Arts mèrtiaux


Quand ton bébé daigne enfin démoulir après de longues semaines d’attente aussi interminables que ces vergetures sur tes hanches, il est choupinet, il est adorable (même si moche et fripé à souhait), mais surtout, il est facilement maniable. Avec une seule main, tu peux le tenir contre toi, lever ses jambes pour lui torcher le derche 12 fois par jour et avec le sourire, ou le bercer tout en passant un coup de fil. Peu encombrant, il se range aisément sur un bout de canapé, un coin de lit ou une écharpe. Pratique, tu le retrouves toujours où tu l’as laissé. Il ne montre que peu de résistance à tes manipulations torturielles de type sérum dans le nez ou crémage des bourrelets du cou – même s’il essaie quand même de montrer son petit mécontentement en arrêtant de respirer et en se déguisant en tomate coeur de boeuf.

Mais l’enfant a l’outrecuidance de se laisser grandir, et pas juste quelques centimètres par-ci par-là pour Noël ou les soldes d’été, non, on parle près de 40 putains de centimètres en 2 ans ! Sans compter ces petites putes de dents qui vivent leur petite vie tranquillou et décident unilatéralement de percer les gencives, mordre les nichons et refiler des pics de fièvre les veilles de départ en vacances ou de jour férié.

Ainsi, environ 2 ans après démoulage, ton bébé trognonnet n’est plus. Suite à une évolution sournoise car lente et parsemée de petite mignonneries type premiers pas, premiers mots et autres câlins, tu te retrouves à cohabiter avec un mini Hulk – normalement pas vert, sauf accident diarrhéique interdit aux moins de 18 ans.

Et là, tu te rends compte que le lait et les gâteaux, ça rend drôlement balèze, car ton enfant, il est plus fort que toi. Ou alors serait-ce que tu as perdu tous tes muscles et ta vivacité au cours des dernières 730 nuits hachées ? A étudier.

Quoi qu’il en soit, maintenant, quand tu ranges ton gamin quelque part, tu ne le retrouves jamais là quand tu reviens le chercher, ou alors la totalité de son environnement direct est dévasté. Quand tu essaies de t’approcher avec un simple mouchoir en papier, il te fait une prise de karaté et tu abandonnes vite fait tout espoir de démorvage pré-garderie.

Je dis non ! Non à la soumission à la force des bébés qui mettent tout en place pour nous mater ! Pour toi, j’ai mis au point un nouvel art martial, pardon, mèrtial. Une technique de défense et de diversion face au tout-petit en pleine santé et en pleine forme alors que toi tu ressembles à une méduse oubliée sur une plage en été. Apprends à reconnaître les techniques enfantines de résistance et à les contourner.

La technique de la limace lipothymique

Alors que tu tentes de prendre l’enfant dans tes bras pour, au choix, l’emmener au lit / au bain / à table / changer sa couche, la totalité de ses muscles fond en quelques fractions de seconde et il semble couler entre tes bras, et tomber jusqu’au sol en se laissant dégouliner, façon slime. Soit l’enfant fait le mort sur le sol jusqu’à ce que tu partes, soit il enchaine avec la technique de la fugue.

Comment réagir ?

Difficile de prédire l’utilisation de cette technique ancestrale qui se transmet de moyen-grand à petit au cours des matinées de garderie. Dès que tu sens que ton enfant se ramollit, place vite une main sous ses fesses pour empêcher la coulée sur le sol et cours vite vite vite vers ta destination (chambre, salle de bain, cuisine…). L’enfant sera surpris par ta vivacité et n’osera plus imiter le gastéropode qui fait un malaise.

La technique du boudin en colère

Tu as osé dire non alors que le propriétaire officiel de ce mot est ton héritier ? Tu vas le payer cher : l’enfant s’allonge sur le sol, de préférence sale, le sol, hein, type trottoir parisien, rayon des bières en canette à Carrefour ou parking de fast-food, option frites dans les cheveux. Une fois en position allongée, l’enfant se tortillera comme une fajitas énervée, roulant sur lui-même et devenant tout rouge – ce qui ne manquera pas de te rappeler les saucisses apéro que tu as de le frigo. L’enfant entreprendra de faire un maximum de bruit en hurlant, à la fois dans une tentative de camouflage boudinien et pour te foutre bien la honte en public, en espérant donc que tu cèdes.

Comment réagir ?

Toujours garder un bouquin dans son sac à main, et un appareil photo. Prendre une photo, pour lui foutre la honte en retour dans quelques années, puis sortir le livre et profiter de ces quelques minutes pour avancer un peu ta lecture. Vérifier au préalable que le saucisson ne risque rien par terre, à part un lavage à 60° en machine. Le boudin en colère sera vexé et étonné que sa technique tombe à l’eau et s’arrêtera de lui-même.

