J’ai honte. Instant confession. J’ai acheté un bonnet à oreilles
 d’ourson à mon fils parce que c’était chou. PARCE QUE C’ÉTAIT CHOU. Je mérite la pendaison par les ovaires pour ça. Bon je ne lui ai jamais
 mis, faut pas déconner, mais tu vois la cata. Un cataclysme 
hormonal peut-être.

Un jour aussi, (j’ai honte j’ai honte j’ai honte) j’ai même lancé un « Bonjour » à la ronde en entrant dans la salle d’attente du médecin. Mais qu’est-ce qui m’a pris ? Heureusement une connasse sans troubles hormonaux ou montée de lait intempestive m’a remise à ma place en m’ignorant gracieusement, le nez dans le ELLE de la semaine du 5 aout 2007. Ouf.

Putain de grossesse : comment foutre en l’air des années et des années de labeur. Je vais attendre pour le deuxième, faut que je me refasse une santé.

Merde quoi, j’ai une réputation à tenir. Paraît qu’il y en a 
même qui ont les rotules qui font des castagnettes à l’idée de 
diner à ma table. S’ils savaient je serais foutue. Je compte sur ta discrétion. Merci.

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11 réponses à “La pouff qui sommeille en moi

  1. Pingback: Tweets that mention La pouff qui sommeille en moi « Maxi best of McMaman -- Topsy.com·

  2. Devenir maman, c’est tomber dans la gimauve… Dur hein!
    Avant d’être maman je ne pleurais jamais pour des conneries… hier j’ai failli pleurer en racontant l’histoire de la petite fille aux allumettes à Chupa… la honte!

  3. Mouhahaha je me reconnais à fond même si j’ai cette dualité choupi/connasse qui me tiraille. Pour le coup de la pire ennemie boulangère, si tu savais comme je me régales quand je croise d’anciens camarades d’école…

  4. mouarf !!
    mais c’est moi la connasse !!!
    j’aurais pu ecrire exactement le meme texte , enfin…. si je savais ecrire….

  5. « À ce propos, je suis tellement ravie et fière de moi quand je vais chercher le pain 
et que je me rends compte que la pouffiasse qui me pourrissait la vie
 au collège est maintenant vendeuse à la boulangerie. En 
CDD. A temps partiel. Y a une justice quand même. Je me réjouis 
toujours du malheur des autres. Enfin, des connards. »

    Content de voir que je ne suis pas le seul à me réjouir de ça … Tu serais pas un peu scorpionne, toi ?…

  6. Lire cet article, c’est comme entendre une chanson a la radio et se dire: mais c’est moi!!

    Sauf que je n’ai pas encore enfanté, encore quelques années pour profiter de ma connasserie.

  7. Moi j’ai commencé à jouer à ma-bimbo après 22 ans de « je suis un petit garçon, hé regarde, j’ai même de la moustache !!! »
    Une grossesse ça te flingue une personnalité. Le saviez vous, la prolactine c’est l’hormone de la sociabilité. Ouf, j’avais cru un instant que j’étais en train de devenir une bête de la communication (féminine en plus, j’avais même plus de moustache).

  8. C’est drôle, moi enceinte, c’est pire!!! Mais on joue pas dans la même cour, moi je fait de la compet’ niveau connasse nationale!!! une centaines de vieilles biques au boulot, la seule qui m’aime bien, elle biatch autant que moi! J’aime pas les gens, j’aime pas les vieux qui attendent midi pour faire leurs courses alors que t’as que dix minutes pour acheter/avaler un sanwiche de merde alors que eux, ils ont tout le temps putain! J’aime pas les gens qui te scan en caisse pour savoir si t’es enceinte ou si tu fais semblant pour passer devant eux! Je suporte plus les gosses des voisins qui se pointe pour te dire bonjour et te faire la bise (heurk!) Je suporte pas les cons sur la route, alors en voiture je dis à ma fille « faut pas faire ce que maman elle fait! » et lance un gros fuck au connard d’a coté!
    ça, en général, c’est sans les hormones. Avec, j’ai besoin de viande rouge, je hurle sur tout le monde, prend mon mec pour ma boniche (Quoi, ça te ferais mal au cul de descendre remplir la bouteille d’eau, mais putain, si chui une baleine c’est de ta faute!!!)
    Ma fille a capté le truc, elle se gare quand je monte en pression!!! Mais elle, ça va, c’est la seule que je supporte! Ma fille est comme moi, c’est une fille pas trop choupi pour 7 ans, elle rote et elle pete, donc ça va!

  9. On peut pas être mère et connasse? Ou peut-être que ça fait l’effet inverse. Mais je suis plutôt sympa, mais bon je râle pas mal, je critique, je ne suis pas contente, de la vrai connassitude. Vais-je devenir le contraire? Molle et pas sympa?

  10. Han ! Encore une fourberie des traducteurs. La citation exacte est « Look ! I have elbows ! » il est donc question de coudes et non pas d’avant-bras (même si j’avoue le peu d’utilité du premier sans le second).
    Sinon pour en revenir à la connasserie générale : ça t’as pas fait flipper de risquer d’avoir une fille qui aurait pu être une fillasse ? Moi rien que l’idée qu’on pourrait lui offrir des trucs roses ou des robes me donne des sueurs froides. Avec qui je jouerai aux LEGO (oui, bon M. Bou, mais quand même on a l’air un peu cons à force) ? À qui pourrais-je dire « Tu vois cette voiture c’est une jaguar type E, si jamais tu gagnes pleins de sous et que tu sais pas quoi en faire pense à moi ta maman chérie » ? Et puis la DDASS risque de rappliquer si je puni ma fille (enfermée dans sa chambre à jamais) parce qu’elle a voulu un Tshirt Hello Vomi…

    (oui je lis toujours à rebrousse billet)

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