Le côté obscur de la force.

Avant, j’étais belle/intelligente/spirituelle/passionnante/mondaine, bref, parfaite : j’habitais near Paris. Assez « near » pour ne pas payer trop trop cher en carte Orange (et là on voit que ça date : la carte Orange n’est plus.) et pour avoir un Starbucks à 5 minutes.

Aujourd’hui, je suis moche/fade/chiante/envieuse/rustique/inintéressante, bref : je suis provinciale. Assez loin de Paris pour que personne n’ait le courage/l’envie/le temps de venir en weekend, mais assez près pour que moi je doive monter les voir sur Paris régulièrement. La phrase que l’ex-parisien-newly-provincial entend le plus souvent : « tu remontes quand nous voir ? »

Au début, naïve, je me disais que tout le monde, TOUT LE MONDE rêverait de venir rentabiliser mon super canapé clic-clac dans lequel j’avais investi avec moult optimisme, installé dans une jolie chambre d’amis dans mon joli appartement deux-fois-plus-grand-que-le-tien-au-moins-mais-trois-fois-moins-cher. Erreur de débutante.

Au début, naïve, je ne pensais pas que le terme « province » était un vilain mot pas beau pas beau chut chut, presque aussi dur à entendre pour un parisien que la phrase « Alors, tu passes le périphérique… » (si tu as grincé des dents ou que tu frôles la tachycardie : congratulations, tu es un(e) vrai(e) parisien(ne).)

Ca fait 3 ans que je suis passée du côté obscur de la force. Les parisiens continuent de me demander quand je vais remonter, et à se demander comment on peut vivre (VIVRE, genre weekends et jours fériés compris) dans une ville de moins de 500 000 habitants. Et encore, on a une FNAC ici, la classe.

Donc avec le recul, voici le top 5 des réflexions à la con que le pauvre provincial subit du vrai parisien (de préférence imbu de lui-même/sadique/condescendant/hautain) :

N° 5 : « Quoi ? Vous n’avez pas de musée d’art moderne ? Mais vous faites quoi le samedi ? » (comme toi connard, on glande. Parce que ton MAM, t’y vas encore moins souvent qu’un touriste chinois, alors ferme ta gueule juste pour voir. Ah oui, c’est pas mal.)

N° 4 : « Vous avez un hôpital/une clinique/une université/des routes goudronnées ? Ah c’est moins « province » que je ne pensais, ça va. » (CA VA ? Et ma main dans ta gueule, ça va ?)

N° 3 : (question au provincial de naissance que tu as le malheur de présenter à ton pote parisien que tu as réussi à faire sortir de la région Ile-de-France) « Donc tes parents sont des pécores agriculteurs ? » (Ouais et les chiottes c’est tout droit, au fond du pré.)

N° 2 : « Tu voudrais pas te faire suivre à Paris plutôt ? Les médecins sont meilleurs quand même, c’est connu ». (Nan je préfère crever en province, les pompes funèbres sont moins chères.)

N° 1 : « Attends tu paies moins de loyer, alors t’as les tunes pour prendre le train (t’as l’impression qu’il parle du Transsibérien) pour remonter nous voir, non ? Parce que moi je bosse tard et j’ai un afterwork et puis quand même chez moi c’est mieux que chez toi t’as même pas de Starbucks déconne pas allez viens nous voir. »

Et hors-catégorie, supreme mother fucker award, la superbe remarque du parisien « tiens, tu connais Machin Chose ? Je l’ai vu hier en spectacle. Peut-être qu’il passera vers chez vous, hein. » alors que c’est TOI qui lui as fait découvrir Machin Chose (qui est évidemment passé dans ta ville, on a une FNAC je te rappelle) et que c’est sur TES conseils qu’il est allé le voir. Mais le parisien ne peut psychologiquement pas accepter de recevoir des conseils d’un pécore campagnard provincial, donc forcément, son cerveau a réinterprété la chose dans un souci d’auto-préservation.

Alors fais pas ta pute parisienne, enfile tes sabots et ton K-way et viens jouer dans la boue avec nous.

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12 réponses à “Le côté obscur de la force.

    • Hyper busy, la vie de jeune maman qui déchire, tout ça. Je prépare des langues de pute de derrière les fagots. Patience !

  1. « near » Paris ?
    Bah que’est-ce t’essaies de revendiquer les parisiens, bouseuse

  2. Super billet !
    Moi, on m’a déjà dit : « Ah non, je pourrais pas sortir sans mes escarpins ! » (Véridique)

    Dans mon village de 750 habitants, les rues sont pourtant goudronnées, on a l’ADSL plein pot, on est tout bien équipés. C’est juste qu’on a le bol d’avoir la forêt tout autour pour s’aérer les poumons, des dunes de sable, des chevaux dans les prés et des rochers d’escalade où s’éclater le week-end, des cinés art et essai, des assoces culturelles qui déchirent, des foyers ruraux qui programment des pièces de théâtre que vous ne verrez probablement pas sur la capitale…
    Et avec ça, on n’est même pas prétentieux !

    • Eh ben moi je suis une bouseuse qui n’a jamais vécu à Paris et j’ai adoré ton post. Na !

  3. Comme je m’y retrouve… Et qu’est-ce qu’on en a marre des Soleil–> Paris, Paris–>soleil… Du coup, on a nos potes ici maintenant, et Paris, c’est du souvenir!

  4. J’ai tellement entendue toute ces phrases en arrivant en province… 😂😂😂merci pour ce rappel!!!!

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