La technique de la fugue d’ado

Tu n’as pas été assez rapide, tu as dit une suite de mots irréfléchie (type "laver les dents", "changer la couche", "prendre ton médicament") ou tu n’as pas assez bien caché le collyre pour sa conjonctivite ou sa cuillère de sirop pour la toux, et l’enfant fait une échappée à plus de 40 km/heure à travers la maison. A noter : quand il veut, il sait très bien descendre tout seul les escaliers. Hors de portée, l’enfant a alors le choix entre plusieurs techniques secondaires, dont le boudin en colère ou la sangsue apeurée.

Comment réagir ?

Porter toujours un grand gilet aux poches immenses pour y cacher tout ce qui peut déclencher des pétages de câble pareils. Laisser l’enfant s’épuiser un peu à courir comme ça, et le ramener au même niveau de vitalité que toi, ce qui peut simplifier la manipulation nécessaire (mettage de couche, de collyre, fourrage de sirop dans la bouche…). Possibilité de placer le mari en embuscade à quelques mètres pour qu’il chope l’enfant au vol et le plaque au sol. Effet surprise garanti.

La technique de l’étoile sous LSD

Cette technique est très appréciée des petits gredins car réalisable dans les bras ou au sol, voire dans le siège-auto. L’enfant réagit à toute demande qu’il juge vraisemblablement abusive en bombant son torse et en étirant ses bras et jambes, façon amidon super puissant. Puis, il les secoue dans tous les sens très rapidement, t’empêchant ainsi de : le décoller du sol sans lui en coller une par mégarde, le prendre dans les bras ou le poser sans qu’il t’en colle une par mégarde, l’attacher dans son siège-auto sans qu’il finisse par voler à travers le pare-brise.

Comment réagir ?

Reculer la tête pour éviter de s’en manger une, éloigner les pieds de chaises, les bords de portières et autres objets potentiellement dangereux, et attendre. Il est aussi possible faire diversion en lançant l’enfant sur le lit parental ou en se mettant à danser ou chanter – opération certes un peu difficile à réaliser sur une aire d’autoroute ou dans la salle d’attente du pédiatre.

La technique de la sangsue apeurée

Egalement connue sous le nom de "prise par les sentiments". L’enfant, intelligent et manipulateur, flaire le sale coup que tu prépares (voire plus haut pour les différentes options de torture qu’on leur inflige tellement on trouve ça marrant) et anticipe en se mettant à pleurnicher, tirer sur ton pantalon ou ta robe, en s’accrochant à ton mollet ou en tentant les bisous bavouillants de le cou.

Comment réagir ?

Profiter du câlin, pas sûre qu’ils soient si nombreux dans quelques années. Ne jamais repousser un enfant-sangsue, il pourrait se transformer en étoile sous LSD ou en boudin très très en colère. Si possible, attendre un peu qu’il se calme, vous zappe complètement, bien plus intéressé par l’entrée d’une coccinelle dans son champ de vision ou l’arrivée du chat dans la pièce et le prendre par surprise. Vile maman.

A savoir : TOUJOURS avoir un ou deux Shokobons dans la poche pourra vous sauver la vie dans bien des situations si vous ne maîtrisez pas encore les techniques de parade ci-dessus. 

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12 réponses à “Arts mèrtiaux

  1. Purée faut que j’arrête de lire ce genre de billets avec Lou dans l’écharpe, je me marre comme une baleine et ça la réveille à chaque fois…….

  2. Oh P***** ! J’ai tellement ri, que j’ai chopé un point de coté. Merci McMaman, ça fait du bien. Et c’est à peine exagéré pour moi.

  3. Euh, dis moi… tu as une webcam branchée sur ma maison, ou bien… ?
    Clara 2 ans, modèle XXL du "Moi toute seuille", modèle XXXXL du boudin en colère combiné à l’étoile sous LSD. Je vais tente l’astuce photo (qui va l’énerver encore plus !) puis bouquin (à mon avis désarmant !).
    Sa soeur Lisa 4 ans adepte du boudin croisé avec un ado fugueur…
    J’te jure ça donne par ici !
    Merci de ton éclairage sur la question, et en plus, ça rassure…

  4. trés trés drôle comme toujours! Dur dur de ne pas éclater de rire sur le plateau au boulot!!!

  5. excellent !! marrant ça le mien fait le mollusque aussi!! et bien entendu c’est toujours quand il faut le sortir du bain !!!! grrrr alors la merci !! mais la technique du " oh regarde un dinosaure !!!!!" CA MARCHE !!! MOUAHAHAHAHAH mais il adore par dessus tout faire … "le scorpion" vous savez les bras raides le torse gonflé et les jambes pliées et remontées vers l’arrière le tout bien raide, donc en fait on ne peut le poser nulle part !! trèèèèèèèèès pratique quand on est préssé !! grrrr

  6. Une petite merveille …. qui ne se reconnait pas nous jette la 1ere et la dernière pierre …. bon voila des billets qui devraient être remboursés par la sécu parceque moi rire me fait un bien fou …

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